(la version orale fait foi)


Monsieur le Conseiller fédéral,
Madame l’ancienne présidente du Conseil national,
Madame la Présidente du Conseil d’Etat fribourgeois,
Monsieur le Président du Conseil d’Etat vaudois,
Mesdames et Messieurs les représentants des exécutifs et législatifs cantonaux,
Monsieur le Syndic de la Commune de Saint-Prex,
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités de Saint-Prex et des communes invitées,
Mesdames et Messieurs les parlementaires fédéraux
Mesdames et Messieurs les représentants des autorités judiciaires et militaires,
Chères concitoyennes et concitoyens de Saint-Prex et des autres communes de ce si merveilleux pays,
Mesdames et Messieurs,
Chère famille,

Les Saint-Preyards sont des gens sages. Ils connaissent tous le proverbe inscrit ici, sur la porte de notre vieille horloge ancestrale: «Laissons dire et faisons bien».

Et lorsque les soirées des sociétés locales se déroulaient encore à la Salle de la paix, baptisée ainsi en 1918 pour marquer l’armistice, ils ont eu l’occasion de lire des dizaines de fois les nombreuses maximes qui en ornent les fresques murales. Comme par exemple: «Celui qui regarde tous les nuages ne part jamais» ou encore «Ce sont les mains noires qui font le pain blanc». Ces deux phrases sont gravées au-dessus du tableau des moissonneurs, s’activant torse nu et sous un soleil de plomb à lier en «javelles» les longs épis dorées.

Elles ont impressionné le fils de paysan que j’étais car l’ensemble de la famille participait chaque été à la confection de gerbes, ces«moyettes» permettant au grain de blé de finir de sécher dans sa gaine, sur le champ même, avant d’être «engrangé».

Je ne sais s’il en va de même pour vous mais je me suis toujours enrichi intellectuellement au contact de ces pensées fortes, nées de la sagesse populaire. Elles complètent si bien l’éducation parentale et scolaire et illustrent si clairement les valeurs indispensables à l’équilibre psychologique et à la compréhension du fonctionnement de la société humaine.

Bien sûr, tous ces dictons ne sont pas à prendre à la lettre. Ils doivent être interprétés selon notre personnalité, mais la plupart d’entre eux contribuent justement à la façonner, cette personnalité, et à répondre à certaines de nos questions.

Un jour, dans ma jeunesse, je suis tombé sur une pensée de Périclès qui disait: «Celui qui a des idées et ne les exprime pas n’est pas plus avancé que celui qui n’en a pas». Cette maxime a provoqué un déclic dans mon cerveau qui avait jusque là appris plutôt à traire les vaches et à manier le fossoir qu’à faire des discours. Je devais apprendre à exprimer le mieux possible mes réflexions si je voulais trouver des solutions aux problèmes que je voyais dans la société.

Cette conversion n’a pas été facile. Car pour chaque proverbe, il existe un proverbe contraire. Les préceptes comme: «Celui qui agit vaut mieux que celui qui parle»; «Il vaut mieux ne rien dire que de dire des riens» ou encore «La parole est d’argent et le silence est d’or» ne sont pas faits pour encourager les orateurs en herbes.

Chers amies et amis de Saint-Prex qui me recevez aujourd’hui,

Si je me trouve aujourd’hui devant vous sur l’escalier de cette horloge, avec ce discours dans les mains, c’est que je ne m’en suis pas trop mal sorti, grâce à vous. Si j’ai réussi à accéder au fauteuil de président de l’Assemblée fédérale, c’est parce que vous m’avez confié très jeune des responsabilités, comme conseiller communal tout d’abord, comme municipal ensuite, et finalement comme syndic. En me faisant confiance pour la gestion de notre collectivité communale, vous m’avez obligé à dire à haute et intelligible voix les objectifs que je visais à travers les projets municipaux.

Et ce n’est finalement que justice si je peux aujourd’hui mettre notre commune à l’honneur pendant les 366 jours de ma présidence. Je le ferai avec plaisir car vous le méritez tous et Saint-Prex a droit à cette marque d’estime, après 774 ans d’une histoire glorieuse et mouvementée, retracée dans le livre de ses 750 ans.
Ma gratitude va aussi à mon épouse Christiane, à mes enfants, à ma famille et mes belles-familles. Vous m’avez entouré, encouragé et soutenu tout au long d’un parcours exigeant qui m’a rendu peu disponible, en mangeant presque tout mes loisirs. Même si j’ai essayé de faire la part des choses, je mesure réellement le temps que je vous ai volé pour le consacrer à mes activités politiques et publiques.

Chère famille,

Nos relations sont malgré tout restées fortes et harmonieuses. Je vous en suis et vous en serai éternellement reconnaissant.

Je veux dire ma reconnaissance à mes parents, à mon père qui certainement serait fier de moi, sans se l’avouer et à ma mère, présente dans cette foule. Elle va fêter ses 90 ans en février prochain et je l’admire pour sa gentillesse et sa philosophie de vie.

