Les paroles prononcées font foi.

 

Monsieur le Président de l’Assemblée générale de l’ONU,
Monsieur le Président du Conseil des Etats,
Madame la Présidente de la Confédération,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil fédéral,
Chers Collègues,


La Suisse n’en est pas encore revenue. Elle préside la 65e session de l’Assemblée générale de l’ONU! Quasi nouvelle venue au sein de l’enceinte internationale, la Suisse y occupe une position clef durant une année. Et comme si cela ne suffisait pas, on attend de la présidence suisse qu’elle lance une réforme en profondeur de cette institution vénérable, née au lendemain de la Deuxième guerre mondiale.


Cher Joseph Deiss,
La Suisse vous est redevable de cet insigne honneur. A travers cette petite cérémonie en marge de la session d’hiver, les membres du Parlement fédéral vous expriment leur reconnaissance et celle des citoyennes et des citoyens suisses qu’ils représentent.
En vous choisissant, les Etats d’Europe occidentale ainsi que les États-Unis, le Canada, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, la Turquie et Israël ont reconnu la qualité de votre candidature. Ils ont voulu élire l’un des artisans de l’entrée de la Suisse à l’ONU.


Peut-être avaient-ils encore dans l’oreille votre déclaration du 13 septembre 2002, devant l’Assemblée générale à New-York. Vous aviez alors expliqué qu’à travers son oui, le corps électoral helvétique demandait à la Suisse de renforcer son engagement et sa prise de responsabilités au plan international.
Cette offre de service à peine masquée n’est pas passée inaperçue: l’ONU a pris les Confédérés au mot et fait de vous le 65e président de son Assemblée générale. Elle vous a confié une mission stratégique pour la paix et la sécurité du monde.
Votre élection souligne la forte convergence entre la politique extérieure de la Suisse qui promeut un ordre mondial démocratique et pacifique et la mission fondamentale de l'Organisation des Nations Unies. Votre présidence met sur le devant de la scène la vocation de bons offices de la Suisse et son rôle dans la diplomatie internationale. Même le statut de neutralité de notre pays se trouve revalorisé par votre mandat.
Le président de l’Assemblée générale est à la fois l’acteur le plus visible et le premier serviteur de l’Organisation des Nations Unies. Le premier citoyen du monde doit mettre le pays et le groupe géographique qu’il représente au second plan. C’est ainsi qu’il peut faciliter le dialogue entre parties divergentes. C’est ainsi qu’il peut jeter des ponts entre les nations.
Quiconque veut présider avec succès l’Assemblée générale de l’ONU ne peut avoir d’autre agenda politique que la Charte onusienne.


Cher Monsieur le Président,
L’assemblée de l’ONU ne vous a donc pas élu pour vos idées politiques. Pour comprendre son choix, il vaut la peine d’examiner vos prérogatives. Il vous revient en particulier d’établir de l’ordre du jour de la 65e session et pour le rédiger, vous devez collaborer avec pas moins de 21 vice-présidents.
Cette tâche apparemment formelle est extrêmement délicate. Car si certains des 192 Etats membres de l’ONU refusent de discuter de certains points mis au programme, ils risquent de quitter les débats et de fermer ainsi la porte à toute avancée consensuelle de l’assemblée. Il en va de la légitimité même des Nations-Unies!


Un enjeu important pour l’universalité de l’ONU et pour sa crédibilité. L’ONU est le lieu où tous les pays souverains peuvent se parler et trouver des solutions ensemble aux problèmes qui les concernent. Chaque pays doit pouvoir y faire entendre sa voix, avez-vous déclaré après votre élection. A vos yeux, le groupe des 20 pays les plus industrialisés du monde, le G20, trouverait aussi sa légitimité s’il était intégré à l’ONU. Au même titre que l’Union Européenne.
Votre mandat requiert une vision claire des acteurs mondiaux, étatiques et privés, des relations qu’ils entretiennent, de leurs rapports de force et de leurs alliances. Votre cabinet new-yorkais actualise en permanence les dossiers internationaux. On dit d’ailleurs que certains hauts fonctionnaires de l’assemblée onusienne ont adopté des chaussures de sport pour suivre votre rythme de travail, de l’aurore au couchant.


Oui, cher Monsieur le Président, c’est bel et bien votre immense expérience des échanges multilatéraux qui vous ont valu d’accéder au perchoir du monde. Vous portez un regard d’argus sur les réalités des cinq continents.
Cette soif de comprendre le monde, vous l’avez d’abord assouvie à travers une carrière universitaire et professorale rien moins que vertigineuse. Puis vous vous êtes intéressé à notre «démocratie alpine». De la commune de Barberêche dont vous fûtes l’aimé et respecté syndic, vous avez pris de la hauteur en même temps que les rênes du Grand Conseil fribourgeois.
Comme la Sarine, vous vous êtes jeté dans l’Aare jusqu’à l’autre cité des Zähringen et vous avez levé les yeux vers la Coupole fédérale.
Le professeur d’économie devenu conseiller national devient en 1999 le troisième conseiller fédéral fribourgeois et le meilleur ambassadeur alémanique de la Romandie (à moins que cela ne soit le contraire) au sein du Collège gouvernemental.


Cette carrière fulgurante n’est pas le fruit de savants calculs mais personne ne vous déniera un sixième sens pour les circonstances favorables. Est-il machiavélique de lire les signes des temps et de savoir quand pousser son avantage? Non, c’est plutôt la marque des grands esprits que de garder un peu de la rouerie originelle. Grâce à votre ancrage au bord du lac de Schiffenen et à votre regard d’Argus sur toute la planète, vous êtes entré dans l’histoire mondiale et la Suisse, à votre suite.
Soyez-en sincèrement félicité et remercié.