Mesdames et Messieurs les représentants des autorités,
Messieurs les membres du corps professoral,
Madame la Présidente,
Madame la Directrice,
Mesdames et Messieurs les invités,
Cher public,

La maladie d’Alzheimer fait peur car elle vole les cœurs, les âmes et les souvenirs. Elle nous terrorise car elle semble frapper aveuglément. Elle nous angoisse car on ne lui a pas encore trouvé jusqu’ici de véritable parade.
Il y a quelques décennies, on évitait de prononcer le mot de cancer, de peur d’attirer la malheur. Aujourd’hui, le mot Alzheimer, du nom du neurologue allemand qui a identifié cette forme de démence, est sur toutes les lèvres. Nous combattons la crainte de nous perdre un jour par des plaisanteries douteuses.
«C’est de ta peur que j’ai peur», a écrit le grand Shakespeare dans l’une de ses pièces. La peur est mauvaise conseillère. «Furcht ist ein schlechter Ratgeber», comme on dit outre-Sarine. Pour avoir une chance de terrasser un ennemi mortel, mieux vaut l’affronter, le regarder en face et le connaître.
De la même façon: si l’on veut freiner la progression du fléau Alzheimer, il faut briser le tabou qui l’entoure. Je me souviens du choc lorsque l’ancien président des Etats-Unis Ronald Reagan a confié aux Américains qu’il était atteint d’Alzheimer. Le geste courageux de ce chef d’Etat n’a pas toujours été compris, en particulier dans notre pays où la sphère privée est sacrée. Pourtant, les politiciens se doivent de montrer l’exemple même s’il n’est pas facile de changer notre regard et de cesser de regarder les démences comme des maladies honteuses.

Madame la Présidente, Madame la Directrice,

Je suis heureux de vous apporter le salut des autorités fédérales et en tant que président du Parlement, je salue les efforts de l’Association Alzheimer suisse, qui se bat depuis 20 ans contre les préjugés entourant cette maladie.
L’action d’information et de sensibilisation que vous organisez aujourd’hui au Musée Klee est essentielle. Le diagnostic d’Alzheimer a en effet été posé pour quelque cent mille personnes en Suisse. Si l’on compte les proches qui s’occupent des malades, pas moins d’un habitant sur vingt est directement concerné par l’Alzheimer.
La société suisse doit prendre conscience de la gravité de cette maladie, que l’Organisation mondiale de la santé considère comme l’un des plus grands problèmes médicaux du futur.
La science et la médecine sont appelées à redoubler d’efforts pour comprendre, prévenir et peut-être bientôt guérir l’Alzheimer. Les généralistes et les médecins de famille doivent se former pour la dépister à son stade le plus précoce, au moment où l’on peut agir efficacement contre elle.

Mesdames et Messieurs,

Les avantages de la prise en charge à domicile des malades d’Alzheimer sont évidents. Les malades peuvent ainsi conserver plus longtemps leurs repères. En outre, vivre dans la maison de son enfance, avec tous les souvenirs lointains qui y sont rattachés, est bénéfique pour la patient. Cet environnement familier représente un morceau de patrie pour lui.

Le malade a aussi besoin d’affection. Les gestes de tendresse et les signes d’attachement le rassurent, dans l’univers de plus en plus incertain qui est le sien. Mais chacun de nous le sait: l’Alzheimer ne fait pas seulement souffrir ceux qui en sont atteints. Elle bouleverse profondément les familles. Particulièrement cruelle, elle les contraint de commencer le deuil de la personne aimée alors que celle-ci est encore vivante.
Par bonheur, les proches manifestent souvent une force de changement et d’adaptation exceptionnelle. Parfois au prix de leur propre santé. Car peut-on prendre soin de soi lorsqu’un malade demande toute son attention? Pour tenir le coup dans cet accompagnement au long cours, la famille a besoin de groupes d’entraide et de soutien.
Les efforts conjoints des proches, des soignants, du monde médical et des chercheurs contre l’Alzheimer sont des gestes citoyens. Notre constitution fédérale stipule en effet que tous les membres de notre population, malades ou bien portants, ont la même dignité.

Notre communauté humaine met toute son énergie à préserver l’existence comme le bien le plus précieux. Les générations actuelles ont la chance de devenir vieilles et c’est réjouissant. Cette évolution positive, fruit du progrès de la science, nous impose cependant de nouvelles tâches et de nouveaux devoirs.

Merci de votre attention.