La version orale fait foi
Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
C’est un très grand honneur d’ouvrir ce 4e Congrès mondial contre la peine de mort et de prendre la parole dans cette Salle des Droits de l’Homme et de l’Alliance des Civilisations.
Aujourd’hui, en pénétrant dans ce lieu où siège traditionnellement le Conseil des Droits de l’Homme, j’ai été saisie par l’œuvre colossale de l’artiste espagnol Miquel Barceló.
(Accompagné d’un geste et lever les yeux au ciel – montrer le plafond peint)
Cette fresque se compose d’une grande diversité de pigments, provenant des quatre coins du monde et fluctuant selon la perspective du spectateur.
Chaque particule en soi n’est rien. C’est l’ensemble qui réjouit notre œil. Il en va ainsi de beaucoup d’entreprises humaines.
Chers congressistes,
Cette fresque tire sa force et son impact de la combinaison de ses diverses particules. Il en va de même pour le combat contre la peine de mort. Ce qui fait avancer notre cause, c’est la somme de nos engagements et de nos initiatives.
Aujourd’hui, nous sommes venus des quatre coins du monde avec pour bagage la vaste palette de nos connaissances et de nos pratiques. Aujourd’hui, nous nous réunissons pour faire de la peine capitale une peine du passé.
Quel crime atroce peut justifier, en 2010, le recours au peloton d’exécution, à la pendaison, à la décapitation, à l’empoisonnement, à la guillotine ou à la chaise électrique? Peut-on se réclamer de tels procédés au nom de la justice?
Ladies and gentlemen,
„Every person has the right to life. The death penalty is prohibited”: this concise, resolute and unequivocal formulation is enshrined in the Article 10 of the Swiss Federal Constitution.
Our categorical rejection of capital punishment is an integral part of our values – and I would even say: of our identity. The supreme human right, the right to life, and respect for human dignity is of utmost importance to Switzerland and its human rights foreign policy.
Nevertheless, the road to the abolition - and abolitionism - is a strenuous one. And, in the case of Switzerland, it took a few detours.
If the national constitution today outlaws the death penalty, this did not happen overnight: In 1848 the first Swiss Federal Constitution forbade the death penalty for political crimes. In 1874, it was abolished completely.
However, because of an increase in crime – probably due to the economic depression at the time -, capital punishment was re-introduced only a few years later.
In the 1930s, a new criminal code abolishing capital punishment was drafted by the Swiss parliament and accepted by popular referendum (but it was only half a century later that the death penalty disappeared from Swiss military law in 1992).
In its particular way, Switzerland’s history - our history - has followed its path towards the abolition of the death penalty. If there are different paths, they all lead in the same direction.
Since 1874 and the moment when the law abolishing the death penalty entered into force, 9 persons were sentenced to death by a civil court in Switzerland. I should stress that the last execution took place in 1940: 2 years after the decision to abolish capital punishment was taken by the Swiss people! This shows that people were still being executed while the legal framework was being put in place.
And as we are sitting here today, Hank Skinner is awaiting his scheduled execution in the State of Texas. It was planned for today but was last week postponed.
Today, all over the world, thousands of prisoners are executed every year; 97% of them are executed in only 5 countries.
This is why a universal moratorium cannot wait. This is why my country is participating in the campaign for an immediate universal moratorium.
Ladies and gentlemen,
Let us continue on a positive note: in recent years, a growing number of countries have progressively joined the abolitionist movement. The number of countries fully abandoning capital punishment or declaring a moratorium is clearly rising.
For instance, Kyrgyzstan has recently achieved notable progress in approving a law on accession to the Second Optional Protocol to the International Covenant on Civil and Political Rights on the abolition of the death penalty.
The Kyrgyz example should encourage other states to ratify the Second Optional Protocol, and I would like to take this opportunity to call on all the countries which have not done so yet to follow this example as soon as possible.
Mesdames, Messieurs,
Comment pourrait-il être juste de tuer?
Certes, l’Etat est responsable de garantir la sécurité de ses citoyens. Mais n’a-t-il pas aussi le devoir de protéger les siens contre toute violation des droits humains?
Femmes, hommes, citoyens d’Afrique, d’Europe ou d’ailleurs, diplomates, journalistes, juges et avocats, militants et politiciens, nous avons tous le même devoir: démontrer que les Etats peuvent à la fois lutter contre toutes les formes de criminalité et respecter les droits humains. Ces deux tâches ne sont pas incompatibles.
Du droit à la vie découlent tous les autres droits de la personne. Oui, le droit à la vie est le premier et le plus fondamental des droits humains!
Chers congressistes,
Mon pays rejette l’idée que l’on puisse tuer au nom de la justice. C’est entre autre pour cela qu’il soutient et soutiendra toujours le développement et la montée en force du mouvement abolitionniste.
Le peuple suisse a proscrit la peine de mort car il estime que ce châtiment n’a pas sa place dans la société humaine d’aujourd’hui. Sans doute est-ce l’une des raisons pour lesquelles vous vous trouvez maintenant à Genève.
L’abolition de la peine capitale reste cependant loin d’être partout acquise. Dans pas moins de 58 Etats, les tribunaux prononcent encore des peines capitales. La peine de mort favorise les appréciations sommaires et risque toujours d’être instrumentalisée par la peur, en particulier lors de crises économiques graves.
Mesdames, Messieurs,
Je suis fière que mon pays soutienne ce 4e Congrès contre la peine de mort et tous ceux qui se battent contre ce châtiment d’un autre temps. Mais votre présence à Genève est aussi un message clair à ceux qui songent réinstaurer la peine de mort. Vous leur dites: «Arrêtez-vous: vous faites fausse route». Ce combat - votre combat - est également celui de la Suisse.
Ces prochains jours, en vous concertant, en apprenant de vos positions respectives, vous établirez de nouvelles stratégies. Dès lors, vous renforcerez de manière décisive notre action en faveur d’un monde sans peine de mort ainsi que le crédit de cette action auprès de certains gouvernements.
Je vous remercie, du fond du cœur, de votre engagement parce que toute avancée de l’abolitionnisme est une avancée de l’humanité tout entière.