Texte oral fait foi
Excellence,
Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les députés,
Messieurs les ambassadeurs,
Monsieur le professeur,
Madame la directrice,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi, Monsieur le président, au nom du Parlement fédéral et des autorités suisses de vous souhaiter très chaleureusement la bienvenue en Suisse et à Fribourg. Nous sommes très heureux que vous ayez choisi la capitale de mon canton pour votre escale culturelle. Nous sommes très honorés par votre présence ce soir.
Fribourg est un concentré de notre pays. Situées à la croisée des chemins au cœur de la Suisse, la ville et la région sont un exemple de mixité où se côtoient plusieurs communautés linguistiques et culturelles.
Fribourg est aussi une ville universitaire et j’ai été très heureux d’apprendre que notre Alma Mater cherche à renforcer la coopération avec l’Ukraine. Une conférence a d’ailleurs eu lieu en juin dernier à Kiev et Lviv afin de coordonner les recherches en sciences humaines entre les deux pays. Fribourg dispose aussi d’un institut interfacultaire de renom sur l’Europe centrale et l’Europe de l’Est ainsi que la plus ancienne chaire de langues et de littérature slaves en Suisse, qui a été fondée en 1889. Inexistants naguère, les rapports scientifiques entre l’Ukraine et la Suisse sont une belle réalité aujourd’hui et nous saluons vivement leur développement.
La Suisse est l’une des plus anciennes démocraties du monde. C’est pourquoi, en tant que représentant du Parlement suisse, je tiens à vous dire que nous sommes tous très impressionnés par le processus de transformation et de renaissance nationale qu’a connu votre pays depuis le mois d’août 1991.
Lors de la « Révolution orange » à l’hiver 2004, l’Ukraine a su forcer son destin : unis dans un élan commun, les Ukrainiens ont exprimé puissamment mais pacifiquement leur volonté de liberté.
Durant toutes ces années d’affranchissement politique et spirituel, vos citoyens ont fait preuve d’une maturité politique exemplaire à laquelle nous tenons à rendre hommage. En ce bicentenaire, on ne saurait oublier votre grand auteur, Nicolas Gogol, qui faisait dire à un ataman dans Taras Boulba « … la voix du peuple est la voix de Dieu. On ne saurait imaginer de décision plus sage que celle du peuple entier » . Le peuple ukrainien a fini par lui donner raison.
Depuis 1991, l’Ukraine a accompli une œuvre d’importance historique : le système totalitaire, qui a privé votre pays et vos citoyens de la possibilité de devenir prospère plus tôt, a été inexorablement éliminé.
Depuis plusieurs années, l'Ukraine s'est engagée sur la voie de profondes réformes économiques et sociales. Nous savons que toutes ces réformes s'accomplissent dans des conditions économiques difficiles et qu’elles mettent à rude épreuve la population de votre pays. Mais nous sentons aussi l'espoir qui habite vos citoyennes et citoyens.
L’Ukraine est l’héritière d’une grande civilisation et d’une belle culture. Elle a un passé glorieux ; il suffit de penser au rôle joué dans l’histoire européenne par Vladimir le Grand et Iaroslav le Sage. Votre pays a donné naissance à des artistes devenus internationalement célèbres, tel Mikhaïl Boulgakov – qui m’est très cher –, mais aussi le poète Tarass Chevtchenko, le philosophe Grigori Skoworoda, l'écrivain Ivan Franko, sans compter le chorégraphe Serge Lifar qui aimait tellement la Suisse.
Les relations entre la Suisse et l’Ukraine sont anciennes et remontent à une époque où votre territoire constituait une région d’émigration pour les Suisses. C’est ainsi que fut fondée, il y a 200 ans, une colonie nommée Zürichtal sur la presqu’île de Crimée et que, peu de temps après, des vignerons suisses créèrent dans les environs d’Odessa une colonie qui existe encore aujourd’hui dans le village de Chabo.
L’Ukraine et la Suisse sont des pays très différents, tant par la taille que sur le plan démographique. L’Ukraine est quinze fois plus grande que la Suisse et compte sept fois plus d’habitants. Mais nos deux pays ont aussi beaucoup en commun comme un sentiment très fort d’indépendance et une aspiration à l’autonomie qui sont ancrés dans le cœur de chaque citoyen.
Nous avons aussi en commun que nous faisons partie de l’Europe, sans participer à l’Union européenne. Sur ce plan, nos pays sont à la recherche de collaborations avec l’Union européenne. Vous avez choisi la solution du partenariat et de la coopération, nous privilégions la voie bilatérale.
Même si notre rencontre est un moment heureux, nous devons aussi avouer nos préoccupations sur certaines évolutions à l'Est. La situation au Caucase et les velléités sécessionnistes qui se développent en Moldavie sont des motifs d'inquiétude pour tous les pays européens. Puisse l'Ukraine être épargnée par de tels développements. Tel est le vœu que nous formulons.
J’espère que votre visite nous permettra d’intensifier les relations entre nos pays, que ce soit sur les plans politique, économique, scientifique ou culturel, mais également sur le plan parlementaire.
Monsieur le président, je vous remercie pour votre visite en Suisse qui est l’expression d’une très grande marque d’amitié. Je suis certain qu’elle constituera le début d’une collaboration fructueuse.
Je souhaite longue vie à l’amitié entre l’Ukraine et la Suisse !