Monsieur le Président de la République,

Monsieur le Premier Ministre,

Messieurs les Présidents,

Monsieur le Directeur,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un grand honneur de représenter le Parlement fédéral à la remise des prix de la Fondation 2001 au président Ion Illiescu, au premier ministre Aberahmane Youssoufi, à l’ancien premier ministre Carl Bildt et au président du MEDEF (mouvement des entreprises de France), M. Rémy Robinet-Duffo.

C’est très volontiers que je vous présente les lignes de force de notre politique étrangère. La Suisse se trouve dans une situation paradoxale puisqu’elle est au cœur de l’Europe sans être dans l’Union européenne et que Genève abrite le siège européen des Nations Unies alors qu’elle est le seul Etat non membre de cette organisation.

Vous savez que notre pays est l’un des rares où chaque décision importante de politique étrangère nécessite une majorité du peuple et une majorité dans 12 cantons au moins. Il s’agit d’une caractéristique du pays aux 500 référendums en 150 ans. Si la procédure est lourde car elle implique un grand travail d’information et de conviction, l’approbation des principales décisions par le peuple donne cependant une grande légitimité aux décisions prises qui deviennent aussi solides que du granit des Alpes !

Le peuple suisse a accepté l’adhésion à la Société des Nations, l’accord de libre-échange avec la Communauté économique européenne, l’adhésion au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale, les accords avec l’Union européenne sur les transports et la libre circulation des personnes et, tout récemment l’armement des soldats suisses engagés dans des opérations de maintien de la paix.

Au passif, il y a le refus de l’ONU ainsi que le rejet de l’Espace économique européen. Pour l’ONU une nouvelle tentative est en cours. Comme signe de l’évolution des esprits, je mentionne qu’en 1984, la Chambre haute du Parlement avait voté l’adhésion par 24 voix contre 16 – une marge assez étroite – alors que durant la récente session de la même assemblée, le résultat a été de 37 oui contre 2 non. Notre coopération avec les Nations Unies se renforce malgré notre non-appartenance qui apparaît aujourd’hui comme une étrangeté à beaucoup de Suisses, y compris à ceux qui sont attachés à la neutralité et à la non-appartenance à une alliance militaire.

Ceci dit, mon pays s’efforce de mener une politique étrangère de solidarité active.

C’est ainsi que la Suisse a apporté des contributions financières substantielles aux transformations des Etats de l’Europe centrale et orientale. Nous nous sommes engagés pour des solutions politiques dans les Balkans et nous avons grandement apprécié l’action de l’envoyé spécial du Secrétaire général dans cette région troublée de notre continent. Nous avons essayé d’apporter notre aide humanitaire et une aide à la reconstruction et au retour des réfugiés. Pendant le conflit du Kosovo, nous avons accueilli des réfugiés en grand nombre et des personnes exilées. L’an dernier, un an, la Suisse a eu la satisfaction d’être accueillie au sein du Pacte de stabilité.

S’agissant de la coopération au développement, nous nous concentrons sur l’amélioration des conditions-cadre et sur la création des conditions institutionnelles à un développement durable. Nous mettons en œuvre le principe selon lequel il faut « aider les populations à s’aider elles-mêmes ».

Comme Etat dépositaire des Conventions de Genève, avec notre drapeau qui est la réplique de celui de la Croix-Rouge, nous nous impliquons fortement dans la promotion du droit international humanitaire.

En matière de maîtrise des armements et de désarmement, nous avons adhéré à tous les accords internationaux et nos exportations d’armes sont limitées grâce à une législation restrictive.

Nous nous engageons pour que les dimensions environnementale et sociale soient toujours mieux prises en compte. Sur le plan interne, la redevance poids lourds liés aux prestations est une mesure reconnue internationalement.

Il convient encore d’évoquer nos relations avec l’Union européenne à laquelle la Roumanie adhérera certainement avant la Suisse !

Face au dynamisme de l’Union européenne, il est impensable que la Suisse se tienne à l'écart d'une entreprise qui est la réalité majeure de l'Europe d'aujourd'hui et qui exerce une force d'attraction considérable comme en témoigne les nombreuses candidatures en provenance de l’Europe centrale et orientale.

Pour notre pays, le rapprochement avec l'Europe est un défi considérable. En effet, la Suisse est trop européenne pour pouvoir renoncer à participer à l'édification de notre continent. Mais ses habitants sont trop enracinés dans un ordre étatique à la taille de l'homme pour jeter par-dessus bord notre fédéralisme et notre démocratie directe. Y a-t-il là une contradiction insurmontable ? Nous ne le pensons pas car une fois passées les années de l'approfondissement de l'œuvre entreprise les valeurs que j'ai évoquées me paraissent appelés à un grand avenir et permettre de combler ce que l'on qualifie parfois de déficit démocratique dans l’UE d'aujourd'hui. N’oublions pas que la Suisse a un « bénéfice démocratique » à partager avec l’Europe !

Max Petitpierre avait dit « Tout doit être fait pour que nos sentiers de montagne, où les Suisses marchent à leur rythme, rejoignent les routes de la plaine, où les Européens vont au leur, qui est, pour ce qui concerne l’union du continent, un peu plus rapide ». En citant notre ancien ministre suisse des affaires étrangères, j’essaie d’expliquer la situation paradoxale de la Suisse face à l’UE.

A voir le riche programme qui est le vôtre, j’en conclus que les objectifs de notre politique étrangère sont les mêmes que ceux du Forum de Crans-Montana : « Committed to a more human world ».

Je vous adresse mes vœux de pleine réussite pour tous les fora à venir et exprime encore une fois les sincères félicitations de la Suisse aux lauréats de ce jour.