Les paroles prononcées font foi.

Mesdames et Messieurs les Représentants des autorités françaises,
Monsieur le Conseiller fédéral,
Monsieur le Président de Pro Helvetia,
Messieurs les Co-Directeurs,
Mesdames et Messieurs les Membres du corps diplomatique,
Mesdames et Messieurs les Artistes,

Mesdames et Messieurs les Invités,

C’est un très grand honneur pour moi de m’exprimer ici dans ce Centre culturel suisse si célèbre pour son originalité et son impertinence. Je viens vous apporter les salutations du Parlement fédéral, qui peut être fier du rayonnement international de votre institution.

Depuis trente ans, la Suisse attend son reflet dans la vitrine parisienne de la rue des Francs-Bourgeois avec un mélange d’impatience et d’inquiétude. Car ce centre a aussi pour vocation de bousculer les habitudes. Les grandes figures de la création helvétique – Nicolas Bouvier, Robert Frank, Christoph Marthaler ou encore Ursula Meier pour n’en citer que quelques-uns –, ces grandes figures hébergées à l’Hôtel Poussepin, ont toujours interpellé, souvent ravi, et parfois heurté l’opinion publique, comme lors de l’installation iconoclaste de Thomas Hirschhorn intitulée "Swiss Democracy". Le Parlement n’avait cette année-là pas eu à chercher plus loin un prétexte pour rogner le budget de Pro Helvetia…

Depuis trois décennies, le Centre culturel de Paris anime les discussions et échauffent les esprits au sein de la paisible Helvétie. Certains imagineraient bien cantonner la culture suisse au cor des alpes et à Heidi. Pour ma part, j’attends que de foisonnants imaginaires nous poussent à nous interroger sur nous-même. La culture alimente le perpétuel mouvement qui soutient le processus démocratique. En toute indépendance. Même si on aimerait bien – et certains plus souvent que d’autres – avoir son mot à dire dans l’expression culturelle qui donne un visage à la Suisse à l’extérieur de nos frontières.

Mesdames et Messieurs,

Le centre culturel nous montre aussi à quel point les frontières sont ténues et avec quelle passion les personnalités étrangères peuvent faire grandir leur pays d’accueil. Cela est valable pour la culture, mais aussi pour de nombreux autres domaines. On ne peut imaginer l’horlogerie suisse sans l’esprit novateur du Libanais Nicolas Hayek ni l’industrie du luxe française sans le génie de Pierre Cardin.

Savez-vous pourquoi la Confédération a ouvert son premier centre culturel hors sol à Paris? En premier lieu parce que nos deux pays ont le français en partage et que c’est évidemment la plus belle langue du monde.

La France est l’amie de toujours et, ensemble, nous excellons à déborder la sphère économique et financière pour atteindre les hauteurs de la recherche et de l’innovation, de l’art et de la culture. Et puis Paris est le carrefour culturel du monde entier.

A deux heures de TGV de Paris, le Jura, mon canton, qui jouxte la Franche-Comté, s’est bâti sur la conviction que «la culture rend libre». Véritable prouesse démocratique, la création du 23ème canton suisse est en partie attribuable à ses artistes. Vous connaissez sans doute Bernard Comment et Alexandre Voisard, nos deux écrivains-phares, vivant sur territoire français? Ou encore Rémy Zaugg à qui une exposition vient d’être consacrée ici. Ces artistes au cœur de la société, insufflent la force et le courage de s’ouvrir et de repousser les limites. Les jurassiens leur doivent énormément.

A l’heure où des centaines de milliers d’exilés fuient la guerre et l’oppression autour de la Méditerranée, les artistes doivent nous rappeler à notre humanité.  N’oublions jamais tous les réfugiés qui sont venus contribuer au rayonnement culturel de la France et de la Suisse, à l’instar de l’écrivaine hongroise Agota Kristoff, qui a vécu à Neuchâtel ou de l’écrivain tchèque parisien Milan Kundera. Le partage de la culture transcende les frontières et le Centre culturel suisse doit rester un lieu d’expression et de liberté au service de la Suisse et du monde.
Dans le village mondial, les frontières ne sont pas seulement là pour définir les souverainetés et les identités. Elles sont aussi des passerelles pour partager la prospérité et mettre en valeur le potentiel de toutes les régions. Partout, la culture vitalise les sociétés en forgeant l’esprit critique; partout, la culture symbolise le respect de l’humain, le respect de la création et de la pensée.