Le mur de Berlin tombe le 9 novembre 1989. Le Parlement fédéral ne manque pas de se faire l’écho de ce bouleversement, mais aussi des votations qui ont précédé l’ouverture de la session d’hiver. Celles-ci esquissent déjà les réalités géopolitiques à venir. 

​En ouverture des sessions de printemps, d’été, d’automne ou d’hiver, les présidents des Chambres fédérales reviennent souvent sur quelque événement saillant de l’actualité. Et les événements ne manquent pas, en ce mois de novembre 1989. Le monde est ébranlé par la chute du mur de Berlin et la Suisse vit, à sa mesure, un petit séisme lorsqu’un tiers de la population vote en faveur de la disparition de son armée.

Ensemble en Pologne

Les deux présidents se rendent en Pologne quelques jours après la jonction entre Berlin-Est et Berlin-Ouest, dans la semaine du 20 novembre, pour marquer leur soutien aux mouvements de réformes en Europe orientale. Ils en reviennent convaincus que la Suisse doit coopérer au redressement économique des pays de l’ancien bloc soviétique, afin «d'accélérer le déclin du totalitarisme et l'instauration d'une économie de marché», disent-ils à leur conseil respectif.

«La loi est alors inutile»

C’est dans cet état d’esprit que le président du Conseil des Etats Hubert Reymond (PLD/VD) raconte devant le plénum son réveil au matin du 10 novembre: «Ce jour-là, en écoutant l'excellent reportage de la radio romande à sept heures du matin, des larmes ont coulé de mes yeux. C'est que je me trouvais à Berlin en séjour linguistique le 13 août 1961 lorsque le mur commença à être édifié.»
Il en profite pour donner sa vision de la liberté: «[…] Les conservateurs, à l'Est comme à l'Ouest, sont toujours ceux qui veulent des textes de loi, des ordonnances, des arrêtés, alors que les progressistes […] croient à l'épanouissement de l'homme dans un régime de liberté, où la responsabilité assumée par chacun prend tout son sens. La loi est alors inutile parce que le consensus du devoir à faire est partagé.»

Hubert Reymond en est convaincu: si un tiers de la population a voté en faveur d’une Suisse sans armée – un tremblement de terre pour la Suisse de l’époque! –, c’est que «Le devoir, l'esprit de milice a fait place à un individualisme où l'on ne s'identifie plus à la communauté nationale». Il met en garde ses collègues et la population suisse: «La richesse et l'absence de consensus national sur différents sujets autrefois indiscutés peuvent conduire nos pays occidentaux à légiférer encore plus, donc à devenir des régimes qui ressembleront davantage, à long terme, à ceux que veulent quitter et que croient trouver chez nous les révolutionnaires en marche de l'Est européen.»

Vivre avec son temps

Le président du Conseil national Joseph Iten (PDC/NW) se montre plus pragmatique : il souligne que le vote d’un tiers de la population mérite réflexion. Selon lui, «auch die Armee muss sich mit ihrer Zeit entwickeln.»
L’autre sujet des votations du 26 novembre 1989 est l’initiative «pro vitesse 130/100», qui veut inscrire dans la Constitution fédérale la limitation de la vitesse à 130 km par heure sur les autoroutes et à 100 km hors des localités. La population la refuse avec une forte majorité. Elle suit le Conseil fédéral et le Parlement, selon lesquels les modifications de la vitesse sur le réseau routier doivent pouvoir être adaptées «avec rapidité et souplesse en fonction de la situation», entre autres pour des raisons de protection de la nature.

La chute du mur marque la fin d’un monde. Et les votations qui le suivent préfigurent celui à venir. Un monde où on ne parle plus d’invasion, mais de terrorisme. Un monde où la Suisse se perçoit comme intégrée dans un système de défense supranationale. Un monde où l’environnement, comme thématique politique, déjà pointe le bout de son nez.

L’ouverture de la séance du Conseil des Etats (PDF)

L’ouverture de la séance du Conseil national (PDF)