Mesdames et Messieurs les représentants des autorités,
Monsieur l’Ambassadeur
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les invités,
Permettez-moi de vous apporter le salut du Parlement suisse et des autorités helvétiques. Je suis heureux de rencontrer les émissaires du savoir-faire helvétique aux Etats-Unis du Mexique. A travers vous, je m’adresse aux quelque 5000 ressortissants suisses et binationaux établis sur la terre des anciens Olmèques. Chaque membre de la colonie helvétique est un ambassadeur de la Confédération et un artisan des relations entre nos deux pays. La cinquième Suisse, comme on appelle les quelque 650'000 citoyens suisses vivant à l’étranger, revêt en effet une importance vitale pour notre petit Etat dont l’économie dépend fortement de la demande extérieure.
C’est la seconde fois que je viens au Mexique. Penché vers le hublot de l’avion, j’ai à nouveau été impressionné par Mexico et ses artères scintillant à perte de vue. J’ai essayé de me représenter les 24 millions d’habitants de cette agglomération et j’ai mesuré en un instant la force d’aspiration de cette mégapole. J’ai compris comment des quartiers entiers peuvent y surgir de terre en quelques mois.
Vues d’avion, les «grandes» villes de Suisse apparaissent plutôt comme de paisibles bourgades, fondues dans le paysage. Bien sûr, la population de notre pays augmente et ses sept millions et demi d’habitants ont tendance à se concentrer sur le plateau. Les jeunes des campagnes restent souvent en ville, une fois leurs études terminées mais l’expression «exode rural» perd son sens si l’on prend comme référence l’explosion démographique de Mexico, à l’ombre toujours menaçante du Popocatépetl.
La Suisse se densifie et se ramifie à la manière d’un grand village. Elle mise sur la complémentarité de la route et du rail pour unir ses 26 cantons et demi-cantons et ses quatre régions linguistiques. Le réseau autoroutier est d’ailleurs en voie d’achèvement. La Confédération dépensera environ 2,15 milliards de francs en 2008 pour de nouveaux tronçons comme la Transjurane qui reliera bientôt le plateau au Jura et à la France et l’A9 dans le Haut-Valais.
Les nouvelles lignes ferroviaires alpines, avec le deuxième tunnel du Gothard, sont en bonne voie. Depuis l’ouverture du tunnel du Lötschberg, le 15 septembre dernier, le Valais est à une heure de Berne. La nécessité de construire une troisième voie entre Genève et Lausanne fait peu à peu son chemin dans les esprits.
Comme le Mexique est le pivot entre le Nord et le Sud du continent américain, la Suisse assure le passage entre le Nord et le Sud, mais aussi entre l’Est et l’Ouest du vieux continent. Ce pari stratégique ne peut être gagné que grâce à la santé éclatante de l’économie helvétique et à la «mondialisation» de nombre de petites et moyennes entreprises suisses.
Le Mexique, 14e économie mondiale, figure en bonne place dans les nouveaux débouchés de nos PME: il est le 2e partenaire de la Suisse en Amérique latine après le Brésil. C’est aussi le seul Etat de cette partie du monde membre de l’OCDE avec lequel la Suisse a signé trois accords économiques dont l’accord de libre échange, dans le cadre de l’Association Européenne de Libre Echange (AELE).
Les exportations vers le Mexique ont ainsi dépassé 1,3 milliards de francs en 2007 et elles représentent 1 demi-pourcent des exportations globales de biens helvétiques. Le volume des importations en provenance du Mexique a cru lui aussi en proportion de l’évolution de la demande intérieure. Il a atteint 170 millions de francs l’an passé.
Actuellement, environ 400 sociétés dotées d’un capital suisse emploient quelque 40'000 personnes au Mexique. Grâce à elles, la Suisse figure au 5e rang des pays investisseurs. Le stock des investissements suisses a passé de 4,2 milliards à 4,7 milliards de francs en 2006.
L’Asociation empresarial Mexicano-Suiza fait un travail essentiel pour fédérer le rapprochement entre nos deux pays et je vous remercie sincèrement de vos efforts. Vous me permettrez cependant une remarque puisqu’on est entre nous: cette plateforme serait encore plus efficace si elle se donnait les moyens matériels de devenir une véritable chambre de commerce, avec notamment un secrétariat permanent. Votre association pourrait alors gagner le statut d’interlocuteur des entreprises suisses qui veulent prendre pied dans ce pays d’Amérique latine. Car le Mexique est de plus en plus attrayant pour les investisseurs, à mesure que son poids économique se renforce sur le plan mondial.
Face à la concurrence des marchés asiatiques, la Suisse ne veut pas laisser s’essouffler l’élan et elle tient à faire fructifier au Mexique son savoir faire dans les domaines de la pharma, de la chimie, des biotechnologies, de l’industrie des machines et des finances. Elle veut également faire valoir son offre très pointue en matière d’énergie et de technologies de l’environnement. A l’exemple de cette PME dont on m’a parlé, qui cherche à s’implanter sur le sol mexicain pour y vendre des systèmes portables de purification de l’eau. Le potentiel du Mexique dans du développement durable est énorme. Notre ambassade compte d’ailleurs bien motiver quelques compagnies suisses à participer à la foire «Enviropro» sur les techniques environnementales, du 14 au 16 octobre prochain à Mexico.
