Messieurs les Conseillers fédéraux 1,
Monsieur le directeur général de l'Office des Nations Unies à Genève, 2
Messieurs les Conseillers d'Etat, 3
Messieurs les Ambassadeurs, 4
Chers collègues,

Je tiens, Monsieur Petrovsky, à vous remercier de vos propos et de votre excellente présentation.

Le Parlement fédéral suisse vous félicite, Messieurs, pour votre engagement en faveur de la coopération internationale qui est la condition de la paix, pour l'oeuvre remarquable que vous accomplissez en faveur des trop nombreux réfugiés qui fuient les zones d'insécurité et les misères de la guerre, pour l'élaboration de normes internationales du travail grâce à des conventions associant employeurs, travailleurs et Etats, pour le développement du commerce international qui assure la prospérité de tous les peuples.

J'imagine qu'on attend du président du Parlement de l'un des derniers pays du monde non membres de l'ONU une évaluation de notre situation face à la grande organisation internationale.

Je pense être l'interprète de tous pour dire que nous apprécions énormément le développement des activités de l'ONU ces dernières années. La fin de la guerre froide a accru la responsabilité des Nations Unies dans tous les foyers de tension. Je pense particulièrement à la Somalie, à l'ex-Yougoslavie, au Cambodge, à la guerre du Golfe, à l' Angola, etc. Le nombre de résolutions adoptées récemment par le Conseil de sécurité témoigne du rôle irremplaçable de l'organisation internationale. Le veto systématique de Monsieur "Niet" appartient à un passé révolu et il ne viendrait à l'idée de plus personne de parler dédaigneusement du "machin".

Nous voulons rendre hommage au secrétaire général, M. Boutros-Ghali et à son prédécesseur M. Perez de Cuellar pour leur immense contribution à la recherche de solutions aux conflits qui ensanglantent notre planète. En lançant l'idée de la diplomatie préventive, l'actuel secrétaire général a fait preuve d'imagination. Puissent les missions d'enquête et les bons office se multiplier avant que des conflits n'éclatent.

Nul n'ignore que le peuple suisse a repoussé à une majorité de 76 % et à l'unanimité de nos 23 cantons l'adhésion à l'ONU lors de la votation du 16 mars 1986.

Y a-t-il des motifs de repenser cette décision ?

Certains milieux sont d'avis que les étapes franchies depuis lors permettent d'espérer un changement d'opinion. L'an dernier, notre peuple a décidé d'adhérer à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international. Notre ministre des finances, M. Stich, ici présent peut se féliciter de ce grand et rare succès de notre politique étrangère. Nous sommes ainsi membres de toutes les organisations spécialisées des Nations Unies et sommes heureux d'y apporter la contribution d'un pays attaché à la coopération internationale.

L'argument de la neutralité qui avait été si fortement évoqué en 1986 n'a plus la même force aujourd'hui depuis l'effondrement du communisme et la disparition des blocs antagonistes. Après l'invasion du Koweït par l'Irak, la Suisse s'est naturellement conformée aux sanctions décidées par l'ONU. Il en est de même pour celles contre la Serbie-Monténégro.

De l'avis de la majorité du Parlement, une votation dans un avenir proche apparaîtrait risquée surtout après le dépôt d'une demande de référendum dirigée contre la constitution d'un corps de casques bleus. Il serait inopportun de procéder à un amalgame des deux questions.

La majorité du Parlement est sans doute favorable à une adhésion de la Suisse aux Nations Unies. Cependant, les vues divergent quant à l'opportunité de procéder rapidement à un nouveau vote populaire alors que celui sur les casques bleus est devant nous et que la question de nos rapports avec la Communauté européenne est loin d'être réglée.

Telle était du moins le sentiment du Conseil national en juin dernier. Depuis lors, l'esprit de Genève a soufflé sur notre Parlement. Au Conseil des Etats, un collègue clairvoyant a eu le mérite de relancer le débat en déposant une motion qui a d'ores et déjà rallié la majorité des membres de ce conseil.

Le Gouvernement a promis de mettre la question de l'entrée aux Nations Unies dans le programme de la législature 1995-99. Voudrons-nous attendre si longtemps et empêcher M. Cotti de renouer avec la grande tradition de Giuseppe Motta ou voudrons-nous supprimer cette situation paradoxale qui fait du pays hôte de tant d'organisations le grand absent de l'ONU. Il est évident que la Suisse ne saurait prétendre mener une politique universelle à l'écart de l'ONU en la seule compagnie des îles charmantes que sont Kiribati, Tuvalu et Tonga, les trois autres non-membres.

Point d'argent, point de Suisse - Voltaire n'est pas loin  et nous entend depuis Ferney.

Permettez-moi de poser la première question:

Comment assurer le financement des opérations des Nations Unies, comment assurer une gestion efficace des deniers de l'organisation, comment faire pour que chaque Etat paie son dû à temps ?

1. MM. Otto Stich et Flavio Cotti

2. M. Vladimir Petrovsky

3. MM. Jean-Philippe Maitre et Dominique Föllmi

4. MM. François Nordmann et Bernard de Riedmatten