Débat général
Face aux pressions croissantes sur la démocratie, à l’intensification des conflits et aux inégalités persistantes, les parlementaires ont examiné lors du débat général les moyens de restaurer la confiance dans des institutions publiques solides et de consolider la paix, la justice et le multilatéralisme par le dialogue et la coopération interparlementaire.
Dans son intervention, le président de la délégation suisse, le conseiller national Christian Lohr, a souligné que l’espoir et la confiance reposent sur une
« démocratie en action », fondée sur le dialogue, la recherche du consensus et la participation de toutes les composantes de la société. Il a particulièrement insisté sur la nécessité d’inclure les jeunes, les femmes, les minorités et les personnes en situation de handicap, rappelant qu’une démocratie juste doit être accessible à toutes et tous. Il a également appelé les parlementaires à dépasser l’horizon des échéances électorales pour intégrer davantage les intérêts des générations futures dans leurs décisions.
À l’issue du débat, l’Assemblée a adopté la
Déclaration d’Istanbul [E /
F], qui appelle les parlements à renforcer la gouvernance démocratique, inclusive et représentative et à mieux intégrer une perspective de long terme dans leurs travaux. Elle met notamment l’accent sur la prospective stratégique et évoque la création de mécanismes institutionnels, tels que des
« commissions pour l’avenir », afin que les conséquences à long terme des décisions politiques soient prises en compte au-delà d’un seul cycle électoral.
Nouvelle secrétaire générale de l’UIP
L’élection de la secrétaire générale de l’UIP a compté parmi les temps forts de cette assemblée. À la différence du président ou de la présidente, qui assume une fonction politique, le secrétaire général ou la secrétaire générale assure la direction opérationnelle de l’organisation et veille à la mise en œuvre des décisions des membres dans le respect du budget.
Anda Filip (Roumanie), numéro deux de l’organisation, a été élue dès le premier tour au poste de secrétaire générale de l’UIP, avec 229 voix, soit 72 % des suffrages (majorité requise : 160). Son entrée en fonction interviendra en juillet 2026. Elle a très nettement devancé les
autres candidates, issues de la Grèce (47 voix), de la Suède (29 voix) et du Sénégal (14 voix), toutes quatre ayant été sélectionnées par le Comité exécutif de l’UIP le 12 avril 2026.
Dès les auditions des candidates organisées au sein du Groupe géopolitique des Douze Plus, le 14 avril 2026, puis lors des auditions générales tenues en marge de la 152e Assemblée de l’UIP à Istanbul, le 18 avril, les différences entre les candidates sont apparues très nettement. Ces échanges ont surtout mis en évidence l’avance considérable d’Anda Filip dans sa connaissance de l’UIP, de ses missions, de son fonctionnement et de sa structure institutionnelle. Finalement, le vote se résumait à un choix entre la continuité, incarnée par Anda Filip, et une volonté de changement radical, représentée par les autres candidates. Les parlements membres ont privilégié la continuité. À l’annonce des résultats, Anda Filip a été ovationnée, ce qui témoigne de sa popularité au sein de l’organisation.
Cette élection est historique en soi, puisque
Anda Filip devient la première femme secrétaire générale et la première ressortissante d’Europe de l’Est à occuper la tête de l’UIP depuis sa fondation, en 1889.
Points d’urgence
Trois propositions de points d’urgence ont été formellement déposées durant cette Assemblée. La première, portée par Bahreïn et les Émirats arabes unis, visait à condamner les frappes iraniennes de juin 2026 contre les pays du Golfe. En réaction, la République islamique d’Iran a déposé une proposition condamnant les frappes américano-israéliennes contre son territoire.
L’initiative qatarie, intitulée « La nécessité de mener des efforts parlementaires concertés pour préserver les cessez-le-feu et soutenir la consolidation de la paix au Moyen-Orient et dans d’autres régions » [E /
F] a ainsi été portée conjointement par le Qatar, l’Australie, la Türkiye, la France, le Brésil, la Zambie, la Pologne, le Portugal et l’Italie, avec le soutien du groupe arabe, du groupe africain ainsi que du groupe de l’Amérique latine et des Caraïbes. Juste avant le vote, l’Iran a retiré sa proposition et s’est rallié à l’initiative qatarie.
Résolutions
L’Assemblée a également adopté deux résolutions. La première, préparée par la Commission permanente de la paix et de la sécurité internationale, était intitulée « Le rôle des parlements dans la mise en place de mécanismes solides de gestion post-conflit et dans la restauration d’une paix juste et durable » [E /
F]. Elle vise à encourager les parlements à soutenir activement la mise en œuvre des accords de paix, la reconstruction, la justice et le contrôle démocratique.
