Le texte oral fait foi
Madame la Présidente,
Monsieur le Directeur,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
C’est un grand plaisir pour moi de m’adresser à vous lors de cette soirée d’ouverture de la 23e édition du Festival international du film de Fribourg. Un plaisir mais aussi un redoutable privilège! Parce que les mots semblent souvent bien faibles face à la puissance d’évocation et à la force des images qui vont déferler dès ce soir sur Fribourg sur toute la Suisse.
Permettez-moi de vous apporter les salutations de la Confédération et du Parlement fédéral. Avec une mention toute particulière aux réalisateurs et professionnels de l’art cinématographique des autres continents. C’est grâce à vous toutes et tous que Fribourg se hisse au rang de capitale du cinéma le temps du festival. Et je souhaite bien sûr adresser un mot tout particulier à l’égard de l’équipe du film argentin «Léonora», que nous allons voir ce soir.
Es un gran placer para mi poder saludar aquí a todo el equipo de producción, el realizador y los actores de la película «Leonera».
Estimadas Señoras, estimados Señores, bienvenidos. Es un gran honor contar con su presencia. Les deseo que disfruten de una linda estancia aquí en Friburgo, en el festival cinematográfico de nuestra ciudad.
Como algunos de Ustedes sabrán, varios lazos unen Argentina con Friburgo. En momentos significantes de nuestra historia, muchos emigrantes dejaron Friburgo huyendo de la pobreza, en busca de un nuevo mundo y de una vida mejor se dirigieron a Argentina.
Nos unen antepasados comunes y tal vez incluso lazos familiares, unos lazos que nos recuerdan, que a veces vivimos realidades distintas pero en un mismo mundo, que nos recuerdan, que de alguna manera, la humanidad tiene un destino común.
Ustedes traducen esos lazos y relaciones entre nuestras culturas en imagen y sonido y las comparten, mostrándolas en los cines. Estoy muy feliz de tenerles hoy aquí con nosotros, muchísimas gracias.
Par une heureuse coïncidence, nous fêterons le 20 mars prochain le premier anniversaire de l’approbation par le Parlement de la convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Je suis heureux de pouvoir souligner ce soir le rôle éminent du Festival de Fribourg dans la promotion de cette diversité et de l’encourager dans la poursuite de cette mission.
En ces temps où les certitudes sont ébranlées, je me demande s’il ne faudrait pas avertir la foule qui va se précipiter dans les salles obscures de Fribourg pendant une semaine de ce qui l’attend. Peut-être devrait-on inscrire une mention au bas des affiches: «Attention: certitudes en danger » ou bien: «Péril sur les idées reçues».
Albert Einstein affirmait qu’il fallait encore plus d’énergie pour venir à bout d’un préjugé que pour briser le noyau d’un atome. Et bien, le FIFF n’a pas son égal pour pulvériser nos certitudes.
Je suis certain que personne ici ne sortira tout à fait indemne de la projection à laquelle nous allons assister tout à l’heure. «Leonera» constitue un bon échantillon des chocs salutaires que nous promet le cru du FIFF 2009.
Je vous laisse la surprise de l’intrigue mais je ne peux cacher mon admiration devant le talent du réalisateur Pablo Trapero, qui parvient à nous faire entrer au cœur des clivages de la société argentine en nous montrant une prison de femmes.
Ses personnages nous parlent de violence et de solidarité féminines, de trahison et de lâcheté masculines. Ils nous disent comment la naissance d’un enfant fait d’une jeune femme à la dérive une battante. Leur histoire se passe sur un autre continent et nous vibrons à leurs heurs et malheurs.
Car regarder un film, c’est davantage qu’admirer la projection d’images sur un écran. Regarder un film, c’est participer à une autre réalité, à sortir de soi, comme entraîné par un ressort autonome. Regarder un film nous permet de rompre les amarres avec notre quotidien et de prendre part à une autre aventure humaine, de partir à la rencontre d’autres gens, d’autres lieux, d’autres contextes. Regarder un film, c’est aussi progresser et refuser l’inertie. En passant de l’autre côté de l’écran, on mesure sa propre situation.
Un film n’est donc pas fait seulement pour être projeté, mais aussi pour nous permettre de nous projeter ailleurs, autrement, dans la réalité d’autrui. La projection cinématographique entraîne notre propre projection et nous interroge sur notre propre identité.
Lorsque l’on sait que la Suisse est pays de migration, le festival est pour notre pays une chance, capable de nous faire entendre les pulsations de la planète. Le FIFF et ce n’est pas son moindre mérite nous aide à surmonter notre peur de l’autre pour la remplacer par la compréhension et le respect.
Le FIFF n’a pas son pareil pour montrer des réalités à la fois indicibles et inconnues. Il magnifie le sens de la vue et parvient à faire se rejoindre le monde visible et celui des idées.
Le festival de Fribourg privilégie un art cinématographique au service de la compréhension du monde. Si chaque projection ou presque peut susciter le débat, le FIFF nous montre avant tout des œuvres d’art où les images se confondent avec les choses, les sentiments, les êtres et les situations qu’elles veulent représenter.
Le Festival de Fribourg a tous les éléments pour justifier sa place dans les grands festivals:
- Un public fidèle,
- des projections au minimum bilingues – tous les films en compétition sont traduits –, sans compter les langues originales,
- C’est un partenaire incontournable de la Confédération dans la promotion de la diversité culturelle,
- c’est un acteur qui a de l’ambition, l’ambition par exemple d’enrichir et d’élargir l’offre cinématographique sur les écrans suisses et l’ambition de toujours évoluer.
Comme président du Conseil des Etats, je ne vous cache pas le plaisir et une certaine fierté aussi de compter à Fribourg, dans une offre culturelle riche et diversifiée, un festival de cinéma au rayonnement national et international.
Je rêve qu’il récolte un jour l’écho qui lui revient non seulement en Suisse alémanique mais aussi à l’étranger. Et j’imagine déjà notre quotidien fribourgeois «La Liberté» présentant la cérémonie d’ouverture dans ses pages internationales.
Mais maintenant, assez parlé… Place au cinéma, avec Julie, Martha, Thomas et les autres…
Je déclare ouvert le 23è Festival international de Films de Fribourg.