Mon propos est d’abord celui de la gratitude.

Vous êtes évidemment, mes chers collègues, les premiers destinataires de cette gratitude et je voudrais vous dire un cordial merci pour votre confiance. Une reconnaissance particulière va bien-sûr à mon groupe parlementaire, dont je suis fier des valeurs qui nous unissent et heureux des liens d’amitié qui ont été tissés.

C’est également d’une dette très agréable dont je m’acquitte en disant mon estime aux autorités de mon canton et de ma commune de Collonge-Bellerive, qui sont ici représentées. Votre présence, de même que celle de  nos Juges fédéraux et de Monsieur le Procureur Général, me touche beaucoup. Elle est le signe concret et renouvelé de l’attachement confédéral de Genève. Parfois – et peut-être est-ce dû au tempérament volontiers turbulent de notre petite République – on se prend à douter, de ce côté-ci de la Sarine, du caractère authentiquement helvétique des genevois ; comme si leur amarrage tout au bout du Lac les rendait déjà un peu français… Il suffit de se souvenir que Genève est l’un des cantons de notre pays qui abrite le plus de sociétés patriotiques pour mesurer par ce seul exemple l’enracinement confédéral très profond des genevois. L’esprit d’ouverture d’une Genève, qui se frotte tous les jours à la vie internationale et dont près de 40 % de la population est d’origine étrangère, et l’attachement réel à notre pays ne sont en rien antinomiques. Ils forment au contraire un tout, solidement lié, constitutif d’une identité suisse qui a une autre ambition que le repli sur soi.

Je ne peux évidemment pas évoquer les racines cantonales sans dire tout ce qui m’unit à mon canton d’origine, le Jura : des liens de famille, d’amitié, de culture et de lutte politique. Je le dis avec d’autant plus d’émotion que, depuis l’entrée en souveraineté du Jura, c’est la première fois qu’un des fils de cette terre magnifique est appelé à la charge que vous venez de me confier. Je souhaite partager cette émotion notamment avec le Gouvernement de la République et canton du Jura, qui est ici représenté par son Président et que le salue chaleureusement.

Unsere Dankbarkeit gilt dem Präsidenten Max BINDER, der unsere Arbeit mit sehr viel Engagement und grosser Kompetenz geleitet hat.

Lieber Max, während dieses Jahres konnte ich feststellen, mit welchem Ernst du deine Aufgabe wahrgenommen hast : die detaillierte Vorbereitung der Sitzungen, die klare und sichere Führung der Debatten, die Koordination unserer Beratungen mit denjenigen des Ständerates, die permanente Pflege der Beziehungen zum Bundesrat. Für all dies sind wir dir tief dankbar.

Du hast nicht gezögert, Neuerungen einzuführen und hast uns manchmal damit sogar überrascht. Im speziellen möchte ich den Beginn der Sitzung der vereinigten Bundesversammlung vom 17. März erwähnen. Um den 200. Geburtstag von Rossinis Wilhelm-Tell zu feiern, hast du uns hier in diesem Saal mit einer Aufnahme der Ouverture dieses Werkes beglückt. Somit haben sich deine Kollegen, sofern notwendig, davon überzeugen können, dass man nicht nur in der Politik wissen muss, wie und wo die Musik spielt!

Wir bitten dich, auch deiner Frau unser besten Dank zu übermitteln. Die Mitglieder des Büros hatten die grosse Freude, sie in deiner wunderbaren Gemeinde Illnau-Effretikon, anlässlich unserer Sitzungen vom letzten Sommer, persönlich kennen zu lernen. Max, nochmals ein grosses Merci!

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Mon propos n’est pas seulement celui de la gratitude ; mais également de l’enthousiasme lucide.

Cet enthousiasme doit être d’abord celui que nous réservons à notre travail. Nous sommes en charge de dossiers majeurs, souvent difficiles. La session qui s’ouvre en donne l’exemple clair : les Bilatérales, avec Schengen et Dublin ; l’élargissement de l’Union Européenne à l’Est avec pour corollaire l’extension de la libre circulation des personnes ; la mise au point, dans un contexte très tendu, du budget de la Confédération avec ses implications notamment économiques et sociales. Face à de tels enjeux, on ne peut pas se laisser gagner par l’esprit de routine, pire encore par la résignation. Ce que nous avons à faire est important, ne serait-ce que parce que le peuple, en nous élisant, nous l’a demandé. Non, notre mission n’est pas banale ; il nous est donc interdit de l’accomplir de manière médiocre. Au-delà de nos convictions politiques respectives, qui en démocratie justifient la vivacité des débats, partageons l’exigence de sérieux, montrons-nous gourmands de qualité. Il n’y a pas de meilleure réponse aux désabusés et aux blasés de tout acabit, aux yeux desquels l’autoflagellation voire le dénigrement aurait valeur de sport national.