La délégation suisse a obtenu l’intégration de plusieurs de ses propositions d’amendement dans le texte final. Celles-ci ont notamment contribué à renforcer l’approche pragmatique de la reconstruction post-conflit, en établissant une distinction entre les besoins transitoires et les besoins structurels de l’État, et en soulignant la nécessité d’associer largement les victimes aux processus de justice transitionnelle. Les conseillers nationaux Thomas Hurter et Laurent Wehrli ont représenté la délégation au sein de cette commission.
La commission a également arrêté son prochain thème d’étude, à savoir
Renforcer la sécurité maritime et protéger les infrastructures vitales en temps de conflit : le rôle des parlements dans la préservation de la navigation internationale et de la stabilité économique mondiale.
La seconde résolution, élaborée par la Commission permanente du développement durable, est intitulée « Bâtir une économie mondiale équitable et durable : le rôle des parlements dans la lutte contre le protectionnisme, la réduction des droits de douane et la prévention de l’évitement fiscal des entreprises » [E /
F].. La résolution réaffirme l’importance d’un système commercial multilatéral ouvert, fondé sur des règles, pour soutenir la croissance économique, réduire la pauvreté et favoriser le développement durable. Elle appelle les parlements à lutter contre le protectionnisme, à réduire les obstacles au commerce et à renforcer la coopération internationale en matière fiscale. Au sein de cette commission, la délégation était représentée par la conseillère nationale Laurence Fehlmann Rielle et le conseiller national Franz Grüter.
La commission a adopté son prochain thème d’étude, à savoir
Le rôle moteur des parlements dans la protection des écosystèmes de montagne et océaniques, et dans la réalisation de l’objectif de conservation de 30 % d’ici 2030.
Au sein de la Commission permanente de la démocratie et des droits de l’homme, la délégation suisse était représentée par le conseiller national Christian Lohr. Les travaux ont notamment porté sur la préparation de la prochaine résolution de la commission, consacrée au
Développement social inclusif pour tous : stratégies parlementaires pour promouvoir les droits et l’autonomisation des personnes handicapées. En sa qualité de corapporteur de cette future résolution, le conseiller national Christian Lohr a participé au débat préparatoire, qui a permis aux délégations de faire part de leurs priorités et de leurs propositions en vue de l’élaboration du projet de texte qui sera soumis à la 153e Assemblée de l’UIP à Arusha. La commission a par ailleurs fait le point sur les développements récents en matière d’intelligence artificielle et adopté une motion [E /
F] appelant les parlements à renforcer leur action dans ce domaine, notamment par la mise en œuvre des recommandations de la Déclaration de Kuala Lumpur [E /
F], le développement des échanges interparlementaires et le renforcement des capacités des parlements.
Comité des droits de l’homme des parlementaires
Lors d’un volet spécial, l’Assemblée d’Istanbul a célébré le 50e anniversaire du Comité des droits de l’homme des parlementaires [E /
F], organe emblématique de l’UIP, dont l’action pionnière contribue depuis cinq décennies à la protection des parlementaires persécutés et à la défense de l’état de droit. Ce volet a mis en lumière l’impact concret du comité sur la vie et le travail des parlementaires, ainsi que le rôle essentiel de l’UIP et de la solidarité parlementaire dans la défense des valeurs démocratiques et de l’état de droit.
Stratégie de l’UIP
Les membres ont adopté le projet de stratégie 2027-2031 [E /
F] de l’organisation, qui reconnait notamment le rôle central du Comité des droits de l’homme des parlementaires et souligne l’importance de son action au sein de l’UIP, tout en prévoyant de renforcer le soutien aux parlementaires menacés.
La délégation suisse auprès de l’UIP était conduite par son président, le conseiller national Christian Lohr (Le Centre, TG), et par son vice-président, le conseiller aux États Daniel Jositsch (sans parti, ZH). Elle comprenait également la conseillère nationale Laurence Fehlmann Rielle (PS, GE), ainsi que les conseillers nationaux Franz Grüter (UDC, LU), Thomas Hurter (UDC, SH) et Laurent Wehrli (PLR, VD).
Les Conseillers nationaux Fehlmann Rielle et Wehrli lors de la 152ème Assemblée à Istanbul.
Le Conseiller national Lohr lors du débat général.
Le Conseiller national Lohr lors du débat général.
Les candidates au poste de secrétaire générale.
La Conseillère nationale Fehlmann Rielle lors de la séance du comité des droits de l’homme des parlementaires.
Les Conseillers nationaux Grüter et Fehlmann Rielle lors de la rédaction en plénière de la résolution de la commission permanente sur la paix et la sécurité internationale.