Madame la Présidente,
Monsieur l’Ambassadeur,
Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux et je me sens honoré d’être avec vous aujourd’hui pour rendre hommage à notre concitoyen Jean-Pierre Pedrazzini. Je suis ému de voir que la Hongrie a veillé sur le souvenir du photographe franco-suisse jusqu´à ce jour. Séjournant en Hongrie à l´invitation de la présidente du Parlement hongrois, Mme Katalin Szili, j´ai vivement souhaité participer à cette cérémonie.

Pedrazzini vivait au cœur de l’actualité. Observateur engagé de l’information, il prenait des risques, parfois même des risques mortels. Jean-Pierre Pedrazzini les affrontait armé de sa passion pour la photographie et de sa conviction du primat de la liberté de la presse. C’est grâce à son courage que le monde a reçu un témoignage véridique de l’insurrection armée de 1956 à Budapest et de ses combats dans toute leur dure réalité. Il y a aujourd’hui 52 ans que Jean-Pierre Pedrazzini fut mortellement blessé alors qu’il photographiait les insurgés qui prenaient d’assaut le bâtiment de la police politique.

Je me souviens très bien de ce jour de novembre de 1956. J’avais alors 9 ans et j’étais à l’école lorsque notre maître nous expliqua que toutes les cloches de Suisse sonneraient à 9 heures en signe de solidarité avec le peuple hongrois. Nous avons observé trois minutes de silence et j’ai revu, les yeux fermés, les photographies publiées par nos journaux. L’une d’elle montrait des femmes, des hommes et des enfants entassés devant un char blindé qui n’avait qu’à avancer d’un mètre pour les écraser tous. Touché par tant de violence et d’injustice, je me mis alors à pleurer sur le sort de ce peuple opprimé.

Cette tragédie m’a décidé à militer pour la liberté des peuples et l’instauration d’un système démocratique dans tous les pays de la planète. Je refuse d’accepter le fatalisme des dictatures, quel que soit le courant de pensée qu’elles défendent.

Si la vie de Jean-Pierre Pedrazzini a été trop brève, ses photographies demeurent présentes dans notre mémoire. Les images de chars, de maisons bombardées, d’automobiles calcinées et de cadavres jonchant les rues nous ont bouleversés il y 52 ans. Ces photographies nous ont transmis la réalité des événements en Hongrie et Pedrazzini est parvenu à transmettre les sentiments qui prévalaient à l’époque. Ces clichés ont aiguisé notre conscience et ont fait naître en certains de nous un intérêt pour la politique.

Les photographies de Jean-Pierre Pedrazzini demeurent d´actualité. Elles nous rappellent une époque pas si lointaine mais que les générations futures risqueraient d’oublier sans elles. En effet, les mots et les livres d’histoire ne suffisent pas pour que ce passé reste gravé dans nos mémoires. Nous avons aussi besoin d’images, telles que les photographies de Jean-Pierre Pedrazzini.

Je m’incline aujourd’hui devant la mémoire de Jean-Pierre Pedrazzini ainsi que devant les personnes qui ont gardé son souvenir vivant durant toutes ces années. À eux tous mes sincères remerciements.