Mesdames,
Messieurs,

J'ai le plaisir de vous apporter le salut des autorités fédérales à l'ouverture du Congrès que vous avez judicieusement choisi de consacrer au thème " Les musulmans en Europe - Entre perspectives et espoirs ".

Ce faisant - et vous me pardonnerez de me centrer plus sur ce que je connais, à savoir la Suisse - je salue particulièrement les représentantes et les représentants de la Ligue des musulmans de Suisse en leur qualité de membres de ce qui est devenu, selon les résultats du dernier recensement de la population suisse effectué en l'an 2000, la troisième communauté religieuse des Suissesses et des Suisses de nationalité, la moitié par naissance, l'autre moitié par naturalisation, qui sont au nombre de 40'000 personnes.

Si l'on considère l'ensemble de la population musulmane vivant en Suisse, on constate là aussi une évolution tout à fait significative au fil des dernières décennies puisque leur nombre a plus que décuplé en 40 ans et doublé au cours des dix dernières années, ascendant à 310'000 personnes constituant 4,5% de la population résidente.

Impossible dans ces conditions de ne pas envisager notre avenir commun et le plus judicieux est certainement de le faire sous l'éclairage de notre texte fondateur, la Constitution fédérale, qui reconnaît dans son préambule que nous sommes nous, peuple et cantons suisses " résolus à renouveler (notre) alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l'indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d'ouverture au monde (et) déterminés à vivre ensemble (nos) diversités dans le respect de l'autre et de l'équité (…) ".

La Constitution suisse précise ensuite dans un certain nombre d'articles les droits fondamentaux garantis à tout être humain, que ce soit l'égalité devant la loi (art. 8) - et l'interdiction de discrimination du fait notamment de l'origine, de la race, du sexe, de la langue, de la situation sociale ou des convictions religieuses qui en découle - ou la liberté de conscience et de croyance (art. 15), les libertés d'opinion et d'information (art. 16), de réunion (art. 22) ou d'association (art. 23).

Si l'on peut dire qu'ainsi l'Etat nous offre ses garanties à nous qui vivons sur son territoire, l'individu, quels que soient son origine, sa race, son sexe ou ses convictions religieuses, se doit d'offrir à l'Etat et à la communauté humaine dans laquelle il vit, qu'il soit ou non citoyen de cet Etat, ses propres compétences et capacités, il doit participer à la construction et au développement d'une société juste et solidaire ou, comme le dit l'article 6 de la Constitution, il " contribue selon ses forces à l'accomplissement des tâches de l'Etat et de la société ".

La Suisse a la chance de connaître depuis de nombreuses années une démocratie, certes perfectible, qui offre à chacune et chacun la possibilité d'exprimer son point de vue, pourvu qu'il ne nuise pas aux principes fondamentaux que j'ai évoqués tout à l'heure. Dans cette construction permanente de la démocratie suisse, l'intégrisme, quel qu'il soit, le fondamentalisme, d'où qu'il vienne, et leur cortège d'anathèmes, d'intolérance et de refus du dialogue sont autant de poisons.

L'intégrisme et le fondamentalisme, qui ne sont ni exclusivement ni intrinsèquement musulmans - et je peux trouver nombre d'exemples pas particulièrement brillants dans la confession chrétienne que je connais le mieux puisqu'elle est mienne - sont les fruits de la méconnaissance de soi et de l'autre, de la peur et du sentiment d'infériorité que nous devons combattre ensemble pour construire ensemble la Suisse, l'Europe et le monde de demain, que nous soyons de confession chrétienne ou juive ou musulmane ou bouddhiste ou encore athées.

A l'heure ou Genève célèbre le 400e anniversaire de l'Escalade qui vit, en ces temps troublés, la cité de Calvin repousser les assauts du trop gourmand duc de Savoie, sur fond de Réforme et de guerres de religion, l'examen de l'histoire nous montre que nous sommes toutes et tous membres d'une même communauté humaine et que nous partageons une même planète et un même destin. Non sans un certain idéalisme revendiqué, je conclurai par une citation d'une phrase du texte d'Emile Zola " Pour les Juifs " : " Au cours des siècles, l'histoire des peuples n'est qu'une leçon de mutuelle tolérance, si bien que le rêve final sera de les ramener tous à l'universelle fraternité, de les noyer tous dans une commune tendresse, pour les sauver tous le plus possible de la commune douleur. "

Que pourrais-je nous souhaiter de plus qu'une " commune tendresse " ? Rien…sauf, bien sûr, de fructueux travaux lors de ce Congrès.