C’est pour le président du Conseil un grand honneur de terminer pratiquement sa présidence de la Chambre du peuple par un hommage au grand Henryk Sienkiewicz décédé le 15 novembre 1916 à Vevey et dont les restes ont été transférés officiellement de Suisse en Pologne en octobre 1924. Il est juste qu’un monument perpétue son souvenir aux bords du Lac Léman.
Il a vécu dans une Pologne qui était déjà une nation mais plus un Etat, dans un pays que la Russie, l’Allemagne et l’Autriche s’étaient partagé.
La reconnaissance générale de l’Europe à l’égard de la Pologne trouva son symbole lorsque l’Académie de Stockholm osa décerner le prix Nobel au Polonais Henryk Sienkiewicz pour ses mérites exceptionnels en tant qu’auteur chevaleresque. Acceptant cette distinction, le lauréat déclara que « les Nations sont représentées par leurs écrivains et leurs poètes dans ce concours vers le Prix Nobel. En conséquence, la distinction de l’Académie suédoise glorifie non seulement l’auteur lui-même mais le peuple dont il est le fils. On a dit que la Pologne était morte, épuisée, asservie mais ce prix est la preuve de sa vitalité et de son triomphe. Et comme Galilée l’avait dit, on est obligé de penser « et pourtant elle tourne » alors que devant les yeux du monde, un hommage est rendu au génie polonais », concluait notre grand écrivain.
La résurrection de l’Etat polonais date de 1918, deux ans après la mort de Henryk Sienkiewicz. La Pologne connut les premières années de l’indépendance avec l’expérience parlementaire interrompue par Pilsudski, puis celles de l’occupation allemande et des indicibles souffrances de la guerre déclenchée par les nazis puis la satellisation par l’URSS avant de retrouver la liberté grâce aux ouvriers de Gdansk et l’arrivée au pouvoir de syndicaliste Lech Walesa. La Pologne a rejoint l’Union européenne en 2004, riche de mille facettes que lui a données l’histoire et de l’énergie qu’ont conférée les épreuves à son peuple.
Ici, nous sommes dans le canton de Vaud qui avait dit massivement oui à l’Espace économique européen en 1992 et qui abrite la fondation Jean Monnet que préside maintenant l’ancien ministre Bronislaw Geremek. Ici plus qu’ailleurs souffle l’esprit européen en Suisse. Le créateur de cette fondation, Henri Rieben, décédé ce printemps, relevait que l’une des grandes réalisations de l’Union européenne était d’avoir réunifié économiquement l’Europe en rapprochant le niveau de vie du Sud à celui du Nord du continent. Ce premier succès doit être complété par un autre succès, celui d’amener l’Est du continent au niveau atteint par l’Ouest. Et Rieben d’ajouter qu’il était du devoir de la Suisse de participer à cet effort de cohésion.
Demain, nous saurons si le peuple suisse entend participer librement à cette grande oeuvre dont la Pologne, le pays le plus peuplé parmi les nouveaux arrivants, sera le principal bénéficiaire. Un vote positif ne pourrait naturellement que réjouir celui qui vous parle, qui a des rapports avec la Pologne et dont l’enfance a été bercée par les lectures de Quo vadis, des chevaliers teutoniques, de la famille Polaniecki et de la fameuse trilogie avec « Par le fer et par le feu », « le déluge » et « l’incendie de la steppe ». Les Polonais ont trouvé dans l’ensemble de l’œuvre de Sienkiewicz leur credo patriotique.
En conclusion, je veux affirmer ma foi en la Pologne éternelle dont Henryk Sienkiewicz est l’un des plus grands fils et dans l’espoir que par son vote la Suisse participera à la consolidation de la Pologne démocratique, qui a redéployé ses ailes et ses griffes comme l’illustre les armoiries de la République.
Vive la Suisse !
Vive la Pologne !