Merci aux autorités de cette commune, à vous M. le Syndic et MM. les municipaux qui avez grandement contribué à l’organisation de cette manifestation, pas simple à mettre sur pied. Grand merci au comité d’organisation, à Daniel, Günter, Georges, Henri, Eric et Elisabeth qui avez œuvré pendant une année et demie afin de mettre au point chaque détail de la réception. Vous vous êtes engagés sans compter dans cette aventure d’une ampleur exceptionnelle. Merci aussi à l’Etat de Vaud qui a contribué à la réussite de cette journée.

Je remercie aussi tous les artisans des fastes de ces réjouissances, les participants au cortège, les société locales, garantes d’une vie sociale harmonieuse. Merci aussi à la Romande énergie, aux milices vaudoises, à la fanfare de la gendarmerie cantonale et au chœur des écoles pour leurs aimables et magnifiques prestations
A vous tous enfin qui avez bravé le climat de décembre pour être de cette fête unique dans les anales de la Saint-Prex: un merci du fond du cœur.

J’ai également l’honneur de saluer, ce soir sur cette place, les représentants de communes vaudoises et confédérées ou d’horizons plus lointains encore. Merci aussi à vous M. le Conseiller fédéral et à mes chers collègues des Chambres fédérales d’avoir honoré notre invitation à une balade nocturne à travers notre bourgade accrochée à la rive d’un des plus beaux lacs du monde. (Même si je sais qu’il y en a d’autres qui ne sont pas mal non plus.)

Je suis fier de pouvoir représenter mon canton dans notre pays et hors de ses frontières pendant une année. J’espère m’en faire le digne ambassadeur et je compte hisser bien haut les couleurs verte et blanche de notre patrie cantonale.

Je vais aussi être l’émissaire de notre parlement fédéral, ce parlement de milice, connecté aux réalités de la vie, alors que les parlements des pays qui nous entourent sont presque tous professionnels. Les membres des Chambres fédérales doivent poursuivre une activité pour gagner leur vie et assurer leur retraite. En tant que président, mon engagement sera lourd et permanent mais je ne deviendrai pas pour autant un théoricien de la politique: je vous le promets.

Je me ferai l’avocat de la haute qualité de la démocratie suisse, ce pays béni où la liberté d’expression des politiciens est totale.

Sans démocratie il n’y a pas d’opinion possible, sans opinion, il n’y a pas de débat possible, sans débat, il n’y a pas de prise de position possible et sans prise de position, la société humaine s’enlise dans les marais de l’incertitude. Le débat des parlementaires peut parfois paraître parfois stérile et inutile. On se croit parfois dans un prétoire. (A la différence près que les avocats, eux, écoutent ceux qui parlent, ce qui n’est pas toujours le cas des politiciens.) Comme le but de ces diatribes est de convaincre l’adversaire et le public, les joutes oratoires peuvent rapidement tourner à la cacophonie. Il est pourtant essentiel que les arguments des uns et des autres puissent être exprimés car cela fait toujours progresser la réflexion d’une partie de l’assistance.

Mesdames et Messieurs, cher public,

Jean-Jacques Rousseau nous dit que «de par sa propension à être injuste l’homme a rendu la démocratie impossible et de par sa propension à être juste l’homme a rendu la démocratie possible».

Dans certains pays, la population vit sous un régime dictatorial et dans d’autres, la démocratie n’est encore qu’un mot creux. Notre pays a mis des siècles pour instituer le système que nous connaissons aujourd’hui. Un système qui est toujours perfectible. Les citoyens sont par exemple appelés une dizaine de fois aux urnes par année pour se prononcer sur des objets fédéraux, cantonaux ou communaux. Nous pouvons raisonnablement penser que certaines limites de la démocratie directe sont en voie d’être atteintes.

Mais sachons d’abord tout entreprendre pour assurer la pérennité de nos institutions et en particulier de notre Parlement. L’ensemble des courants de pensée sont représentés aux Chambres fédérales. Des visions de l’existence et des opinions différentes se partagent le pouvoir législatif et nos lois sont le fruit d’un consensus, obtenu après d’âpres discussion. Exiger plus et critiquer ses adversaires pour valoriser ses propres propositions, telle est la règle du jeu politique. Mais il vaut aussi la peine, de temps en temps, de mesurer ce qui a été fait pour améliorer les conditions de vie de tout un chacun dans ce pays.

C’est conscient de la valeur de nos libertés mais aussi préoccupé de notre responsabilité individuelle que je vais diriger pendant une année les débats du Conseil national. Je vais aussi mettre beaucoup d’énergie dans les relations que ce mandat implique, afin de promouvoir le dialogue entre les régions et le rayonnement de notre pays.

Je vous remercie de votre présence qui me touche et j’espère que Saint-Prex et sa population garderont un merveilleux souvenir de ce moment de fête. Je vous remercie de votre attention.