Aux yeux d'Estelle Revaz (PS/GE), ce projet "est bien plus qu'un simple projet sportif. Il permet de présenter notre pays au monde entier et se distingue des précédents projets olympiques par un projet sobre". La Suisse peut montrer qu'il est possible de faire des jeux différents, à la fois durables et inclusifs.
Le dialogue privilégié entre le Comité international olympique (CIO) et la Suisse permet à celle-ci d'élaborer sans concurrence jusqu'à fin 2027 un dossier pour l'organisation des compétitions. Si celui-ci répond aux exigences du CIO, la Suisse se verra attribuer l’organisation des Jeux.
Celui-ci devrait se prononcer lors de sa session de printemps 2027. Le peuple ne devrait pas se prononcer sur l'organisation des Jeux, a décidé le National par 106 voix contre 78. Hormis le PLR et le Centre qui ont voté contre le référendum, les autres partis étaient divisés sur la question.
"Pas compatible avec le calendrier"
"Un référendum n'est pas compatible avec le calendrier", a avancé Mme Revaz. "Même en usant de tous les raccourcis possibles, il n'est pas possible de faire voter avant le printemps. La Suisse peut certes déposer un dossier ultérieurement, mais elle serait en concurrence avec d'autres pays, comme la Turquie, le Kazakhstan ou les Etats-Unis. Et les chances d'organiser les JO en Suisse diminueraient drastiquement."
"Le calendrier du CIO n'est pas une raison de contourner la volonté populaire", a contré Roman Hug (UDC/GR). Min Li Marti (PS/ZH) a reconnu que l'organisation de jeux olympiques a besoin d'une légitimation claire et nationale. Mais cela signifie perdre son privilège avec le CIO. De plus, a avancé Andreas Meier (Centre/AG), la Suisse ne connait pas de référendum au niveau national.
"La population n'est pas privée de parole. Les cantons et les communes décideront en temps voulu de leur participation", a ajouté Simone de Montmollin (PLR/GE). Et M. Pfister de préciser que des votations sont déjà prévues dans au moins deux communes grisonnes.
Budget total de 2,2 milliards
Selon l'association Switzerland 2038, le budget total pour les dix prochaines années, de l'attribution jusqu'aux Jeux, s'élève à 2,2 milliards de francs. Les jeux seront principalement financés par des fonds privés, a précisé Mme Revaz.
L'aide publique s'élève à 200 millions de francs. Les cantons devront apporter au moins la même somme, a précisé le ministre des sports Martin Pfister. La Confédération n’assumera aucune responsabilité pour d’éventuels déficits résultant de la mise en œuvre des JO d’hiver 2038.
Le Conseil fédéral a prévu 10 millions supplémentaires par rapport à la demande de l'association Switzerland 2038. Ils sont destinés à cofinancer les dépenses éventuelles de l’association qui ne sont pas encore prévisibles à l’heure actuelle.
Par ailleurs, 60 millions de francs serviront à cofinancer les Jeux paralympiques d’hiver; 50 millions de francs permettront de réduire le coût des transports publics pour les spectateurs. Les 80 millions de francs restants sont destinés à cofinancer les dépenses liées à la mise à disposition des sites de compétition dans toute la Suisse.
La Confédération assumera en outre les tâches de sécurité dans le cadre de ses compétences habituelles. Estimées à entre 40 et 80 millions de francs, celles-ci ne sont pas comprises dans l'enveloppe de 200 millions, a précisé M. Pfister.
"Pas de gigantomanie"
A une large majorité, le National a demandé que la préparation et la réalisation des Jeux répondent aux normes nationales et internationales les plus élevées de durabilité, de transparence et de gouvernance.
Les transports en commun doivent par exemple être privilégiés. Ces jeux doivent correspondre à la Suisse, a avancé Katja Christ (PVL/BS): "Pas de gigantomanie."
Aucune réglementation spéciale ni exception ne doivent être créées pour les Jeux. Les autorités ne seront toutefois pas tenues de compenser les dommages causés à la nature, comme l'a demandé la gauche, soutenue par une partie du Centre.
Ce point a suscité beaucoup de discussion, notamment autour de l'utilisation des surfaces agricoles. Les JO sont un événement gigantesque qui apportent aussi des atteintes, comme l'utilisation des ressources. "On ne peut pas faire comme s'ils n'auront pas d'effets. Il faut des sécurités écologiques", a demandé Florence Brenzikofer (Vert-e-s/BL). Il faut par exemple profiter de l'occasion pour étendre le trafic ferroviaire international.
Premier pays hôte
La Suisse devrait devenir le premier "pays hôte" de l'histoire du mouvement olympique. Les Jeux se dérouleront de manière décentralisée, dans les quatre régions linguistiques. Aucune nouvelle construction ne sera réalisée, a indiqué Estelle Revaz (PS/GE) au nom de la commission
Les infrastructures existantes seront utilisées et rénovées si nécessaire. Le concept d’hébergement reposera exclusivement sur les infrastructures existantes. Aucun village olympique n'est prévu, a précisé Dominik Blunschy (Centre/SZ) pour la commission.
Les sites prévus par l'association Switzerland 2038 sont connus. Le projet prévoit que les quelque 120 compétitions dans plus d'une douzaine de disciplines sportives se déroulent à Genève, Lausanne, Crans-Montana (VS), Engelberg (OW), Zurich, Zoug, Lugano, Lenzerheide (GR) et Saint-Moritz (GR). Selon l'état actuel de la planification, Lausanne accueillerait la cérémonie d'ouverture et Berne celle de clôture.
Pour les Jeux paralympiques, qui se déroulent traditionnellement quelques semaines après la fin des Jeux olympiques, Genève, Lausanne, Lenzerheide et Saint-Moritz devraient être retenues. Les cérémonies d'ouverture et de clôture se tiendraient à Berne.
Le dossier passe au National.