Madame la Présidente du Conseil interparlementaire,
Mesdames et Messieurs les présidentes et présidents de Parlement,
Monsieur le Secrétaire général,
Excellences,
Chères et chers collègues parlementaires,
Mesdames et Messieurs,
Au nom de l'Assemblée fédérale suisse, j'ai le grand honneur de vous saluer à Genève, ville suisse au rayonnement international, capitale de la paix. Jamais autant de personnalités éminentes représentantes de Parlements de toutes les parties du monde n'ont été réunies sur notre sol depuis els deux dernières conférences qui s'étaient tenues ici même en 1984. Je vous souhaite à chacun et à chacun une très cordiale bienvenue.
Mon pays est membre de l'Union interparlementaire depuis 111 ans. C'est Albert Gobat, conseiller national, mais aussi ministre de l'éducation du canton de Berne et prix Nobel de la paix, qui est à l'origine de la création du groupe suisse de l'Union interparlementaire en 1891. A son initiative, le Parlement suisse s'est rapidement associé à l'œuvre de l'Anglais Randal Cremer et du Français Frédéric Passy. La Suisse abrite votre siège et se réjouit de la prochaine inauguration de vos nouveaux locaux qui seront aptes à faire face à vos besoins.
L'année 2002 est à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire de la Suisse. Je me réjouis que mon pays qui, le 10 septembre dernier, est devenu le 190e membre des Nations Unies, pays occupe enfin la place qui lui revient naturellement au milieu des nations du monde, entre la Suède et la Syrie, comme à l'UIP, dans l'enceinte de l'Assemblée générale et ce au triple titre de Genevoise, de parlementaire et de femme.
Comme Genevoise, je ne peux que rappeler que Genève, qui abrita tout près d'ici la Société des Nations, est l'un des sièges des Nations Unies et la capitale de la paix. L'esprit de Genève a certainement atteint son apogée lorsque Aristide Briand déclara au moment de l'admission de l'Allemagne à la SDN en 1926 : " Arrière les fusils, les mitrailleuses, les canons. Place à la conciliation, à l'arbitrage et à la paix ". Même si ce propos devait être cruellement démenti par le second conflit mondial, il exprime la pensée de toutes celles et ceux qui donnent la priorité au droit international plutôt qu'à l'usage unilatéral de la force et rejoint ainsi l'un des objectifs fondamentaux de notre Union.
Ma ville est celle d'Henri Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge, et celle des Conventions de Genève sur le droit humanitaire international dont la Suisse est l'Etat dépositaire et j'accepte, avec reconnaissance et fierté, ce double héritage et les responsabilités qu'il nous confère.
Comme parlementaire, je me plais à relever que l'Assemblée fédérale suisse a très largement soutenu l'adhésion aux Nations Unies. Le chemin a été long et difficile. Il a, en effet, fallu d'abord essuyer un lourd échec lors d'un référendum en 1986 avant de connaître, en 2002, un succès certes étroit mais qui traduisait une évolution sensible des esprits puisqu'en 16 ans on est passé de 24 à 56 % de oui.
Je suis particulièrement fière de constater que ce résultat a été obtenu dans le plein exercice de la démocratie et des droits populaires. En effet, c'est suite au dépôt d'une initiative populaire que le sujet de l'adhésion a été remis sur le tapis et c'est par une votation populaire que cette adhésion est devenue effective.
La question du rôle que le Parlement aura à jouer maintenant est posée. Je sais que l'UIP a pris l'heureuse initiative de réunir les parlementaires qui participent aux travaux de l'Assemblée générale de l'ONU. Ce sera pour nous une riche source d'expériences.
Comme femme enfin, je constate que l'action de la Suisse en faveur de la paix, de la protection de l'enfance, des droits de la personne humaine, dans la lutte contre la pauvreté et pour la protection de l'environnement trouvera dans les travaux de l'Assemblée générale un nouveau champ d'action au bénéfice de la communauté humaine. Comme le disait Kofi Annan en recevant le prix Nobel de la paix, répondre aux besoins des êtres humains dans la détresse, voilà la mission de l'Organisation des Nations Unies au cours du siècle qui commence.
