Si la Commission de politique extérieure du Conseil des États (CPE-E) a choisi de se rendre en Finlande dans le cadre de son voyage d'information annuel, c'est parce que ce pays présente un grand nombre de caractéristiques intéressantes. À l'instar de la Suisse, la Finlande est un pays relativement petit qui cultive une tradition de neutralité (actuellement, pas d'alliance militaire) et dont l'économie est fortement axée sur les technologies de pointe. Mais contrairement à la Suisse, la Finlande est un membre convaincu de l'UE et obtient chaque année de bons scores en termes de croissance économique malgré des dépenses étatiques importantes, ses investissements dans le domaine de l'éducation et de la formation étant les plus élevées du monde. Sur le plan politique, le Parlement joue un rôle important à côté du gouvernement, notamment dans le domaine de la politique extérieure. Cette réalité se traduit notamment par l'existence au Parlement d'une « Grande commission », qui définit pour le gouvernement la position de principe de la Finlande au sein de l'Union européenne. En autres spécificités, le Parlement de Finlande dispose d'une commission de l'avenir, qui fonctionne comme un « think tank parlementaire.
Afin d'étudier les points précités et de se faire une idée plus précise de la Finlande, une délégation de la CPE-E a séjourné à Helsinki du 4 au 8 septembre 2005. Placée sous la direction du président de la commission, M. Peter Briner (PRD/SH), celle-ci était composée de la conseillère aux États Françoise Saudan (PRD/GE) ainsi que des conseillers aux États Michel Béguelin (PS/VD), Theo Maissen (PDC/GR), Maximilian Reimann (UDC/AG) et Philipp Stähelin (PDC/TG).
Les entretiens que la délégation a eus avec la Commission des affaires étrangères et la Grande commission ont porté sur les relations bilatérales Suisse-Finlande, sur la politique européenne des deux pays ainsi que sur les rapports parlement-gouvernement. La délégation a également débattu avec la Commission de l'avenir de son mandat et des ses méthodes de travail ainsi que des défis sociaux et technologiques que doivent relever les sociétés modernes.
Par ailleurs, la délégation a été reçue au ministère des Affaires étrangères, au ministère de la Défense et au ministère de l'Éducation pour y discuter de la stratégie de la Finlande dans ces domaines précis. Dans le cadre de la présentation d'une nouvelle centrale nucléaire, la commission s'est en outre renseignée sur la politique énergétique du pays, qui mise fortement sur l'énergie nucléaire.
La délégation du Conseil des Etats a également rencontré des représentants de la ville d'Espoo pour s'informer sur le rôle et l'autonomie des communes en Finlande. Enfin, elle a rencontré des membres de l'association commerciale Suisse-Finlande et de l'association des amis de la Suisse en Finlande.
La délégation a été impressionnée par le dynamisme de l'économie finlandaise. Les réformes pragmatiques entreprises par la Finlande pour réagir à la crise économique provoquée par la disparition de l'Union soviétique déploient leurs effets positifs depuis plusieurs années et ont pour corollaire des taux de croissance relativement importants. L'accent mis délibérément sur les hautes technologies et l'excellence du système éducatif y contribuent pour une grande part.
Par ailleurs, la délégation de la CPE-E a constaté que le pays était très homogène sur le plan politique. En effet, le Parlement et le gouvernement entretiennent d'étroites relations et de nombreux anciens ministres siègent au Parlement. Il n'existe apparemment aucune différence importante entre les positions défendues par le gouvernement de coalition de centre-gauche et celles de l'opposition de centre-droit. Quant à l'opinion publique, elle semble non seulement largement acquise aux grandes lignes de la politique finlandaise (appartenance à l'UE, absence d'alliance militaire, énergie nucléaire, impôts élevés, importance du rôle de l'Etat, etc.), mais également adhérer au rôle joué par les autorités politiques.
Aux yeux de la délégation, ce qui caractérise la société et la politique finlandaises et conduit finalement au succès du « modèle finlandais » n'est pas directement transposable à la Suisse. Soulignons à cet égard que la démocratie directe n'existe quasiment pas en Finlande, et que les modalités du débat politique et de prise de décision y sont par conséquent différents. En outre, la Finlande devra à l'avenir affronter un certain nombre de problèmes. Comme en Suisse, l'Etat-providence et le système économique doivent relever les défis de taille qu'impose la globalisation. Les Finnois sont les premiers à le reconnaître eux-mêmes, et ils n'accordent pas beaucoup de crédit à l'image d'élève-modèle qui est régulièrement donnée de la Finlande dans les enquêtes internationales.
Berne, 13.09.2005 Services du Parlement