Texte oral fait foi
Madame la Rectrice,
Chères nouvelles bachelières, chers nouveaux bacheliers,
Chers parents, chers famille et amis des bacheliers 2009 de Ste-Croix,
Entrant dans cette enceinte, j’ai entendu derrière moi une étudiante qui disait: «Pourvu qu’il n’y ait pas trop de blabla», ou quelque chose comme ça. Alors je dois vous dire que ça m’a un peu stressé mais ça m’a surtout fait plaisir. Cette remarque, acidulée prouve que les années passées au collège Ste-Croix ont aiguisé votre sens critique. J’en félicite chaleureusement tous vos professeur(e)s.
Ein kritischer Geist hilft, Vorurteilen, Fehlüberlegungen und irrigen Annahmen beizukommen. Und ich hoffe, dass Sie nicht alles, was Ihnen in den kommenden Jahren an Wissen verabreicht wird, bereitwillig schlucken.
Die Studierenden sind die Garanten für den Erfolg der Bologna-Reform an unseren Hochschulen. Ihre Gedanken und Anregungen helfen den Lehrkräften, die schweizerische Bildungslandschaft entscheidend zu verbessern.
Bewehrt mit einem kritischen Geist, werden Sie sich Ihren Platz in Staat und Gesellschaft sichern. Sie werden die Debatten beleben und Ihre Meinung, einem Cyrano der Bergerac gleich, souverän vorzubringen.
«Pas de blabla!», donc. J’ai bien entendu la consigne et je vais essayer de m’y tenir.
En réfléchissant à mon intervention, je n’ai pu m’empêcher de penser à ce petit personnage avec son éternelle écharpe rouge oblique qui le tire vers le ciel. Il vous dit sûrement quelque chose. Ce petit bonhomme qui fait de multiples rencontres et qui se demande si l’on est responsable de ce que l’on a apprivoisé…
Et bien, je prétends que le cadre naturel du Collège de Ste-Croix, ce cadre dans lequel vous avez vécu plusieurs années, a inspiré ce chef d’œuvre magistral.
Vous voulez des preuves? Ah, je reconnais bien là votre esprit cartésien. (Bravo encore une fois à vos professeurs!) Et bien en voici, des preuves.
Si vous regardez attentivement les illustrations de ce petit livre, vous verrez que plusieurs d’entre elles comportent une haute falaise grise. Sur l’un des dessins, qui sont des copies presque parfaites des dessins réalisés de la main de St-Exupéry lui-même, le «Petit Prince» se tient même debout, tout au bord de la falaise.
Comme Antoine de Saint-Exupéry, vous avez regardé mille fois la Sarine couler paisiblement, 60 mètres en-dessous de vous. Comme tous les élèves qui ont fait leurs humanités dans ce noble établissement, vous revoyez parfois en rêve les bois qui l’entourent. C’est que beaucoup de scènes drôles et moins drôles de votre vie se sont jouées ici, dans l’écrin mystérieux et beau de votre école de sable et de verre.
Et peu importe que «St-Ex.» n’ait pas fréquenté le Collège Ste-Croix mais la Villa Saint-Jean, collège aux toits rouge aujourd’hui disparu qui s’élevait à deux pas. Peu importe de savoir où il a développé sa verve poétique, il avait même reçu le prix du collège pour l’une de ses rédactions.
Le plus important, c’est que durant ses années au collège ici à Fribourg, il a lié des amitiés qui se sont prolongées à l’âge adulte.
Regardez bien autour de vous, celles et ceux avec qui vous avez passé les années de collège, car certains d’entre eux resteront vos amis pour la vie. C’est en vivant de bonnes choses ensemble que l’on devient de bons amis. Et de bonnes choses, vous en avez vécu à foison durant vos années de lycée.
Et je ne parle pas seulement des notes imprimées dans votre certificat de maturité, qui attestent de votre réussite, mais qui sinon disent bien peu.
Elles disent bien peu sur le soutien que vous avez reçu de vos parents, de vos frères et sœurs et d’autres proches.
Ces notes ne révèlent pas non plus les ennemis que vous avez dû vaincre pour obtenir votre diplôme, le plus terrible d’entre eux étant sûrement vous-même.
Je suis bien placé pour le savoir puisque j’ai été un élève de Ste-Croix entre 1987 et 1991. La section française de l’établissement qui comptait un étage de moins qu’aujourd’hui venait de s’ouvrir aux garçons. Plusieurs de mes professeurs sont d’ailleurs ici, notamment celui qui fut mon professeur de classe (et de latin) pendant les 4 années passées au collège, Philippe Oswald, à qui je veux adresser ici un hommage ému. C’est grâce à son talent que la «version latine» ne s’est jamais transformée en «aversion latine» pour ses élèves.
Liebe Maturandinnen und Maturanden,
Die Kollegiumsjahre sind viel mehr als nur eine Vorbereitung auf höhere Studien. Ihre Bilder, Fotografien und Kriminal-Hörspiele beeindrucken mich sehr. Ihrer Fantasie sind unter der fachlichen Betreuung Ihrer Lehrerinnen und Lehrer Flügel verliehen worden. Sie haben gelernt, sich innerhalb der Regeln der Kunst und der Musik auszudrücken. Im Kollegium Heilig Kreuz haben Sie gelernt, selbst zu denken, sich den Anforderungen einer Gruppe zu stellen, den Gesetzen des Mannschaftssports zu gehorchen.
Sie werden diesen Ort mit einem Zauberschlüssel verlassen, der Ihnen zahlreiche Türen öffnen wird. Es ist nicht ein Schlüssel zum Reich der Träume, sondern eher der Schlüssel zu neuen Horizonten, nämlich zu Sprache und Kultur. Im ständigen Austausch mit Ihren Kolleginnen und Kollegen und mit ihren Lehrpersonen haben Sie die Zweisprachigkeit des Kantons Freiburg von Grund auf erlebt. Sie werden fortan Brücken zwischen den Sprachregionen unseres Landes schlagen.
In unserem kleinen Land wechseln vier von zehn Einwohnerinnen und Einwohner die Sprache je nachdem, ob Sie am Arbeitsplatz, in der Familie oder in der Freizeit sind. Scheuen Sie sich also nicht davor, zu Ihren zwei- oder gar dreisprachigen Wurzeln zu stehen. Sie sind die Vorläufer der Schweiz von morgen, einer Schweiz, die offen ist gegenüber dem Andern. Einer Schweiz auch, die das reiche Erbe der Sprachen und Kulturen ihrer Bevölkerung zu nutzen weiss. Ich gratuliere und danke Ihnen.
Comme l’écrit Amin Maalouf. «Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c’est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C’est précisément cela qui définit mon identité. Serais-je plus authentique si je m’amputais d’une partie de moi-même?»
Chères bachelières, chers bacheliers,
Je suis convaincu que cette période n’aura été banale pour aucun d’entre vous. Vous vous êtes rassemblés ici il y a quelques années, vous vous êtes enrichis de vos confrontations, de vos débats et vous allez maintenant reprendre, chacune et chacun, un nouveau chemin.
Gardez intacte la mémoire de cette école dans laquelle vous avez passé, sans aucun doute, une période importante de votre vie.
Félicitations et à toutes et à tous.
Merci de votre attention.