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Nous vivons une époque marquée par des paradoxes de toutes sortes. Et c’est une des raisons qui la rend si intéressante.

Prenons un exemple : le monde s’est ouvert tous azimuts. On ne cesse de parler de mobilité et de globalisation. C’est une réalité, amplifiée encore par la fulgurance du développement de la communication électronique. Jamais comme aujourd’hui on a eu autant besoin d’espaces. Et simultanément, chacun revendique aussi à juste titre un ancrage : un ancrage affectif, un ancrage culturel, un ancrage civique, bref, un ancrage identitaire. Besoin d’ouverture et  d’espaces, donc. Mais, tout autant, besoin de racines.

Oui, notre époque est celle des paradoxes, des tensions contradictoires. On découvre qu’elle est moins prévisible, plus complexe. Elle bouscule les habitudes, voire renverse des certitudes que l’on croyait à jamais acquises. Pour paraphraser Paul Valéry, notre pays constate que « même le futur n’est plus ce qu’il avait l’habitude d’être ».

Les Suisses voient bien que les choses ne sont plus comme avant. On vit davantage dans l’incertitude et les jeunes notamment, face au mode du travail qui s’ouvre à eux, le ressentent parfois douloureusement.

Tout cela donne naissance au doute. Et il y a plusieurs façons de le prendre en compte.

Certains en tirent parti, non pour le comprendre mais pour l’amplifier, pour faire passer du doute à la peur, cette peur qui engendre les rancœurs et les rejets. D’autres, face à la complexité des questions à résoudre, sont eux-mêmes gagnés par ce doute et en tirent justification à leur propre léthargie. D’autres enfin considèrent que le doute peut être fécond s’il nourrit la réflexion qui conduit de bonne foi et avec détermination aux décisions et aux réformes nécessaires. Sommes-nous reconnaissables dans cette troisième attitude ?

Parvenir à des décisions solides, réaliser de telles réformes, n’est pas tâche aisée. Il faut des convictions claires, de l’écoute attentive et de l’aptitude à négocier intelligemment – ce qui contrairement à certaines idées reçues demande beaucoup plus d’imagination et de caractère que la dérisoire prétention à ne transiger sur rien. Bref, il faut s’engager avec ténacité. Et pour façonner une solution nouvelle, qui puisse avoir l’ambition de la durée, il faut fédérer, il faut rassembler. Telle est notre tâche..

Or nous vivons une époque de polarisation croissante. C’est à la mode et certains en redemandent, attirés qu’ils sont par le « prêt à penser » du politiquement correct. J’ai, pour ma part, la conviction qu’au-delà de son apparente séduction médiatique, ce phénomène est la négation de la culture politique suisse qui s’est développée, notamment par le fédéralisme et la démocratie directe, pour intégrer nos multiples minorités. Alors que la culture politique suisse – c’est son  originalité et sa grandeur – est un système subtil destiné à favoriser la participation et la convergence, la polarisation conduit à l’exclusion, momentanée ou durable, caractéristique des régimes d’alternance. Notre pays pourrait-il se renier en faisant naître les conditions ou le risque d’une sorte de fracture civique ? Je suis persuadé que nos concitoyennes et concitoyens ne veulent pas de cela.

Oui, dans le contexte d’aujourd’hui, qui appelle un sursaut pour un retour à davantage de confiance dans la politique, notre tâche est immense. Elle est de celles que l’on pourrait confier à Sisyphe… Mais c’est la mission et l’honneur du Parlement que de traduire les doutes comme les aspirations des gens en décisions concrètes, visibles et compréhensibles. Lorsque la situation n’est pas facile, c’est donner du sens à la politique que de rendre Sisyphe optimiste !

Jean-Philippe MAITRE

 

Le discours prononcé fait foi