Monsieur le Président du Rada de la République d'Ukraine,
Madame la Présidente du Conseil des Etats,
Mesdames et Messieurs les parlementaires suisses et ukrainiens,
Monsieur l'Ambassadeur,
Mesdames et Messieurs,

La visite que vous faites au Parlement suisse revêt une éminente signification. Tout d'abord, c'est la première fois que le Président du Parlement de l'Etat indépendant d'Ukraine se rend à Berne au Palais fédéral pour des entretiens avec des collègues suisses. Soyez donc très cordialement bienvenus.

Ensuite, cette visite favorise un fructueux échange d'informations et d'expériences et ceux qui sont dans des conditions politiques et sociales différentes, sont l'expression de la volonté du peuple.

En moins de deux ans, notre Parlement a déjà reçu à trois reprises des visiteurs ukrainiens.

En février 1980, mon prédécesseur, M. Ulrich Bremi, a accueilli à Zurich celui qui était alors le président de la République socialiste soviétique d'Ukraine, M. Leonid Kravtchouck. Dans ses propos, on avait déjà senti l'expression d'une volonté ukrainienne propre et l'aspiration à l'autonomie qui s'est manifestée, d'une façon si éclatante,  lors du référendum sur l'indépendance du 1er décembre.

Depuis deux ans, l'Ukraine s'est engagée sur la voie de profondes réformes politiques et économiques et sociales. Le vent de la démocratie et la nécessité d'introduire l'économie de marché se sont manifestés chez vous comme chez vos voisins. Nous savons que toutes ces réformes s'accomplissent dans des conditions difficiles et mettent à rude épreuve la population de votre pays. Mais nous sentons aussi l'espoir qui habite ses habitants.

En effet, l'Ukraine apparaît aujourd'hui comme une grande puissance de plus de 50 millions d'habitants qui est appelée à jouer un rôle considérable dans la nouvelle architecture européenne. Les 70 ans d'appartenance à l'Union soviétique apparaisse comme une longue parenthèse qui ont occulté l'identité propre de l'Ukraine. Les événements des derniers mois permettent à l'Ukraine de retrouver son passé glorieux, sa culture, sa littérature illustrée par le poète Schwetchensko, le philosophe Skoworoda et l'écrivain Ivan Franko, sa langue. La bannière or et azur (jaune et bleu)  flotte à nouveau sur un pays immense, 15 fois plus vaste que la Suisse.

Chacun sent bien que les potentialités économiques de l'Ukraine sont immenses: Charbon, pétrole, gaz, chrome, bauxite, nickel, phosphore,  ressources minérales demandent à être exploités, transformés et exportés. A l'époque de l'URSS, l'Ukraine produisait le quart de besoins alimentaires de toute la fédération. C'est dire l'importance du secteur agricole. L'élevage joue aussi un rôle important. Puissent donc les relations économiques s'intensifier entre les deux pays qui ont tout intérêt au développement de leurs échanges.

Même si notre rencontre est un moment heureux dans l'histoire de nos relations parlementaires, comment ne pas évoquer le drame profond vécu par le peuple ukrainien en avril 1986 à la suite de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl qui a fait des victimes directes et indirectes en grand nombre et qui a contaminé de vastes surfaces ? Je crois pouvoir dire que notre peuple a été sensible à la détresse de l'Ukraine et a contribué à en atténuer les conséquences.

Au moment où l'Union soviétique disparaissait pour faire place à la Communauté des Etats indépendants, les pays d'Europe occidentale étaient en train de consolider leur union ou de définir avec la Communauté des liens nouveaux. C'est la grande tâche à laquelle notre Parlement s'est adonné au cours des dernières semaines.  Le 6 décembre, le peuple et les cantons suisses diront par référendum ce qu'ils pensent de l'Espace économique européen.

Nous devons avouer nos préoccupations sur l'évolution à l'Est. Le communisme fait place parfois à des résurgences et des excès de nationalisme. Le drame yougoslave, la situation au Caucase ou en Moldavie sont des motifs d'inquiétude pour tous les pays européens. Puisse l'Ukraine être épargnée par ce fléau. Puisse le caractère ukrainien de la Crimée être confirmé. Puissent les relations entre les Etats de la CEI se fonder sur des bases stables. Puisse l'Ukraine prendre sa juste place dans les institutions européennes et mondiales, gouvernementales mais aussi parlementaires. Tels sont les voeux de la Suisse.

Je lève mon verre à  votre santé, cher Président Pliusch, aux députés du Rada, aux personnalités qui vous accompagnent et qui font tant pour le développement de l'amitié entre l'Ukraine et la Suisse, M. Kurt Bolliger, président de la Fondation Karl Popper et M. Havrilyshyn, à la santé du président Kravtchouck et  à l'amitié entre les peuples de l'Ukraine et de la Suisse.