Chers anciennes, chers anciens, chers amies, chers amis,

La date de l’inauguration de notre nouveau Palais du Parlement avance à grands pas. Le voile va bientôt se lever sur les merveilles produites par le duo architectural Vincent & Aebi. Le savoir-faire déployé durant deux ans et demi par les artisans et les divers corps de métiers impliqués dans ce grand projet éclatera au grand jour. Symbole de notre démocratie helvétique, l’édifice identifiant notre petite capitale fédérale va retrouver sa splendeur originelle.

En 160 ans, le Palais du Parlement n’a rien perdu de sa signification pour les habitants de ce pays. Ainsi, il n’y a pas de semaine sans demande d’entreprises, grandes et petites, d’associations et de groupes d’intérêts qui voudraient tirer profit de l’aura du Palais fédéral. L’un veut réaliser une publicité dans la Salle du Conseil des Etats, l’autre un bout de film depuis le perchoir du président du Conseil national, le troisième se faire tirer le portrait dans la salle des pas perdus.

Pour le dire un peu trivialement, le décorum des salles des conseils fait fantasmer les bureaux de communication et de marketing. Comme si l’enceinte où s’exerce le pouvoir législatif était l’un des derniers tabous de notre société où tout se met en scène.

Ces demandes souvent à but commercial ou de promotion sont repoussées, bien évidemment. Elles montrent cependant indirectement que notre Palais du Parlement représente quelque chose de très fort pour la population. A travers ses très nombreuses œuvres d’art, ce bâtiment raconte notre histoire commune. Un peu comme les cathédrales (toute proportion gardées évidemment) racontent la foi de la chrétienté.

Si l’on s’arrête un moment devant les trois Suisses de l’entrée principale, si l’on prend la peine de contempler les armoiries des cantons, les grandes fresques ornant les salles des conseils ou les vitraux du hall de la coupole et des salles de conseil, on aura déjà beaucoup appris du génie suisse. Le Palais du Parlement est une fantastique bande dessinée en trois dimensions. Les gens de toutes les régions de notre pays peuvent y retrouver un reflet de leur identité.

Je crains que vous n’ayez quand même un petit pincement au cœur lorsque vous verrez le Palais fédéral dans ses nouveaux atours. Certains espaces vont entrer en dissonance avec les souvenirs de votre mandat parlementaire. Mais notre Palais du Parlement a réussi sa mue. Il est devenu plus lui-même que lui-même, comme si l’esthétique moderne avait magnifié l’architecture initiale. Plus digne, plus lisible, plus fonctionnel, il soutient désormais la comparaison avec les bâtiments parlementaires européens.

L’un des autres grands mérites de cette rénovation est d’avoir révélé le côté jardin du Palais fédéral en réservant au public une entrée majestueuse sur la terrasse sud. Les visiteurs ne manqueront pas d’être frappés par les ornements de la façade et par la vue sur l’Aar et sur les Alpes, avant d’être accueillis dans le grand hall. Ainsi mis en condition, ils pénétreront dans le saint des saints helvétique dans le meilleur état d’esprit et s’intéresseront aux travaux du Parlement et de ses organes.

D’autant qu’on pourra en principe désormais saisir chaque mot prononcé dans la Chambre du peuple ou celle des cantons. Les députés n’auront plus aucune excuse pour ne pas écouter leurs pairs. Le confort de leurs sièges a été amélioré et les pupitres surélevés. Avec l’installation d’une prise électrique et le raccordement à Internet des pupitres, on a quelques chances d’augmenter le taux de présence dans la salle, lors de certains débats. Quant à la qualité desdits débats, on peut légitimement nourrir quelques attentes au vu du design très réussi des nouvelles places de travail aménagées dans la «banane».

Les transformations ont aussi exaucé un très ancien vœu: celui que chaque groupe parlementaire dispose d’un local pour se réunir. La nouvelle grande salle multifonctionnelle réalisée au troisième étage (la salle 301) répond aux exigences les plus pointues en matière de technique multimédia et elle est équipée de cabines de traduction.

Ce sera l’endroit idéal pour tenir des conférences, présenter des dossiers, accueillir les délégations étrangères ou organiser les auditions des commissions.

Mais la vie d’un parlementaire n’est pas faite que de nourritures virtuelles. Pour garder l’esprit clair et rester offensif, députés et sénateurs doivent restaurer régulièrement leur enveloppe charnelle. Le vigneron épicurien que je suis se réjouit de pouvoir refaire ses forces au Café des Alpes et se sustenter à l’intérieur du Palais fédéral lorsque le temps à disposition ne permet pas d’aller à l’extérieur. Ce futur restaurant parlementaire viendra, vous l’aurez compris, compléter le Café Valloton et ses en-cas. Je ne vous dirai en revanche rien du fumoir, pour ne pas enflammer un débat où l’intelligence des protagonistes donne parfois l’impression de partir en fumée. Mais ce n’est là bien sûr qu’une impression.

Je me réjouis de vous accueillir lors de l’inauguration officielle du 21 novembre ou lors des journées portes ouvertes des 22 et 23. Je vous souhaite un joyeux appétit et de belles retrouvailles.