Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames, Messieurs,
Après avoir eu l'honneur et le privilège de vous accueillir, Monsieur le Président, à Berne le mois dernier, c'est avec grand plaisir que M. Küchler, Président du Conseil des Etats, et moi-même avons accepté votre invitation à rendre visite à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.
Cette visite s'inscrit dans le cadre des relations étroites qu'entretient la Suisse avec le Conseil de l'Europe. Ces relations se sont établies en quelque sorte déjà avant même la fondation du Conseil de l'Europe, puisque c'est à Zurich que Winston Churchill a lancé, le 19 septembre 1946, son appel à la reconstruction de l'Europe, dont la première étape serait de créer un Conseil de l'Europe. Trois ans plus tard, le Conseil de l'Europe était fondé et son siège choisi à Strasbourg, la ville de la réconciliation franco-allemande et de la première coopération européenne.
La Suisse a adhéré au Conseil de l'Europe en 1963 et elle en a été le 17ème membre. Depuis lors, le nombre des membres du Conseil de l'Europe a doublé et compte actuellement 34 Etats membres. Même si son adhésion a été quelque peu tardive, la Suisse a joué un rôle important au sein du Conseil de l'Europe et, en particulier, au sein de cette Assemblée. Qu'il me soit permis de rappeler ici entre autres la présidence de M. le Conseiller national Olivier Reverdin de 1969 à 1972 et le rôle éminent de M. Peter Sager, ancien Conseiller national, notamment dans la création en 1989 du "statut d'invité spécial" en faveur des pays de l'Europe centrale et orientale.
Dès sa fondation en 1949 et particulièrement depuis la chute du Mur de Berlin, le Conseil de l'Europe a entrepris une tâche considérable qui se poursuivra longtemps encore, et qui est la création d'un espace démocratique dorénevant paneuropéen, en défendant et en sauvegardant les droits de l'homme et la démocratie pluraliste, en favorisant la prise de conscience et la mise en valeur de l'identité culturelle européenne, en recherchant des solutions aux problèmes de société (minorités, xénophobie, intolérance, protection de l'environnement, bioéthique, sida, drogue etc), en étant un point d'ancrage politique pour les nouvelles démocraties de l'Europe, et en aidant ces nouvelles démocraties dans leurs réformes politiques, législatives et constitutionnelles.
Il est essentiel que le Conseil de l'Europe ne cesse de prôner ces valeurs fondamentales, car elles sont la marque de son identité et la force de sa crédibilité. De plus, en ces temps troublés par les conflits armés qui sévissent dans plusieurs pays européens, il importe que les valeurs de référence du Conseil de l'Europe soient rappelées sur le plan international, afin d'inciter les parties concernées à parvenir à la paix par la négociation et le respect des minorités.
Point n'est besoin de rappeler en cette enceinte à quel point le mécanisme de protection prévu par la Convention européenne des droits de l'homme est unique en son genre et au monde. La restructuration des organes de la Convention en une Cour unique et permanente, qui a été adoptée sous la forme d'un Protocole additionnel, sera le gage d'une protection renforcée et plus efficace. Cette restructuration et la Convention européenne pour la protection des minorités nationales, qui était ouverte à la signature le 1er février dernier, contribueront à créer et a renforcer cet espace démocratique européen.
Il est vrai aussi que le cap de cet objectif doit être chaque jour maintenu et, à cette fin, une vigilance de tous les instants est requise. C'est pourquoi, nous saluons la Campagne européenne de la jeunesse du Conseil de l'Europe contre le racisme, la xénophobie, l'antisémitisme et l'intolérance, lancé par les chefs d'Etat et de gourvernement lors du sommet de Vienne en octobre 1993. La campagne suisse était lancée tout recemment. Cette heureuse initiative permet de sensibiliser la jeunesse sur l'importance qu'il y a d'apprendre à vivre en bonne intelligence avec l'autre différent. Comme le rappelle le slogan de la campagne "tous différents - tous égaux", la discrimination n'a pas sa raison d'être et que pour vivre en paix, une société multiculturelle doit reposer sur des valeurs de tolérance et de respect de l'autre.
L'avenir de nos relations avec l'Union européenne est, vous le savez, source de débats dans notre pays. Toutefois, en ce qui concerne le Conseil de l'Europe, il y a unanimité pour cette forme d'intégration européenne, démocratique et respectueuse des Etats. Pour la Suisse, le Conseil de l'Europe est, et restera un pilier important de l'architecture européenne. Pour nous aussi, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe demeure le lieu privilégié d'un dialogue entre les représentants élus des peuples d'Europe.
Nous vous en remercions.