Chères étudiantes, chers étudiants,
Monsieur le Président du Grand Conseil
Monsieur le Président du Conseil d'Etat,
Monsieur le Recteur
Monseigneur,
Mesdames et Messieurs les professeurs,
Mesdames et Messieurs,
C'est pour moi, ancien étudiant de l'Université de Fribourg, un moment très émouvant que d'avoir l'honneur de présider ce Dies Academicus. J'exprime ma gratitude aux responsables de l'Université pour leur invitation. C'est aussi l'occasion de remercier notre établissement universitaire et ses professeurs pour tout ce qu'ils m'ont apporté. Le doctorat en physique que j'ai obtenu en 1969 a constitué un sésame utile pour ouvrir bien des portes et me conduire à la tête d'un office de la Confédération qui a une activité scientifique, celui de la métrologie, autrement dit les poids et mesures.
La mission de l'Université est de former des personnes capables de discernement à l'égard d'eux-mêmes et de leurs travaux, en situation de porter un regard critique à propos du monde où ils vivent et d'apporter à la société une contribution personnelle en relation avec la formation scientifique reçue. L'universitaire doit garder la même liberté de jugement quant aux connaissances scientifiques qui lui furent dispensées. Cela signifie qu'il restera toujours un chercheur quelles que soient ses activités. Cela implique aussi que sa formation soit universelle et pas spécialisée. Que l'Université se garde de se transformer en école professionnelle. Que l'on favorise les recherches pluridisciplinaires.
Vous savez le triste état des finances publiques. On a sans aucun doute raison de limiter les déficits et de chercher à faire des économies mais attention de ne pas hypothéquer l'avenir. Il est des économies qui coûtent fort cher et je pense à celles qui touchent la recherche scientifique, l'aide aux universités, les bourses d'études, les investissements pour nos universités et hautes écoles. De 1985 à 1992, la part du budget fédéral pour la recherche et le développement a passé de 9 à 7,5 %. Les conséquences négatives se feront sentir un jour et le dommage causé apparaîtra important et sans commune mesure avec l'amélioration toute passagère de la situation budgétaire. Je comprends les soucis de nos ministres des finances tant à l'échelon fédéral que cantonal. Mais de grâce, ne touchez pas à la recherche. Pensez qu'en 1989, on recensait 42 chercheurs pour 10 000 habitants en Europe contre 73 au Japon et 76 aux USA !
Le vote du 6 décembre dernier sur l'Espace économique européen a révélé une cassure profonde entre les deux parties principales du pays. Une commission parlementaire que j'ai l'honneur de présider étudie les voies et moyens de rapprocher toujours davantage les Confédérés et d'améliorer leur compréhension. Nous nous attachons à dégager davantage ce qui nous unit de ce qui nous sépare.
L'Université de Fribourg peut jouer un rôle essentiel à cet égard. Sise au point de jonction de deux grandes espaces culturels, à la frontière entre deux civilisations, notre capitale cantonale était prédestinée à jeter un pont entre la Suisse alémanique et la Suisse latine. Il n'est donc par surprenant que son université soit historiquement bilingue. Le français et l'allemand sont donc nos langues usuelles et prépondérantes et définissent traditionnellement l'Université comme bilingue. La possibilité d'acquérir une seconde langue nationale a constitué de tout temps l'un des motifs d'inscription de nos étudiants.
Le bilinguisme permet des contacts réguliers entre professeurs, assistants et étudiants d'horizon différents et est source d'enrichissement culturel et humain. Pour être bien vécu, ce bilinguisme suppose un équilibre judicieux des langues, un équilibre subtil et difficile parfois à sauvegarder.
L'Université de Fribourg est non seulement un pont qui prolonge ceux jetés sur la Sarine. Elle constitue aussi un lien entre la Suisse et l'Europe. Depuis 17 ans, notre Université a organisé tous les 5 mai, sa "journée de l'Europe" pour marquer l'anniversaire de la signature du Statut du Conseil de l'Europe en 1949 à Londres.
