<p>Berne (ats) Le voyage à Ankara de six conseillers aux Etats, prévu début novembre, est reporté. Jugeant qu´il ne se déroulerait pas dans des conditions optimales après l´annulation de la visite de Micheline Calmy-Rey, la commission compétente entend désormais &quot;calmer le jeu&quot;.
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La commission de politique extérieure du Conseil des Etats a décidé par 7 voix contre 5 de surseoir au voyage. "Mais nous n´y avons pas renoncé", a précisé son président Maximilian Reimann (UDC/AG) jeudi devant la presse. Et d´ajouter qu´il ne s´agissait pas d´une mesure de rétorsion à l´encontre d´Ankara et que la commission restait en contact avec le parlement turc.

Atmosphère pas propice

Pour la majorité de la commission, l´atmosphère politique qui prévaut actuellement en Turquie n´est pas propice à cette visite. Un dialogue fructueux avec les représentants du parlement et du gouvernement turcs ne serait pas possible.

Le but de cette visite, initialement agendée du 3 au 7 novembre, était de collecter des informations sur place et de renforcer les relations bilatérales au niveau parlementaire. De tels voyages sont organisés chaque année.

Cette année, l´acceptation par le Grand Conseil vaudois d´un postulat reconnaissant le génocide des Arméniens en 1915 sous l´Empire ottoman a changé la donne. Cette décision, prise la semaine dernière, a conduit à l´annulation de la visite de la cheffe du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

Thème hautement sensible

La commission souhaite aborder le problème du génocide. Mais la question est "hautement sensible" en Turquie et le débat ne peut pas avoir lieu sereinement actuellement, a dit M. Reimann. "Il est urgent de calmer le jeu", a ajouté Michel Béguelin (PS/VD), précisant que la politique étrangère restait l´affaire du Conseil fédéral et qu´il s´agissait de ne pas lui rendre la tâche plus difficile.

Selon lui, il faut réagir de manière ni trop forte ni trop faible à l´annulation de la visite de la conseillère fédérale. Une manière de voir les choses qui s´inscrit dans la vision de la cheffe du DFAE, qui a toutefois précisé à la commission que cette dernière était libre d´agir comme elle l´entendait.

Nouveau postulat ?

La date définitive de la visite de la délégation parlementaire suisse reste ouverte. Le voyage pourrait avoir lieu durant le premier semestre 2004. D´ici là, les relations turco-suisses devront peut-être faire face à un nouvel écueil. Le Conseil national devrait se pencher sur un postulat de Jean-Claude Vaudroz (PDC/GE), qui prévoit une reconnaissance par la Chambre du peuple du génocide arménien.

La commission du Conseil des Etats n´entend pas influencer les débats dans l´autre Chambre. "On verra ce qui se passera en décembre au National", a commenté M. Béguelin estimant qu´il devrait quand même être possible de se rendre ensuite à Ankara. Le socialiste vaudois a toutefois rappelé que le simple dépôt d´un postulat peut provoquer une énorme réaction en Turquie.

Plusieurs parlementaires suisses de gauche en ont fait l´expérience en se faisant brocarder par la presse turque avant que le Conseil national ne se prononce en mars 2001 sur un autre postulat demandant le reconnaissance du génocide arménien. Le texte avait été rejeté par une courte majorité.