La version orale fait foi

 

 

Mesdames et Messieurs les représentants des autorités fédérales, cantonales et communales,
Mesdames et Messieurs les invités,
Chers amis du canton de Fribourg,


« Ausgeteilte Wahlzettel: 245 ; eingelangt: 245 ; leer: 0 ; ungültig: 0 ; gültig: 245 ; absolutes Mehr: 123 ; gewählt ist mit 126 Stimmen : Monsieur Alain Berset ».


L’horloge de la salle du Conseil national indiquait 11 heures 55, ce mercredi 14 décembre 2011, lorsque j’ai pu annoncer l’élection du quatrième conseiller fédéral et du premier sage socialiste du canton de Fribourg.
« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années », comme le dit si bien Corneille. Alain Berset avait  rendez-vous avec l’Histoire. L’émotion était palpable lorsqu’il a levé les yeux vers sa famille qui l’applaudissait depuis les tribunes et qu’il a exprimé, dans nos quatre langues nationales, sa gratitude envers l’Assemblée fédérale, envers son parti et son canton.
Devant tant d’assurance et de ferme conviction, on peine à croire que notre nouveau conseiller fédéral est entré en politique il y a onze ans seulement.
C’est au tournant du nouveau millénaire que le jeune politicien a été élu pour réécrire la charte fondamentale du canton de Fribourg. Recréer les règles de la vie en communauté, repenser l’organisation de la société fribourgeoise, quelle mission passionnante!


« A l'œuvre, on connaît l’artisan » disait La Fontaine. Si Alain Berset a réussi quelques coups d’éclat dans cette expérience de démocratie participative, il s’est surtout rompu à l’art du compromis et de la négociation, sans perdre de vue toutefois son idéal politique. Alain Berset est un peu comme ces frustes cailloux qui ont roulé longuement dans le fonds du torrent. Ils n’ont peut-être pas gardé toutes leurs aspérités, mais ils n’ont pas perdu leur substance première (Aristide Briand).
Son charisme de faiseur de solutions l’a fait élire au Conseil des Etats en 2003. Cette élection – qui ne l’oublions pas fut une surprise – montra à ceux qui l’ignoraient encore que la politique n’est pas seulement un dialogue des esprits, mais que c’est aussi gagner le cœur des gens.
L’ancien conseiller général de Belfaux a fait du chemin depuis son entrée à la Chambre haute de l’Assemblée fédérale. Il s’est attaché, avec énergie et talent, mais aussi avec une bonne dose d’habileté, à dépasser l’antagonisme traditionnel entre gauche et droite, entre néolibéralisme et Etat providence. Il a fait entrevoir une troisième voie, celle d’un Etat garant de la volonté collective, de la prospérité nationale et de la cohésion sociale.
Dans cette perspective, il a œuvré sans relâche à la pérennité des institutions politiques de notre pays. Pas question de changer sur un coup de tête des institutions qui ont assuré la stabilité et la paix sociale du pays. Tout en goûtant l’audace et le panache dans l’action, il incline vers les attitudes prudentes et les démarches réservées lorsqu’il s’agit de dégager une issue. Prudence et circonspection donc, en toutes circonstances.


In der kleinen Kammer hatten wir oft die Gelegenheit, die rhetorischen Talente unseres neuen Bundesrates kennen - und vor allem schätzen zu lernen. Um seine Position zu erklären, griff Alain Berset jeweils auf ein ausführliches, breites Argumentarium zurück, bereichert mit Elementen und Zitaten aus Geschichte und Philosophie. Zum Vorschein kam bei seinen Voten ein analytischer Geist, in seinen Gedankengänge präzise bis ins letzte Detail und auf den Punkt gebracht. Alain Berset zögerte nicht Charles de Gaulle zu zitieren, als er uns im Ständerat skizzierte, wie eine ausgewogene Beziehung zwischen Regierung und Parlament auszusehen hätte (Ständerat, 16. März 2010). Wie das zu verstehen ist, hätten wir rückblickend bereits erahnen können…


Seine Intelligenz, seine Bildung haben Alain Berset nicht davon abgehalten, auch die praktischen Seiten in seine Überlegungen einzubeziehen. Denn ist es nicht so, dass weise, grosse Politik auch sehr viel mit Menschenverstand zu tun hat?
Sein Pragmatismus diente Alain Berset in seiner Rolle als Parlamentarier ebenso wie in seiner Kontrollfunktion als Mitglied der Finanzdelegation, wo ich das Vergnügen hatte, mit ihm zusammenarbeiten zu können.
Alain Berset hat es während seines Präsidaljahres meisterlich  verstanden, Innovation und Konventionen zu verbinden und war damit Stil prägend. Er hat sich unermüdlich für unsere kleine Kammer eingesetzt, im In- und im Ausland und sie dadurch ins beste Licht gerückt.


C’est également à lui qu’est revenue la tâche – en 2008 – en tant que nouveau président du Conseil des Etats, d’apporter les vœux du Parlement au Président de la Confédération Hans-Rudolf Merz à Herisau en Appenzell. C’était prémonitoire. Aujourd’hui, c’est à un président du Conseil des Etats appenzellois de rendre la pareille au conseiller fédéral Berset à Fribourg. La boucle est ainsi bouclée.
Monsieur le Conseiller fédéral, cher Alain,
Je suis heureux et fier de t’apporter les meilleurs vœux de l’Assemblée fédérale et du Conseil des Etats qui est encore ton conseil jusqu’à la fin de l’année. Tes anciens collègues du Parlement et moi-même te souhaitons plein succès dans la tâche difficile et exigeante qui t’attend, de l’autre côté du miroir législatif.
Tu as suivi la cascade normative de la constituante au législatif et c’est en toute logique que tu relèves dès à présent les défis de l’autorité directoriale et exécutive suprême de la Confédération. Héraclite – que tu aimes citer – avait donc raison: la seule constante chez toi, c’est le changement.
La passion et la fougue qui t’ont animé jusqu’à présent te seront précieuses au gouvernement. Il te faudra également de la patience et de l’opiniâtreté : malgré l’appui cordial et vigoureux de tes anciens collègues, tu subiras des échecs, tu essuieras des critiques, tu vivras des heures de doute et de découragement. Un conseiller fédéral, ça dure et ça endure.
Ton point de vue va changer et sans doute trouveras-tu parfois que le législatif s’immisce par trop dans la gestion opérationnelle de l’action gouvernementale. Tu vivras en permanence avec l’épée de Damoclès des référendums au-dessus de ta tête, sans parler des dynamiques irrationnelles qui sont le propre de la politique.
Mais je sais que tu excelleras à jouer ton rôle, dans le partage du pouvoir entre les trois piliers de notre démocratie que sont le fédéralisme, la concordance et la démocratie directe.
Je me réjouis de te revoir au Parlement et de croiser le fer sur l’un ou l’autre projet législatif ou sur ton budget, comme au bon vieux temps.
Peut-être aurons-nous le loisir de nous revoir également si d’aventure tu décidais avec ta famille de prendre à nouveau du repos à Walzenhausen, dans le beau canton d’Appenzell. Surtout n’oublie pas que les responsabilités gouvernementales imposent de ne pas se perdre et de prendre du recul, de la distance, de la hauteur.
Comme l’émotion me guette, je laisse le dernier mot à un autre fabuliste du Grand Siècle, Fénelon : «Vous ne serez au-dessus des autres que pour les protéger, que pour écarter les maux qui les menacent, que pour leur procurer tous les biens qu’ils ont droit d’attendre d’un gouvernement vigilant et paternel ».


Vive notre nouveau conseiller fédéral, vive Fribourg, vive la Confédération.