L'initiative populaire, déposée par un comité citoyen, demande notamment d'adapter la politique agricole afin d'encourager la production et la consommation de denrées alimentaires végétales plutôt qu'animales.
Le texte veut aussi augmenter le degré d'autosuffisance de la Suisse, pour le faire passer de 46% à au moins 70%. Le but est également de préserver les ressources en eau souterraine et de promouvoir une agriculture ainsi qu'un secteur agroalimentaire durables. Ces exigences doivent être atteintes dans un délai de dix ans.
Buts irréalistes
Atteindre un taux de 70% dans un tel délai n'est pas réaliste, a relevé Peter Hegglin (Centre/ZG) pour la commission. Cela nécessiterait une intervention massive de l'Etat. Les entreprises devraient adapter leur production en dix ans et ne pourraient pas amortir les investissements effectués jusqu'à présent, a-t-il ajouté.
La dernière fois que la Suisse avait un taux d'auto-approvisionnement de 70%, c'était durant la Seconde Guerre mondiale lorsque le pays avait une économie de guerre et le rationnement qui va avec, a rappelé Isabelle Chassot (Centre/FR).
Et de souligner que certains herbages ne peuvent être valorisés que par l'exploitation animale et ne pourraient pas être utilisés pour cultiver des céréales. Un point également relevé par son collègue Charles Juillard (Centre/JU), qui a aussi appelé à prendre en compte la diminution de revenus qu'entraînerait l'initiative pour les agriculteurs, notamment ceux qui produisent du lait.
Laisser le choix aux consommateurs
Mme Chassot a aussi dénoncé un "diktat fédéral sur le contenu de nos assiettes". Si la viande n'est plus proposée en Suisse, elle sera achetée à l'étranger, a averti Werner Salzmann (UDC/BE). Les consommateurs doivent être libres de décider s'ils veulent consommer davantage de denrées végétales, a complété le ministre de l'économie Guy Parmelin.
Certaines demandes de l'initiative ont été intégrées dans les travaux relatifs à la politique agricole 2030+, a rappelé le ministre. Les buts fixés dans ce cadre sont réalistes et réalisables, contrairement à ceux de l'initiative.
Les objectifs environnementaux de l'initiative méritent d'être soutenus. Sans écosystèmes intacts, la Suisse ne peut pas garantir sa sécurité alimentaire à long terme. Les problèmes soulevés doivent être réglés, a relevé Tiana Moser (PVL/ZH). Elle a toutefois estimé que l'initiative n'était pas le bon moyen de le faire.
Pas de contre-projet
L'initiative "Pour une alimentation sûre - grâce au renforcement de la production indigène durable, à davantage de denrées alimentaires végétales et à une eau potable propre" (initiative sur l'alimentation) a été déposée le 16 août 2024. Elle émane de Franziska Herren, de l'association "De l'eau propre pour tous", et de six autres personnes. Mme Herren était déjà la cheville ouvrière de l'initiative sur l'eau potable, rejetée en juin 2021.
Pour les initiants, la Suisse ne peut pas garantir la sécurité alimentaire de sa population si les importations disparaissent. Et elle n'est pas à l'abri de crises qui menacent l'approvisionnement depuis l'étranger.
Le Parlement n'a pas proposé de contre-projet. Une proposition de la gauche et du PVL au National d'un contre-projet direct limité à la préservation des écosystèmes et de la biodiversité ainsi qu'à la protection de la qualité des eaux et de la fertilité des sols a échoué.