Monsieur le Président de la Chambre des députés,
Mes chers collègues roumains et suisses,
Excellence,
Mesdames et messieurs,

C'est pour moi un grand honneur que d'achever mon année présidentielle en recevant le président de la Chambre des députés de Roumanie. Vous nous trouvez à un moment inhabituellement intéressant de notre vie politique, à cheval entre deux législatures et alors que de vives discussions ont cours sur la future composition de notre gouvernement.

Les relations entre la Suisse et la Roumanie sont traditionnellement bonnes et amicales, la présence suisse est presque immémoriale. En effet, les contacts sporadiques ont eu lieu depuis la période romaine entre les Helvètes et les Daces et se sont perpétués au cours des siècles entre les cantons suisses et les principautés roumaines de Valachie et de Moldavie. Ce n'est cependant qu'au XIXe siècle que les échanges s'accentuent, d'une part par les récits romantiques de voyageurs roumains en Suisse et d'autre part par la venue en Roumanie de nombreux colons suisses, dont les plus connus sont les vignerons vaudois de Chabag, en Bessarabie, l'actuelle République de Moldavie. Plusieurs Suisses occupèrent des postes importants dans l'administration, la maison royale ou même la politique roumaine jusqu'en 1940. L'un d'eux, Julien Peter, fut même Maire de Bucarest dans les années 20.

Les Peter ont l'air d'avoir une prédilection pour la Roumanie, puisque l'Ambassadeur Chappuis est secondé dans sa tâche par Mlle Dominique Peter, qui fut jusqu'il y a peu secrétaire de la Commission de politique extérieure du Conseil des Etats.

Des relations consulaires entre les deux pays ont été établies dès 1880 et des relations diplomatiques dès 1911. L'amitié que nous deux pays se portent remonte donc à fort loin dans le temps. Saviez-vous, Monsieur le Président, qu'en mai 1924 - il y a bientôt 80 ans - le roi Ferdinand Ier de Roumanie effectuait une visite d'Etat en Suisse ? Admirez le casque à plumes que porte le monarque sur cette photo ? ( Cette photo figure dans le dictionnaire biographique d Urs Altermatt, « Conseil fédéral », à la page 353.)

Les relations se sont quelque peu refroidies après 1945, mais ont repris après l'accord d'indemnisation des avoirs suisses nationalisés de 1951. Dans les années 70, la Roumanie a joué un rôle de pont entre l'Est et l'Ouest à la CSCE, se rapprochant du groupe des neutres et non-alignés dont la Suisse était un acteur essentiel.

Aux années noires de la dictature a succédé dès 1990 un renouveau dans les relations entre les deux peuples, en particulier grâce aux contacts établis par les communes suisses, notamment vaudoises, dans le cadre de l'Opération Villages Roumains et qui perdurent aujourd'hui. La mise en œuvre de la coopération technique et de l'aide financière suisse, ainsi que la signature de divers accords bilatéraux a permis de renforcer encore les liens entre la Suisse et la Roumanie.

La présence économique suisse en Roumanie remonte elle aussi à la fin du XIXe  siècle, avec une période très riche en investissements entre les deux guerres. Toutes les firmes établies en Roumanie ont été nationalisées à partir de 1947 et un accord de dédommagement a été conclu au début des années 1950, permettant une reprise des échanges entre les deux pays et un nouvel accord économique en 1972. Depuis 1990, les Suisses sont de retour. Les échanges sont depuis 1999 en constante augmentation et les investisseurs suisses sont au 11e rang des investisseurs étrangers.

La présence culturelle est également très ancienne et concrétisée par l'existence au début du XXe siècle d'une forte communauté suisse en Roumanie, qui a créé  l' " Association des Suisses de Roumanie " et acheté en 1940 la " Maison suisse " de Bucarest. La présence culturelle suisse a été ravivée dès 1990 et surtout depuis 1999 grâce à la création de l'antenne de Pro Helvetia à Bucarest qui soutient très activement la culture roumaine.

Le premier voyage jamais effectué par un président du Conseil national en compagnie de son collègue le président du Conseil des Etats remonte à 1978. Il s'agissait de MM. Alfred Bussey et Robert Reimann. C'est à ce moment là que remonte l'heureuse tradition des voyages des présidents des chambres fédérales.

Après la chute du communisme, nos relations parlementaires se sont quelque peu développées avec des visites occasionnelles. C'est au Jungfraujoch, point d'aboutissement d'un petit train alpin, que les présidents de la Chambres et du Sénat, qui étaient venus pour fêter le 700e anniversaire de la Confédération ont invité M. Hänsenberger, alors président du Conseil des Etats à visiter la Roumanie en octobre 1991. D'autres collègues présidents ont ensuite fait le voyage de Bucarest, MM. Paul Schmidhalter et Anton Cottier.

J'espère que la visite que nous rend aujourd'hui le président Valer Dorneanu marquera le début d'une nouvelle ère de coopération et d'amitié entre nos deux pays. C'est en effet la première fois que nous recevons une délégation parlementaire roumaine. Nos pays ont beaucoup en commun et il convient de tout faire pour développer nos relations.

Les relations politiques entre les deux pays sont " très bonnes ", c'est un euphémisme du langage diplomatique que de le constater. Au cours des dernières années, les Ministres successifs des Affaires étrangères, MM. Nastase, Melescanu, Severin et Geoana sont venus à Berne.

Le Président Iliescu a rencontré le Président de la Confédération et jeune marié, Moritz Leuenberger, au Forum de Crans-Montana. A cela s'ajoute plusieurs rencontres au plus haut niveau à l'occasion de réunions internationales qu'il s'agisse du Forum de Davos, de l'OSCE, de la Francophonie, du Pacte de stabilité ou de la Banque mondiale. L'an dernier, c'est notre actuel Président de la Confédération Pascal Couchepin qui a mis à profit la réunion annuelle de la Banque mondiale pour effectuer une visite bilatérale en compagnie d'un groupe d'hommes d'affaires suisses.

Les entreprises suisses reconnaissent le potentiel de la Roumanie malgré les difficultés liées à la transition vers l'économie de marché. Ce sont très souvent les PME, plus flexibles que les grandes entreprises  qui réussissent le mieux à gérer de telles situations. Les grandes entreprises sont cependant de plus en plus présentes, telle Nestlé dont nous verrons le siège cet après-midi.

La Roumanie va connaître d'importantes échéances dans les prochaines années. L'an prochain marquera l'adhésion à l'OTAN puis viendra l'adhésion à l'Union Européenne en 2007.

Les problèmes devant vous sont considérables. Comment élever le PNB qui n'atteint pas encore son niveau de 1989 ? Comment lutter contre la corruption, contre les excès de la bureaucratie, contre le chômage ? Nous vous souhaitons beaucoup de courage dans la tâche colossale à laquelle s'est attelé le gouvernement de M. Adrian Nastase. Nous savons que vous êtes partis de zéro !

La visite que vous nous rendez vous permettra, après un bref séjour en Alémanie de visiter la Suisse lémanique, avec ses trois perles que sont, dans l'ordre, Vevey, Lausanne et Genève. Cela vous permettra de constater la diversité linguistique de la Suisse qui, comme la Roumanie compte plusieurs communautés que nous essayons de faire vivre en bonne harmonie.

Je vous souhaite une cordiale bienvenue et je forme des vœux pour le succès de votre haute mission, Je lève mon verre à la santé du peuple roumain et à l'amitié entre nos deux pays.

Vive l'amitié entre la Dacie et l'Helvétie !