La bonne graine européenne a été semée ici même dans cette salle et depuis cette tribune. Le drapeau bleu aux 12 étoiles a flotté sur les bâtiments de Miséricode. De grands orateurs ont exprimé leur foi européenne comme les présidents du conseil de France, Pierre Pflimlin et d'Italie, Emilio Colombo, le président de la République portugaise Mario Soarès, le président du gouvernement luxembourgeois, Pierre Werner, le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Marcelino Oreja ou le ministre des affaires étrangères d'Autriche, Willibald Pahr. Ces conférences ont eu un impact sur l'opinion publique et ne sont pas étrangères au oui massif de Fribourg en décembre dernier.
On a aussi invité quelques Suisses. Parmi eux, mon ancien collègue du Conseil des Etats, M. Olivier Reverdin qui fut président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. Je veux retenir ici une seule phrase de son discours. Je cite: "En 1848, quand elle a opéré sa mutation, la Suisse a pleinement respecté la personnalité de ses cantons. Elle ne leur a pas demandé de se diluer ou de se fractionner pour réaliser sa propre unité. Au contraire ! De même, l'Europe ne saurait trouver la voie de son intégration qu'en respectant les Etats nationaux. Ce ne sera pas aisé. Il n'y a pas d'autre voie." (fin de citation).
En recevant récemment la reine des Pays-Bas, le Conseil fédéral et les présidents des Chambres n'ont pas eu le sentiment que l'on avait procédé différemment. La Hollande est toujours la Hollande. Elle n'a rien perdu de son identité, ni de ses particularités ni de son caractère national propre. Bien au contraire.
Le malheur pour la Suisse aura été de s'être trouvée à l'écart de la principale institution qu'est la Communauté européenne devenue depuis peu l'Union européenne. Le traité de Rome a été élaboré sans elle. Le traité instituant l'Acte unique également. Le traité de Maastricht est entré en vigueur il y a quinze jours sans que nous ayons en rien pesé sur son élaboration. Il y est question de monnaie unique et de politique étrangère et de sécurité commune. Est-ce que cela ne nous touche pas ? N'aurions-nous eu pas une contribution à apporter, à faire partager nos valeurs essentielles que sont la démocratie directe et le fédéralisme.
Au rythme où vont les choses, la Suisse ne sera pas non plus présente à la conférence intergouvernementale de 1996 qui réunira les Etats d'une Union européenne élargie et qui décidera de nouveaux développements. Nous sommes contraints de nous adapter - je pense à l'exercice EUROLEX -, de nous aligner ou de subir ce que décident les autres. Sous prétexte du maintien d'une indépendance nationale formelle mais irréelle, les isolationnistes auront vite faits de notre pays un Etat-satellite. Beau gâchis en vérité !
Je suis heureux que le flambeau européen ait été repris par une jeunesse ardente qui a su recourir sagement à l'un des instruments les plus remarquables de notre démocratie directe, le droit d'initiative afin de relancer le débat et obliger le monde politique à s'investir à nouveau dans ce dossier capital pour l'avenir.
Je félicite le recteur et les responsables de notre Université d'avoir favoriser les contacts avec d'autres universités suisses et étrangères par la signature de conventions de coopération. Je me réjouis de ce que des étudiants de l'Université aient pu participer aux programmes ERASMUS et COMETT.
Puisse l'Université de Fribourg contribuer à réveiller les esprits afin que la Suisse elle-aussi se mette à croire que l'union des peuples de l'Europe, le resserrement de leur solidarité, la recherche en commun d'une meilleure qualité de vie, sont un chemin vers cette fraternité universelle qui doit être l'objectif final de tous les hommes de bonne volonté.
Que le 6 décembre redevienne simplement la Saint-Nicolas et qu'un jour noir de notre histoire soit effacé ! Tel est le voeu que je me permets de formuler aujourd'hui.