La proposition d´enterrer le projet est tombée par 13 voix contre 11 et une abstention, a indiqué le président de la commission Franz Brun (PDC/LU) devant la presse. Les opposants à la privatisation sont issus principalement du PS, des Verts et du PDC. Les partisans se recrutent chez les radicaux et les UDC.
La Chambre du peuple tranchera lors de la session spéciale, probablement le 10 mai. En principe, elle devrait suivre la commission et ne pas entrer en matière. Comme la gauche, le PDC devrait rester uni contre la privatisation, assurant une majorité, a estimé Chiara Simoneschi (PDC/TI).
Le Conseil des Etats se prononcera quant à lui en juin. Mais même s´il devait entrer en matière, un second refus du National signifierait la mort du projet de désengagement prôné par le Conseil fédéral.
Craintes des étrangers
La majorité de la commission s´oppose à la vente de l´ensemble des actions en main de la Confédération (62,45 % du capital), pour de nombreuses raisons, d´après M. Brun. Elle estime que les risques invoqués par le Conseil fédéral pour procéder à cette cession ne sont pas fondés. En outre, la procédure de vente est loin d´être claire.
Les opposants à la privatisation craignent que l´ex-régie ne tombe entre des mains étrangères. "Il n´est pas opportun d´offrir à un investisseur privé le monopole naturel de Swisscom sur le réseau fixe et mobile", a jugé Mme Simoneschi. Le nouvel acquéreur pourrait négliger les investissements nécessaires pour le réseau et les nouvelles technologies en voulant obtenir le meilleur rendement possible au plus vite.
Autres privatisations?
Pour la Tessinoise, le géant bleu est une entreprise qui fonctionne bien, un employeur social établi dans tout le pays. Il a rapporté 10 milliards de francs en sept ans aux caisses de la Confédération, soit un rendement non négligeable de 6 %, a-t-elle rappelé.
Et de signaler que la majorité de la commission a peur que "Swisscom soit la première victime d´une vague de privatisations". La décision d´enterrer le projet clarifiera les choses pour l´entreprise, même s´il faudra encore déserrer le corset pour ce qui est de ses investissements à l´étranger, selon M. Brun.
Commission divergente
Le représentant des partisans de la privatisation de Swisscom, Georges Theiler (PRD/LU), n´a pas manqué de faire de la "politique politicienne" et de taper sur le PDC, qu´il a accusé de "marcher avec la gauche dans la mauvaise direction".
Certains démocrates-chrétiens membres de la commission des finances se sont prononcés en faveur de la privatisation, a-t-il lancé. Dans un co-rapport, cette commission a en effet recommandé en vain, par 15 voix contre 10, à son homologue des télécommunications d´opter pour la cession intégrale de la participation de la Confédération dans le géant bleu.
Une non-entrée en matière empêchera une véritable discussion de fond, a critiqué le radical. D´ailleurs, le peuple ne pourra pas s´exprimer sur la question. La gauche avait en effet annoncé un référendum en cas d´acceptation du projet par le Parlement.
Pour M. Theiler, la Confédération continuera en outre de porter un grand risque avec une participation évaluée à plus de 16 milliards dans Swisscom. Pour cette dernière, la situation ne sera en revanche pas plus claire. Swisscom est pourtant favorable à une privatisation, a-t-il relevé.
Swissom déçu
A l´instar du PRD, le géant bleu a effectivement regretté cette décision dans un communiqué. Il espère que le Parlement trouvera une solution susceptible d´obtenir une majorité en faveur d´une cession partielle ou intégrale.
Le Département fédéral des finances (DFF) a pour sa part refusé de commenter la décision. Le PS et les syndicats l´ont en revanche applaudie. Le PDC veut que la Confédération conserve à l´avenir au moins 51 % du capital-action de Swisscom. L´UDC avait elle rappelé sa position en faveur de la privatisation lundi après-midi.