Messieurs les Présidents des groupes d’amitié,
Messieurs les Députés,
Excellence,
Mesdames et Messieurs,
Il est de tradition que le président du Conseil national suisse fasse une visite à l’étranger. Mes prédécesseurs ont choisi qui Buenos Aires, qui Phnom Penh, qui Pretoria. Notre ambassadeur en France, qui fut mon camarade d’études au Collège catholique Saint-Michel à Fribourg, n’a pas eu de peine à me convaincre qu’un voyage à Paris s’imposait.
2003 est une grande année pour l’amitié franco-suisse puisque nous commémorons les deux cents ans de l’Acte de Médiation. 1803 est une des grandes dates de l’histoire de notre pays qui vit Bonaparte mettre fin aux querelles des Suisses en rétablissant le fédéralisme et créer six cantons en tant que partenaires égaux aux 13 cantons qui s’étaient unis en une Confédération. Ces mêmes 13 cantons sont ceux dont les représentants avaient renouvelé le 18 novembre 1663 en la cathédrale Notre-Dame l’alliance avec Louis XIV. C’est la tapisserie des Gobelins du salon d’à-côté qui figure dans tous les livres d’histoire suisse.
Le canton de Vaud, celui qui m’élit au Parlement fédéral, était l’un de ces cantons de 1803 avec l’Argovie, la Thurgovie, Saint-Gall, les Grisons et le Tessin, et l’année en cours a été l’occasion de nombreuses manifestations destinées à rappeler l’anniversaire de ce grand événement. Le coup d’envoi fut donné au Palais du Luxembourg lors de la commémoration organisée par le groupe d’amitié du Sénat, que dirige M. Hérisson, et placée sous la présidence de M. Christian Poncelet.
Point n’est besoin de souligner ce que la France signifie pour la Suisse du point de vue historique, économique et culturel mais aussi affectif. Au delà des liens tissés entre nous par la géographie et par l'histoire, c'est l'idée commune que nous nous faisons de l'homme qui confère à nos rapports leur véritable dimension. Et parmi ces valeurs que nous partageons, il y a la primauté du droit international. C’est dire que nos sentiments étaient les mêmes lorsque le conflit s’est engagé en mars dernier. La Suisse est reconnaissante au Président de la République d’avoir cherché jusqu’au bout une issue pacifique à la crise irakienne. Les événements ont montré si besoin était combien il était juste de chercher une solution dans le cadre des Nations Unies.
M. Edouard Balladur nous a fait le grand honneur de nous recevoir ce matin. Sa personne et son action ont toujours suscité l’intérêt et l’admiration en Suisse. Voici dix ans, il publiait son dictionnaire où il écrivait : « Il faut choisir : la réforme ou le déclin. Le reste est sans importance. » Cette vérité s’impose naturellement de part et d’autre du Jura. On vient de le constater avec la question du financement des assurances sociales et des retraites.
En cette époque où l’avenir de l’Europe est au centre des préoccupations, il était intéressant de lire l’entrée « EUROPE » du Dictionnaire de la réforme de M. Balladur et l’on ne peut être comblé lorsqu’on y lit : « pour notre pays, il s’agit que l’Europe ne contrarie pas les objectifs de sa politique dans les prochaines décennies, mais, au contraire, l’aide à les atteindre : moderniser son économie, la renforcer ; améliorer sa cohésion et l’adhésion de tous aux principes qui fondent sa société, assurer sa sécurité et sa défense ; préserver et accroître son rayonnement dans le monde grâce à la Francophonie dont nos deux pays font partie , maintenir enfin la personnalité de la nation française. L’Europe ne sera vraiment démocratique que lorsqu’elle sera dotée d’une constitution lisible ». Eh bien nous y sommes avec le projet du président Giscard d’Estaing et de sa convention.
J’adresse à MM. les présidents des deux groupes d’amitié de l’Assemblée nationale et du Sénat mes cordiaux sentiments et ma gratitude pour leur action en vue du développement de nos relations parlementaires.
La Suisse n’est pas encore membre de l’Union européenne. Les accords bilatéraux déjà conclus ou en voie de négociation doivent nous rapprocher toujours davantage. La Suisse contribue à absorber la croissance du trafic européen nord-sud en construisant de nouveaux tunnels ferroviaires. Nous entendons contribuer à la stabilisation de l’Europe du Sud-Est et participer au fonds de cohésion pour les nouveaux membres qui adhéreront en 2004. Voilà la politique européenne de la Suisse dictée par le réalisme et l’état actuel de l’opinion.
Mais, l’Europe demeure un idéal vivant notamment, en Suisse romande, qui avait souhaité faire un grand pas vers l’Union européenne en acceptant à la majorité des trois-quarts l’adhésion à l’Espace économique européen. Les archives du grand Européen Jean Monnet sont conservées à Lausanne et nous rappellent que la création européenne est une construction originale dans laquelle la Suisse aurait à apporter sa pratique du fédéralisme, qui est notre manière à nous de mettre en œuvre le principe de subsidiarité, et de la démocratie directe dont nous sommes sans doute les champions du monde avec nos 500 référendums en 150 ans d’Etat fédéral.
Les nations souhaitent s’associer, elles ne veulent pas disparaître. C’est dans cet esprit que celui qui comme moi s’est engagé dans la vie publique aux côtés de Jean-Pascal Delamuraz, qui fut un grand ministre et un grand président suisse pro-européen, malheureusement trop tôt disparu il y a tout juste cinq ans le 4 octobre 1998-, entend poursuivre ce combat.
Je suis heureux de saluer les parlementaires membres de l'Assemblée nationale et du Sénat, institutions héritières de l'esprit de liberté de démocratie qui trouve ses origines dans la Révolution française et qui a si fortement soufflé sur mon pays.
Je lève mon verre en l'honneur des présidents des groupes d’amitié des deux assemblées du Parlement français, des collègues parlementaires amis de la Suisse qui les accompagnent, en l'honneur, enfin de la France, pays ami, aujourd'hui autant qu'hier.
(étaient présents : Ueberschlag (Haut-Rhin), Gantier (Paris), Grand, un ex-collaborateur de Chaban-Delmas (Hérault) , Piron (Maine-et-Loire), Tourtelier (Ille-et-Vilaine) , Meslot (Territoire de Belfort), Moyne-Bressand (Isère) , députés, Hérisson, sénateur (Haute-Savoie).