Dès ce samedi 19 octobre, le Palais du Parlement prête à nouveau sa façade à la projection monumentale «Rendez-vous Bundesplatz». Le spectacle de cette année célèbre les premiers pas de l’homme sur la lune. A l’époque, les chambres fédérales ont à peine relevé l’événement; indirectement, elles y avaient pourtant contribué.

​Première session qui suit l’alunissage de juillet 1969. S’il souligne l’exploit, le président du Conseil des Etats Christian Clavadetscher (PLR, LU) conclut sur une note plus sombre: selon lui, la réussite que représente ce vol lunaire contraste fortement avec le visage qu’offre notre planète d’un point de vue politique, social et juridique (page 6 du procès-verbal du Conseil des Etats).

Nulle mention de l’événement au Conseil national. Et pourtant, nos chambres auraient eu de quoi pavoiser: le premier objet planté sur la lune quelques mois plus tôt a été conçu à Berne, et le Parlement est loin d’y être étranger…

Le ciel est à tous

Si les Chambres n’épiloguent pas sur le succès américain, la recherche spatiale occupe bien l’agenda parlementaire. A la même session, les deux chambres acceptent sans opposition le «Traité de l'espace et l’accord sur le sauvetage des astronautes».

Le «Traité de l’espace», adopté en 1966 par l'Assemblée générale de l’ONU, définit les principes régissant les activités des Etats pour l'exploration et l'utilisation de l'espace extra-atmosphérique, y compris la lune et les autres corps célestes. Un de ses fondamentaux: l’espace et les corps célestes sont ouverts à la recherche scientifique libre et sans limites, et aucun Etat ne peut revendiquer de droit souverain sur eux.
L’accord sur le sauvetage et le retour des astronautes ainsi que sur la restitution des objets lancés dans l'espace extra-atmosphérique a été adopté l’année suivante par l’Assemblée générale de l’ONU.

Le rôle de la Suisse dans la création de l’Agence spatiale européenne

La Confédération helvétique a un intérêt direct à l’application de ces traités. En 1960 déjà, sur invitation de la Suisse, les délégués des pays d’Europe occidentale intéressés à collaborer dans le domaine spatial se rencontrent au CERN, près de Genève. Cette conférence mènera à la création en 1964 de l’Organisation européenne pour la recherche spatiale (OERS, angl. ESRO), l’ancêtre de l’Agence spatiale européenne (ESA). Le projet est présenté au Conseil national lors de la session de décembre 1962 par le rapporteur de commission Georges Borel (PS, Genève). Il déclare avec enthousiasme: «Ce projet s'inscrit dans la série des actions auxquelles la Suisse s'associe à d'autres pays européens pour assurer non seulement le progrès scientifique, mais encore, et par voie de conséquences, l'avenir économique et la pérennité de notre pays dans le regroupement politique des collectivités humaines.»

L'arrêté est adopté au Conseil national par 117 voix, sans opposition et par le Conseil des Etats, le 7 mars 1963, par 29 voix sans opposition.

La Suisse sur la lune

Dans son plaidoyer, Georges Borel mettait en avant le fait que «l'OERS encouragera le travail scientifique entrepris par chacun des Etats membres dans ses propres établissements, ses universités notamment, ce qui constituera un enrichissement pour la Suisse.» L’Institut de physique de Université de Berne en fera l’éclatante démonstration en développant la voile solaire, plantée par Edwin Aldrin le 21 juillet 1969 dans le sol lunaire. Le capteur de particules de vents solaires fut la seule expérience non américaine embarquée par Apollo 11.

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