Je suis particulièrement honorée de pouvoir vous adresser ces quelques propos pour des raisons qui tiennent à ma qualité de conseillère aux Etats du canton de Genève et pour des raisons personnelles.
Nous fêtons cette année le 50ème anniversaire de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés et le 20ème anniversaire de notre première loi sur l'asile.
Genève est souvent qualifiée de "capitale de l'humanitaire". Un titre qui m’interpelle car l' "humanitaire" devrait avoir pour "capitale" le monde entier.
Mais il est exact que l’histoire et l’engagement de certains de mes compatriotes ont fait de Genève un lieu exceptionnel d’ouverture et d’accueil qui est à l’origine de « l’Esprit de Genève ». Sans Jean Calvin, Genève n’avait pas été la terre d’accueil privilégiée des protestants après la révocation de l’Édicte de Nantes. Sans Henri Dunant, la Croix Rouge n’existerait pas et les victimes des conflits armés ne bénéficieraient pas d’une protection.
Sans William Rappard, Genève ne serait pas devenue le centre européen des organisations internationales et n’accueillerait pas le Haut commissariat aux réfugiés.
La loi sur l’asile traduit notre volonté d’accueil. Elle concrétise notre esprit d’ouverture.
Je me souviens d’une réflexion quelque peu iconoclaste d’un de mes anciens collègues lors de la dernière révision de la loi sur l’asile. Pour lui, l’existence d’une loi sur l’asile était problématique. Il trouvait difficile de faire de bonnes lois dans un tel domaine, car elles comporteront toujours une part d’arbitraire et de frustration en regard des moyens dont nous disposons et l’ampleur des besoins.
J’avais été interloquée car il est vrai que l’absence de loi sur l’asile ne nous avait pas empêchés d’accueillir les Hongrois et les Tchèques.
Mais l’ampleur des tragédies qui se sont succédées depuis 20 ans et les exigences de notre démocratie directe rendent nécessaire un cadre juridique sur lequel le peuple puisse se prononcer.
Les raisons personnelles me rapprochent de l’artiste que nous honorons ce soir, Schang Hutter.
Suissesse de l’étranger, née à Lyon pendant la deuxième guerre, ma mémoire d’enfant reste marquée par les bombardements, la course aux abris, et les problèmes lancinants que rencontraient mes parents pour nourrir leurs trois enfants.
Et je n’ai jamais oublié que sous l’égide de la Croix Rouge, j’ai été accueillie, nourrie, soignée, choyée pendant trois mois par une famille de Delémont.
Bien des enfants ont bénéficié, comme moi, de la générosité des familles de notre pays. Qu’elles trouvent dans mes propos l’expression de notre reconnaissance. Car cela n’est parfois pas évident. Le choc des cultures, la confrontation soudaine et brutale à une société de consommation, où tout semble accessible, demandent compréhension, patience et tolérance. Le témoignage sur les tragédies, dont sont victimes les populations, est une nécessité.
Et qui mieux qu’un artiste pourrait le faire ?
La musique, la peinture, le cinéma et la sculpture sont des vecteurs privilégiés pour traduire cette détresse. L’oeuvre d’art est indissociable du témoignage qu’elle veut apporter.
Et grâce aux oeuvres que vous nous permettez d’admirer, Monsieur Hutter, nous sommes confrontés à toute la fragilité, la vulnérabilité, l’appel de ceux qui ont été persécutés en raison de leur appartenance ethnique, politique ou religieuse.
Permettez-moi pour clore ces quelques propos, de remercier l’office des réfugiés pour cette magnifique exposition. Elle permet de créer le dialogue avec notre population.
Mesdames et Messieurs les collaboratrices et collaborateurs de l’ODR, soyez remerciés pour votre engagement au quotidien. Nous sommes conscients que vous remplissez une des tâches les plus difficiles qui est confiée à un Office fédéral et vous le faites bien. A ce titre, vous jouez un rôle fondamental pour que la Suisse garde sa vocation d’accueil et vous êtes porteur des espoirs que nous avons pour un monde meilleur.