Chères citoyennes et chers citoyens de Saint-Prex,
Chères habitantes et chers habitants de notre beau pays,
Chers vacanciers et hôtes,
Chers jeunes gens, chers enfants, chers amis,

En ce 1er Août, l’hymne national retentit aux quatre coins du pays et des feux de joie s’allument au sommet des montagnes. Ailleurs dans le monde, le cor des Alpes résonne à Toronto, on tranche le saucisson vaudois à Mexico, on tourne la fondue fribourgeoise au Kazakhstan et on déguste le vin de La Côte à Paris. Au bord du Léman comme à des milliers de kilomètres des Alpes, les Suisses fêtent leurs racines et les valeurs qu’ils partagent.

La fête nationale est l’occasion d’un retour aux sources. Que l’on soit Vaudois à Saint-Prex ou Zurichois à Moscou, nous revivons l’épopée des confédérés épris de liberté. Ces confédérés ont préservé leur indépendance avec courage, au prix de sanglantes batailles et ils ont su rester ensemble, malgré leurs différences, jusqu’à nos jours.

L’histoire suisse est une suite de plaies, de bosses et de crises surmontées. De nombreux personnages se sont levés pour prendre la suite du légendaire Guillaume Tell et des Waldstetten.
Permettez-moi de convoquer ici quelques unes des figures historiques qui ont enrichi et développé notre mythe national.

Chers jeunes gens, chers enfants,
Le soir descend et l’heure est propice aux beaux récits. Reportons-nous il y a plus de cinq cents ans. Non loin de Grandson, quelque 20'000 confédérés de Berne, Zurich et Lucerne faiblissent sous les assauts de la cavalerie et des archers de Charles le Téméraire. Mais des renforts arrivent. Ce sont les cors des Alpes, la vache d’Unterwald et le taureau d’Uri. Les Bourguignons terrorisés s’enfuient, laissant derrière eux des tapisseries cousues d’or, des armes garnies de joyaux et des canons.

Hélas, ce fabuleux butin divise les villes et les campagnes alliées.On recourt à la médiation de Nicolas de Flue. Le pieux ermite, réfugié au fond du vallon du Ranft, résout le conflit par cette parole: «Si un canton en attaque un autre, tous défendront la victime». Ainsi naît la solidarité confédérale.

Un peu plus tard, le sang coule en Europe pour savoir quelle est la vraie foi chrétienne, au point que le réformateur Ulrich Zwingli doit ouvrir l’ancienne Confédération aux persécutés. Bien avant la Révolution française, il comprend la nécessité de la liberté de conscience pour vivre ensemble dans la concorde.
A la fin du 18e siècle, l’armée du Directoire vient de dévaster le canton de Nidwald et les orphelins pullulent. Le gouvernement helvétique envoie Heinrich Pestalozzi à leur secours. «Apprendre était pour eux une chose entièrement nouvelle et dès que certains enfants ou adolescents s'aperçurent qu'ils arrivaient à quelque chose, leur zèle devint alors infatigable.», rapporte l’éducateur. En accueillant sans condition tous les enfants de Stans dans son institut, Pestalozzi annonce la future école publique.

En parlant d’école, vous y avez sans doute appris le nom du plus haut sommet du pays: la pointe Dufour! Mais peut-être ignorez-vous que cette montagne porte le nom d’un général, qui a sauvé la Suisse moderne. Le général Dufour a ramené à la raison les cantons catholiques qui voulaient quitter l’alliance confédérale. On lui doit aussi le drapeau rouge à croix blanche, devenu l’emblème de notre pays en 1848. Une dizaine d’année plus tard, Henri Dunant découvre les blessés de la bataille de Solferino. Bouleversé par leur détresse, il crée la Croix-Rouge et notre pays devient dépositaire du droit humanitaire à travers les conventions de Genève.
La guerre de 14-18 a aussi son icône: c’est la petite Gilberte, Gilberte de Courgenay. En réconfortant les soldats, mobilisés loin de leurs familles, cette jeune fille a rappelé leur sacrifice pour la patrie.

La jeune génération devrait également retenir le nom du général Guisan, qui a incarné la résistance morale de la Confédération durant la deuxième guerre mondiale. Ce soldat-citoyen a su sauvegarder l’unité nationale alors que le pays était déchiré par des mouvements contraires.

