Le visiteur qui pénètre dans le Palais du Parlement est frappé d’emblée par l’imposant groupe des Trois Confédérés. A ce monument de calcaire, l’architecte a choisi pour écrin des «marbres» vaudois renommés.

​Les Trois Confédérés ont été érigés en 1914, au terme d’une longue procédure d’acquisition. James André Vibert a sculpté les trois statues, qui pèsent au total 24 tonnes, dans un calcaire Botticino jaune, provenant de la région de Brescia (IT), d’où l’on extrayait du calcaire jaune pâle en grandes quantités depuis l’Antiquité romaine.

Les pierres calcaires font partie des roches sédimentaires, tout comme le grès ou la molasse. Ce sont des produits d’érosion transportés, déposés et reconsolidés par l’eau, provenant de formations rocheuses plus anciennes. Ces pierres contiennent souvent des fossiles et constituent ainsi un témoignage important de l’évolution.

Le socle de la statue des Trois Confédérés est en calcaire de Laufon.

Origine: carrières de Meiersacker et de Schachental, près de Laufon (BE à l’époque, mais BL aujourd’hui) (en bleu sur la carte).

Les marbres de la dynastie Doret

La base du monument est faite de calcaire rouge traversé de larges veines de calcite blanches, appelé Châble Rouge.

La dynastie d’artisans Doret a travaillé cette pierre calcaire dès le début du XIXe siècle et jusque tard dans le XXe siècle. Le matériau brut n’existait qu’en quantité très limitée, ce qui fait du socle du «groupe du Grütli», comme on le nomme aussi parfois, l’un des plus grands objets fabriqués avec cette pierre.

Origine: environs d’Yvorne (VD) (en vert sur la carte).



Aux pieds du «groupe du Grütli», ce sont les marbres de Roche qui dominent. Les éléments rectangulaires et les anneaux rouge et jaune sont composés de jaspe rouge, à quoi s’ajoutent du gris de Roche et du marbre de Carrare.

Comme évoqué dans la première partie de cette série d’été, les marbres véritables sont soit blancs, soit faiblement teintés. Les marbres de Roche sont en réalité des pierres calcaires. Le recours intensif à ces pierres renommées a commencé avant le milieu du XVIIIe siècle. Leur exploitation et leur traitement étaient principalement aux mains de la famille Doret, à Roche (VD) et à Vevey (VD).

A Berne, les ateliers Funk appréciaient particulièrement le jaspe rouge en guise de marbre dit «Viviser».

Origine: carrières situées sur le versant est de la vallée du Rhône, entre Yvorne (VD) et Roche (VD). Pour le Palais du Parlement, on a enregistré une livraison de la carrière Truche Fardel ou La Coche, qui a cessé ses activités il y a plusieurs décennies (en rouge sur la carte).

L’encadrement plus sombre est en pierre calcaire d’Écaussinnes, une commune située au sud de Bruxelles. Cette roche est appelée couramment le petit-granit belge, mais elle n’a en réalité rien de commun avec le granit. La population suisse la connaît bien: elle a servi de revêtement pour les guichets de nombreux bureaux de poste!