La réunion des peuples ici représentés n'a de sens que si elle contribue à réduire l'écart dramatique entre le nord et le sud de notre planète. Le devoir des responsables du XXIe siècle est de vaincre les fléaux de la faim et de la maladie. A nous les parlementaires de donner les impulsions nécessaires qui feront agir les gouvernements ! C'est dire l'importance fondamentale de la question du financement du développement qui est au centre de vos travaux.
L'autre défi d'importance est celui de la lutte contre le Sida. Les proportions que prend cette pandémie rendent intenable autant qu'insoutenable la politique de l'autruche. Si l'indifférence a longtemps été la règle des institutions internationales et, surtout, des bailleurs de fonds, l'heure est venue des déclarations de guerre et des appels à la mobilisation générale mais surtout, surtout, de l'action. Il faut sortir les opinions occidentales de leur apparente insouciance face aux 50 millions de personnes infectées par le VIH et aux 20 millions qui en sont mortes, laissant tant d'orphelins et de place de travail inoccupées, contribuant à péjorer une situation économique déjà très problématique. C'est l'avenir de tout un continent qui est ici en jeu, donc, forcément celui de la planète tout entière.
Les droits de la personne humaine sont également un aspect central de notre action et l'UIP agit pour la promotion et l'effectivité de ces droits dans le monde. A ce titre, nous ne pouvons que nous réjouir de la mise en route, ces jours, de la Cour pénale internationale.
La mondialisation est certes une promesse d'échanges et de richesses accrues. Mais elle ne doit pas signifier une dissolution dans un magma uniforme. Les valeurs de chaque pays doivent pouvoir s'exprimer pleinement. L'uniformisation alimente le repli identitaire et est source de dangers. L'homme ou la femme ne peut être réduit à son seul rôle dans le processus de production ou de reproduction. C'est pourquoi il importe que les biens culturels ne soient pas considérés comme des marchandises. La culture ne peut s'épanouir que dans la rencontre des différences. Placée au carrefour de trois grandes cultures européennes, la Suisse en est particulièrement consciente.
Je me permets une réflexion. Une assemblée interparlementaire n'a de sens que si elle a face à elle un interlocuteur de nature exécutive. C'est probablement ce qui fait le plus défaut à l'UIP aujourd'hui. En l'absence d'un gouvernement mondial, comme il serait utile d'avoir en face de soi, lors des conférences bisannuelles, le secrétaire général des Nations Unies, le directeur général de l'UNESCO ou le directeur général de l'Organisation mondiale du Commerce ! Ils pourraient répondre de leur activité devant les parlementaires. Les travaux de l'UIP trouveraient ainsi une oreille plus attentive du côté des responsables de ces organisations et, à leur tour, leurs activités bénéficieraient d'un meilleur écho dans nos Parlements respectifs. Je sais que vos statuts en révision vont permettre ce genre de dialogue et je salue des initiatives comme votre conférence de l'an dernier qui a permis un dialogue entre parlementaires et instances dirigeantes de l'OMC.
L'Union interparlementaire peut présenter un riche bilan. Elle est à l'origine de la Cour internationale de justice de La Haye. Elle a survécu aux deux conflits mondiaux. La décolonisation l'a enrichie de nouveaux membres. Elle est devenue un foyer important de la coopération internationale. L'accord conclu avec les Nations Unies tend à en faire une dimension parlementaire de l'organisation mondiale et la décision que doit prendre la présente session de l'Assemblée générale des Nations Unies marquera un changement qualitatif certain.
Madame la Présidente, vous êtes la représentante de la plus grande démocratie du monde et la première femme présidente de l'UIP. Merci d'avoir conduit l'Union de si belle façon au cours des trois dernières années.
Nos Parlements incarnent les " Peuples des Nations Unies " et l'Union interparlementaire qui les réunit tous est une robuste centenaire qui fait preuve d'une belle vitalité !
Je souhaite que les travaux de la 171e session du Conseil interparlementaire soient couronnés de succès.