Un quart de siècle plus tard, en 1971, la Suisse a connu une révolution avec l’introduction des droits civiques et politiques des femmes. Des pionnières ont ouvert la voie, comme la Schwytzoise Elisabeth Blunschy, première présidente du Conseil national. Mais le suffrage féminin n’a pas encore une longue tradition. C’est sans doute pour cela que les femmes sont encore sous-représentées en politique.

Mesdames et Messieurs,
Notre histoire qui commence en 1291, avec le Pacte des premiers Confédérés ne s’arrête pas aux souvenirs que je viens d’évoquer. Elle continue et le livre de notre aventure commune n’est pas près de se refermer.
Notre pays nourrit des espoirs et des ambitions et il les exprime. La Suisse est passionnante et motivante, pour le politicien que je suis et comme pour le peuple. Le corps électoral s’appelle chez nous le «souverain»: tout un symbole. Les citoyens suisses tiennent entre leurs mains les fils de leur destin, grâce aux institutions démocratiques.

Notre pays forme un tout solide, tissé des particularismes de ses quatre régions linguistiques. Il relève le même défi qu’aux origines: résoudre ses dissensions internes afin de garantir son autonomie face aux pressions internationales. La Suisse continuera d’exister tant que ses habitants chercheront le consensus. Elle perdurera tant que ses communautés cantonales resteront libres, grâce au fédéralisme.

Les auteurs de notre première charte fondamentale de 1848 l’avaient bien compris: la cohabitation pacifique de plusieurs cultures et langues est constitutive de notre petite nation. Et puis, en ce début de 21e siècle, la Suisse a aussi quelque chose de portugais, de russe, de turc ou encore d’espagnol. La compétition de l’Euro 08, avec ses concerts de klaxons au fil des victoires des diverses équipes nationales, nous l’a encore rappelé au mois de juin.

Mais la Suisse ne peut doit pas devenir une Tour de Babel: ses habitants doivent se comprendre pour rester unis. Il est bon d’apprendre la langue de la région voisine quand on est né ici. Il est bon de se familiariser avec l’une des langues officielles du pays quand on vient d’ailleurs. Sans pour autant renoncer à sa langue maternelle. Je suis convaincu que les connaissances linguistiques immenses et variées de la population helvétique pourraient être mieux valorisées à l’école ou dans le milieu professionnel.

Le métissage de la société helvétique contemporaine renferme un grand potentiel. C’est une promesse de dynamisme et de force. Mais ce trésor de diversité, à l’intérieur de frontières pourtant étroites, nous devons le faire fructifier, tous ensemble.

Pour y parvenir, un seul moyen: le respect. Respect de soi et des autres, respect des institutions nées de l’esprit confédéral. Le sens civique légué par nos pères est gage de bonheur et de prospérité. Et nous vivrons en harmonie si nous reconnaissons l’Etat de droit et les lois, toutes de bon sens et de pragmatisme, de ce pays.

La patrie, c’est là où on se sent bien. Je souhaite que chaque habitant de Saint-Prex et de Suisse ait un lien d’amitié avec ce petit territoire, miroir du monde. Que chacun se reconnaisse dans l’une ou l’autre de ses traditions et puisse ainsi ressentir un peu de l’«âme suisse» ancestrale.

Certains pensent que les valeurs patriotiques ne font plus partie de la pensée de la jeune génération et que le modernisme les a jeté aux oubliettes. Pour vous prouver qu’il n’en est rien, je laisse le mot de la fin à un jeune homme de La Côte:

Je le cite: «J’aime la Suisse. Je vois la Suisse comme un symbole de la diversité, grâce à ses paysages, ses cultures et ses langues. Nous avons de la chance d’avoir depuis 1848 un système politique qui respecte cette diversité.

En décembre j’atteindrai ma majorité. Je ferai officiellement partie des citoyens de ce pays. Je pourrai apporter ma voix lors des votations tout en maintenant ma liberté d’expression et mon indépendance, ce que j’apprécie par-dessus tout.

J’ai grandi au bord du Lac Léman, au pied des Alpes, et j’espère de tout mon cœur continuer à y vivre.». Fin de la citation.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite une belle fête nationale.

André Bugnon, président du Conseil national