Mon souhait est de maintenir voire de développer les activités économiques de notre pays et je suis convaincu que la société occidentale doit investir dans des pays moins développés pour que les populations puissent améliorer leur vie quotidienne. Mais pour espérer des effets sur le niveau de vie moyen et une meilleure répartition des richesses, l’industrialisation doit veiller au climat et la démocratie doit bien fonctionner.
Les PME ont leur carte à jouer dans cette évolution positive, j’en suis convaincu. Les démarches administratives peuvent parfois être lentes et procédurières, entachées d'une certaine dose de corruption et les produits, issus de la contrefaçon, sont nombreux au Mexique. Pourtant, les entreprises qui ont fait le pas sont satisfaites de leur présence et de leurs résultats dans ce pays économiquement stable.
Les retours sur investissements avec des partenaires locaux sont forts et rapides, pour peu qu'on fasse l'effort de bien comprendre les règles de fonctionnement de cet Etat. Car le potentiel du marché intérieur mexicain est considérable lorsque l’on sait que sur 108 millions d’habitants, 20 à 30 millions consommateurs jouissent d'un niveau de vie «occidental».
Mesdames et Messieurs,
Comme toujours, je me laisse emporter par mon enthousiasme d’entrepreneur. Les perspectives de ce pays m’étourdissent au point d’en oublier mon rôle de premier citoyen de la Confédération et le second but de ma visite. En effet, en plus d’encourager votre association à devenir une Chambre de commerce digne de ce nom, je souhaite tisser des liens entre les institutions parlementaires de nos deux pays.
Cette année, les Chambres fédérales ont placé à leur tête un paysan-vigneron du bord du Léman. Mes ancêtres s’y sont établis il y a plusieurs siècles. Les 5000 habitants sont fiers du caractère viticole du bourg de Saint-Prex, marqué par le cépage «chasselas». Cette petite ville m’a vu naître et grandir et je lui ai consacré en retour mes plus belles années comme municipal puis comme syndic. Bourgeois d’honneur de Saint-Prex et producteur terrien, je voue une admiration sans borne à ceux qui comme vous ont franchi l’océan pour tenter leur chance aux Amériques.
Les tous premiers migrants helvétiques y cherchaient meilleure fortune, quand certaines régions peinaient encore chez nous à nourrir leurs enfants. Les suivants, sans doute à l’étroit entre le Jura et les Alpes, ont été tentés par ce pays et séduits par ses perspectives de développement.
Je suis impressionné comme vous par la mutation politique du Mexique, gage d’une croissance plus forte et durable. Les partis luttent aujourd’hui pour se profiler et pour clarifier leur identité auprès de leur électorat et l’expérience des coalitions leur manque encore. On ne s’étonnera donc pas que Vicente Fox, le premier président mexicain de l’histoire qui n’appartenait pas au parti révolutionnaire institutionnel (PRI), ne soit pas parvenu à faire passer des réformes. D’autant que le mandat présidentiel non renouvelable est limité à six ans. L’actuel président Felipe Calderon a une première réforme fiscale à son actif, qui devrait assurer des recettes supplémentaires à l’Etat. Mais d’autres réformes doivent suivre pour assurer la formation et la sécurité sociale des forces de travail et pour lutter contre la corruption et la criminalité. Le législatif et l’exécutif doivent dialoguer et les élus soutenir la politique gouvernementale pour améliorer les conditions cadre de l’économie.
Les acteurs de la politique mexicaine sont tous d’accord: le Mexique a besoin d’une nouvelle constitution et les principaux partis du pays doivent d’urgence s’entendre pour lancer ce projet. Si le Mexique parvient à tordre le cou au tabou de la réélection des élus, alors la continuité des actions parlementaires pourra être garantie, d’une législature à l’autre. Et les grands projets de la société mexicaine pourront enfin entrer dans une phase concrète.
Je ne résiste pas à vous donner l’exemple du libéral genevois Jacques-Simon Eggly, qui a mis fin, en décembre dernier, à un quart de siècle - oui 25 ans, vous avez bien entendu - d’activité parlementaire.
Le Parlement helvétique est lui aussi constamment à la recherche de solutions pragmatiques, capables de réunir des majorités. Même si elles apparaissent parfois contre nature en unissant la droite et la gauche de l’échiquier politique, ces alliances sont la marque de fabrique de la politique suisse. Je serais heureux que le Conseil national helvétique et la Chambre des députés du Mexique puissent échanger leurs expériences respectives. Et je dois vous avouer que mon voyage serait réussi au-delà de toute espérance s’il posait un premier jalon vers des relations institutionnalisées entre nos deux Chambres du peuple.
Je vous remercie de votre attention.