Texte oral fait foi  

 

Monsieur le président,
Monsieur le directeur,
Chers amis musiciens,

Je suis très heureux d’être parmi vous ce soir, comme Fribourgeois, mais également comme président du Conseil des Etats. Vous connaissez ma passion pour la musique et votre invitation est une marque d’amitié que j’apprécie tout particulièrement.  

Vecteur d’émotions, la musique est aussi langage universel. Et pour reprendre la formule de l’écrivain belge Paul Carvel, je dirais même que « la musique mérite d’être la seconde langue obligatoire de toutes les écoles du monde ». C’est en effet un mode d’expression qui est compris de tous, sans distinction d’âge, de nationalité ou d’origine sociale. D’ailleurs, dans notre pays, nous ne comptons plus les chorales et sociétés de musique qui rassemblent autour d’un objectif commun des amateurs venus de tous horizons. 

Il n’y a pas besoin de rappeler ici les liens étroits entre La Concordia et la ville de Fribourg. Ils sont nombreux et, comme le disait Dominique de Buman, dans une plaquette dédiée à La Concordia, [je cite] « les liens entre Fribourg et La Concordia sont forts », « il est difficile (…), d'en parler comme des entités séparées: évoquer l'une, c'est parler de l'autre » [fin de citation]. 

Mais permettez-moi, en ma qualité de président du Conseil des Etats, de relever les liens étroits qui existent aussi entre La Concordia et la Confédération. D’abord, évidemment, parce qu’à plusieurs reprises vous vous êtes distingués à l’échelon national, dans les fêtes fédérales de musique. C’était encore le cas lors de la 32e édition, à Lucerne, en 2006. Et on se réjouit de voir ce qui nous attend en 2011 à Saint-Gall. 

Mais il est d’autres liens qui réunissent La Concordia et la politique fédérale. Il y a tout d’abord le nom „concordia“ dont l’origine latine se réfère à la paix, à l’harmonie qui résulte de la bonne entente entre les membres d’un groupe. 

Cette bonne entente, vous la transmuez en musique.  

Cette bonne entente, nous la retrouvons aussi dans une idée politique, celle de la concordance. 

En musique, en politique, la concordance n’exprime pas simplement un rapport de force entre les instruments ou entre les idées. La concordance vit de la volonté de respecter chaque registre et chaque tonalité pour aboutir à de bons accords.  

Vous le savez par expérience, la beauté d’une interprétation musicale dépend beaucoup de la capacité de chaque interprète de s’adapter et de respecter le rythme, les nuances et les particularités de chaque membre de l’orchestre. Autrement dit : l’individu doit s’effacer pour servir simplement la totalité de l’œuvre. L’orchestre doit être une république qui ne connaît pas de souverain, disait Robert Schumann. 

En politique, il en va de même : une bonne politique implique l’écoute et le respect des autres; elle ne tolère pas qu’un interprète essaie de prendre le dessus ou de jouer sa partition de manière trop appuyée. Les musiciens nous rappellent aussi que le plus virtuose des solistes n’est rien sans l’orchestre qui l’accompagne.  

Vous l’aurez compris : il en va du spectacle politique comme de la musique, des partis comme des conservatoires, des politiciens comme des interprètes. Il y a ceux qui ont du talent. Il y a aussi les esprits fiévreux, tantôt dévoués ou hostiles, les actifs, les consciencieux, les engourdis, les bavards et les dilettantes, souvent flamboyants, pas toujours inspirés. En politique et en musique, il y a des ténors, des primas donnas, quelques divas, quelques improvisateurs de génie et un président, sorte de chef d’orchestre, qui essaie de transformer une anarchie latente, en un ensemble cohérent et mélodieux. 

Jean-Claude Kolly peut le confirmer, le rôle du chef d’orchestre est décisif. 

« Rappelez-vous ceci », disait Franz Strauss, le père de Richard, qui fut un corniste réputé, [je cite] « (rappelez-vous) vous autres chefs d’orchestre : nous vous regardons monter au pupitre et ouvrir votre partition. Avant que vous ne preniez la baguette, nous savons déjà si, le maître, c’est vous ou nous » [fin de citation]. 

Mais il faut dire aussi que les chefs d’orchestre se rattrapent parfois sur les compositeurs et je ne peux manquer là de vous rapporter ce que le chef d’orchestre Toscanini a dit au compositeur Maurice Ravel, qui protestait parce que Toscanini avait dirigé le « boléro » deux fois trop vite et avait fini sur un accelerando. Il lui aurait dit « Mon cher Maurice, vous ne comprenez rien à votre propre musique, c’était le seul moyen de la faire passer » 

Au Parlement, ce n’est pas tellement différent. Au Conseil national, la présidente doit prendre l’ascendant et réussir à dompter une troupe rétive, parfois inspirée, pas toujours très disciplinée. Toscanini n’y parviendrait certainement pas tous les jours. 

Au Conseil des Etats, on est plus proche de la civilité de la musique de chambre, de la chambre des cantons. Les députés doivent y être dirigés tout en finesse. Il faut donner le tempo, le maintenir ou le rétablir par quelques accents appuyés, indiquer leurs entrées aux solistes ; parfois rétablir la dynamique d’ensemble, le but étant de toujours rester maître du final. 

Si déjà je parle du final, j’arrêterai ici mes comparaisons pour vous remercier toutes et tous pour le remarquable travail que vous faites et sans lequel La Concordia ne serait pas ce qu’elle est : un irremplaçable ambassadeur musical de notre région. 

Merci de votre attention.