La parole prononcée
fait foi
Thème 2 – Démocratie, Souveraineté et Sécurité en Europe
Allocution du Premier Vice-Président du Conseil des Etats (Sénat)
de la Confédération suisse, Claude Hêche
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Chers et chères Collègues,
Alors que certaines régions du monde connaissent les excès de la violence, nos institutions ne peuvent pas rester les bras croisés. En tant que parlements démocratiques, il est de notre devoir de nous impliquer le plus possible dans la résolution des problèmes de sécurité de notre continent, mais également dans la prévention des conflits. Nous représentons les lieux de parole par excellence, des lieux d’échanges d’idées, des lieux qui doivent favoriser le dialogue. Or, par exemple dans la crise russo-ukrainienne, le dialogue fait encore défaut. C’est inquiétant. Ce déficit de communication et l’insuffisance d’écoute favorisent malheureusement le manque de débats, ce qui pourrait s’avérer lourd de conséquences. Pourtant, il est de notre responsabilité de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour ramener un climat serein aux frontières Est de l’Europe. Il est encore temps, avant que la situation ne s’aggrave.
Nous ne vivons certes pas dans un monde idéal où le dialogue résoudrait tous les problèmes, ce serait un peu trop simple. Mais communiquer, échanger, se parler peuvent permettre de désamorcer une crise. Lorsque la communication est rompue, il n’y a plus beaucoup d’espoir de retour en arrière. Nous pouvons maintenir ce fil ténu de dialogue, dans l’espoir qu’il s’affermisse et que les diplomates puissent reprendre leur travail.
Dans la situation actuelle en Europe, et comme le dit bien M. Didier Burkhalter, le président de la Confédération suisse et président en exercice de l’OSCE, il ne suffit pas de parler du président russe M. Vladimir Poutine, il faut aussi parler avec lui. Il faut évoquer les divergences sur la conception de la sécurité qui séparent l’Europe et la Russie depuis plusieurs années ; il faut oser aborder sans complaisance les thèmes qui nous séparent. Les parlementaires peuvent être plus libres dans leur langage sans oublier d’avoir une vision qui dépasse l’intérêt national parfois étroit.
Tisser des liens, se connaître, apprendre à comprendre le fonctionnement de l’autre permet de dénouer les situations les plus difficiles, et de poser les jalons d’une diplomatie de long terme. Le dialogue sur la question fondamentale de la sécurité doit véritablement se renforcer. Nous, parlements, avons un rôle fondamental à jouer dans cet exercice délicat. Ce sont certes les gouvernements qui détiennent les clés, mais notre mission va au-delà de l’observation et de la législation, tant en diplomatie et qu’en matière de sécurité.
Dans ce contexte, nos assemblées parlementaires auprès du Conseil de l’Europe, d’une part, et de l’OSCE, d’autre part, ont un rôle d’intermédiaires à jouer. Je relève notamment que le comité présidentiel de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a rencontré récemment à Paris le président de la Douma russe. Il est également prévu, dans le cadre de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, début octobre à Genève, d’organiser un dialogue interparlementaire entre la Russie et l’Ukraine en collaboration avec différentes délégations nationales, dont la représentation suisse.
Aussi, je vois une signification particulière pour un signe de paix dans le fait de se retrouver aujourd’hui à Oslo, ville où est née en 1993 une initiative pour la paix au Proche Orient. Même si dans ce conflit là aussi, nous sommes encore loin du but, il n’y aura de répit que lorsque l’objectif sera atteint. Il faut, sans se décourager, remettre sans cesse l’ouvrage sur le métier.
Dans ce monde globalisé, notre sécurité ne commence pas aux frontières de l’Europe, et elle dépend aussi de celle de nos voisins. L’afflux en Italie, en Grèce et dans d’autres pays du Sud, de réfugiés marqués par les crises et les violences, ou encore le conflit syrien nous rappellent la fragilité du continent. Nous sommes dans un monde interdépendant, même si parfois certains de mes compatriotes l’oublient, ce que je regrette à titre personnel. Aussi, un besoin d’explications dans nos propres régions s’avère également nécessaire.
Il est de notre devoir de créer un nouveau climat, faire baisser les tensions et parvenir à une vision commune de la sécurité sur le continent.
Mesdames et Messieurs,
Apprenons de notre histoire et ne cessons jamais de parler les uns avec les autres tout en cultivant l’écoute, nous serons ainsi plus forts et en paix.