Monsieur le président de l’Assemblée parlementaire de la francophonie
Monsieur le président de l’Assemblée nationale du Québec,
Chers collègues parlementaires
Chers invités,

Permettez-moi tout d’abord de remercier M. Michel Bissonnet et les Québécois pour l’organisation parfaite de cette 34e Session de l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF) dans cette magnifique ville de Québec qui fête ses 400 ans d’existence. Nous en garderons un merveilleux souvenir.

«Ce ne sont que quelques arpents de neige»: Voltaire vivait en Suisse lorsqu’il a exprimé ce jugement lapidaire et caricatural au sujet de la «Nouvelle France». L’Europe était alors dans les affres de la Guerre de Sept ans.
Sans doute l’auteur de «Candide» estimait-il qu’une saine politique économique imposait de céder le Québec à la Grande-Bretagne et de concentrer les ressources de la France dans ses colonies antillaises. Mais cette citation illustre désormais pour nous la myopie qui afflige ceux qui refusent de voir plus loin que le bout de leur nez ou qui se fixent trop sur les contingences de l’heure.

Je suis un grand admirateur de Voltaire, à qui l’on attribue cette célèbre phrase : « Monsieur je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez l’exprimer ». Mais lorsqu’il réduit la Belle Province à quelques arpents de neige, il prouve que même les êtres les plus intelligents et clairvoyants peuvent se tromper.

Ainsi, il aura fallu beaucoup de temps pour que la fonte de la banquise, le recul des glaciers alpins et la progression du désert frappent les esprits. Il aura fallu beaucoup de temps pour que notre petite planète s’alarme enfin.

Certains paysages inscrits au patrimoine mondial, comme la région du glacier d’Aletsch dans les Alpes suisses, vont complètement changer d’ici la fin de ce siècle, de l’avis des spécialistes. D’autres, comme le désormais célèbre vignoble de Lavaux, conserveront leur aspect visuel, mais le raisin chasselas qui pousse sur les rives du Léman sera sans doute remplacé par des cépages adaptés au climat méditerranéen. J’y pense lorsque je déguste le vin sec et minéral de mon exploitation viticole ancestrale, sise en La Côte vaudoise.
L’alerte a été chaude en 2003 pour le château d’eau qu’est la Suisse. A cause de la sécheresse, les usines hydroélectriques alimentées par le Rhône et le Rhin ont dû fonctionner au ralenti. Il a aussi fallu acheminer l’eau potable par camions en certaines régions pour abreuver humains et bétail.

Cet événement a sonné le glas de l’insouciance de la population helvétique. Les gens regardent d’un autre œil cet univers naturel qu’ils croyaient immuablement préservé.

Vous me ferez remarquer qu’un été - même brûlant - en Europe, n’a rien à voir avec les pénuries et les sécheresses catastrophiques qui frappent d’autres parties du globe et en particulier l’Afrique. Ce sont les pays les moins développés qui paient malheureusement le plus lourd tribut aux catastrophes climatiques alors qu’un Européen consomme de 250 à 400 litres d’eau par jour et qu’un Africain se contente de 30 litres.
Mais la canicule de 2003 a provoqué une prise de conscience sur le vieux continent: l’accès à l’eau est menacé par les changements climatiques et avoir de l’eau potable au robinet ne va plus de soi.

On peut se demander si c’est le rôle de l’APF et de sa commission de la coopération et du développement de se préoccuper du climat. Pourquoi ne pas nous concentrer sur la défense et la promotion de la langue française, cause si chère à notre mouvement?

En tant que politicien francophone, nous ne pouvons ignorer les urgences auxquelles est confrontée notre société contemporaine. Les commissions thématiques de l’APF sont nommées pour approfondir nos connaissances sur les problèmes graves et contribuer à les résoudre.

Ne chipotons pas sur la responsabilité de la civilisation dans les changements climatiques. Même si la planète a sans doute déjà connu de telles évolutions, ce qui importe aujourd’hui, c’est de les freiner pour préserver l’humanité. Les activités humaines sont indubitablement génératrices d’émission de gaz à effet de serre et cela suffit pour que nous prenions les choses en main.

Notre assemblée ne peut passer à côté de son rôle dans la protection du climat. Elle doit saisir l’occasion d’agir à travers les parlements et les gouvernements francophones.

Mesdames et Messieurs,

Les changements climatiques placent l’Assemblée parlementaire de la francophonie devant un défi supplémentaire : comment préserver les ressources naturelles en tenant compte des aspirations légitimes des pays émergents?

Sous prétexte de politique climatique, les Etats qui exploitent leurs ressources de façon optimale et qui bénéficient d’une économie florissante ne doivent pas barrer la route aux régions qui aspirent à la sécurité alimentaire et à la prospérité.

L’APF doit donc viser à la fois la pérennité des ressources et la croissance économique de chacun de ses membres. Politique climatique et compétitivité économique doivent aller de paire.
C’est dans cet esprit que nous devons soutenir la mise en œuvre de stratégies de développement durable dans nos parlements. Profitons en particulier du réseau francophone pour lancer des initiatives de sauvegarde de la ressource essentielle à la vie qu’est l’eau.

La section suisse demande donc à notre assemblée d’inciter les gouvernements des pays de l’espace francophone à tout entreprendre pour prévenir et atténuer les impacts des changements climatiques sur la santé et la sécurité des populations. C’est dans cet état d’esprit que la délégation suisse soutiendra le projet de résolution présenté à cette assemblée. Elle souhaite qu’il ne soit pas dénaturé par d’éventuels amendements allant à fin contraire.

Chers collègues parlementaires,

Ne commettons pas la même erreur que Voltaire : le Québec est bien plus que quelques arpents de terre et notre planète ne réduit pas à une petite boule, perdue au milieu de l’univers. Décidons courageusement de mieux faire fructifier le capital que constituent nos ressources naturelles et nos paysages afin de le conserver intact pour les générations futures.

Je vous remercie de votre attention.