Monsieur le Président,
Monsieur l’Ambassadeur,
Chers collègues luxembourgeois et suisses,
Mesdames et Messieurs,

C’est avec une grande joie que nous vous accueillons en Suisse pour une brève visite qui nous permet de resserrer des liens d’amitié avec un pays pour lequel nous éprouvons une profonde sympathie.

Au moment où le Grand-Duché assume la présidence de l’Union européenne, nous voulons dire notre admiration pour le Luxembourg, qui ravagé par la guerre, a su prendre très tôt part à la grande oeuvre de construction de l’Europe. Le Luxembourg nous montre quelle peut être l’influence d’un petit pays. Par deux fois, d’éminents hommes d’Etat luxembourgeois ont présidé la Commission européenne. M. Gaston Thorn, puis aujourd’hui M. Jacques Santer. Le Luxembourg, avec ses 400 000 âmes, préside aux destinés d’une Communauté de 370 millions d’habitants. Je me permets de rappeler un souvenir personnel: M. Thorn était venu en tant qu’expert devant la commission sur la loi radio-TV nous dire comment le Luxembourg avait réussi à être un grand pays sur le plan médiatique, nous sommes heureux de n’avoir pas à appliquer ses recettes chez nous !

Avant ces personnalités contemporaines, il faut évoquer le maître des forges luxembourgeoises, Emile Mayrisch, qui fut un précurseur de la Communauté charbon-acier. Il faut aussi rappeler le rôle de l’ancien premier ministre Joseph Bech, l’un des pères fondateurs de l’Europe, qui a toujours veillé à ce que l’identité des nations soit respectée. La génération suivante a donné à l’Europe un Pierre Werner qui fut l’auteur du premier plan de la monnaie unique que vous utiliserez d’ici quatre ans.

La force d’un pays ne se mesure pas au nombre de ses kilomètres carrés ni à celui de ses habitants, parfois à son PNB, mais bien davantage à l’engagement de ses citoyens pour un idéal. Le Luxembourg, au coeur de l’UE, se doit de déployer un effort d’autant plus grand d‘enracinement, de prise de conscience et d’affirmation de son identité et de développement de ses diversités que la géographie, l’histoire, l’économie et les progrès de la technologie et de l’intégration européenne l’ouvrent au rayonnement de ses grands voisins. Cette détermination à sauvegarder son identité et ses diversités et, en même temps, à aller à la rencontre de ses voisins, à coopérer et à devenir des partenaires avec ceux, à créer un ensemble de stabilité de culture vivante, de solidarité et de convivialité est exemplaire et la Suisse pourrait utilement s’en inspirer.

La devise du Luxembourg est « Nous voulons rester ce que nous sommes » (Mir wölle bleiwe wat mir sin). Cette devise, nous pourrions aussi l’adopter. De la même façon, notre devise « Un pour tous, tous pour un » pourrait être celle de l’Union européenne...

Son histoire tragique a conduit le Luxembourg à accélérer le rythme de sa participation à la construction politique du continent alors que notre propre histoire exerçait un frein au rapprochement de la Suisse et de l’Europe. Je ne doute pas que le jour viendra où nous nous rencontrerons aussi au Parlement européen et que nous ferons partie de cette grande famille des peuples d’Europe.

Après l’échec de l’EEE de 1992, la Suisse tente d’achever les négociations bilatérales avec l’Union européenne. Nous espérons l’issue proche et nous remercions le Gouvernement de votre pays de l’aide qu’il a apportée à la Suisse spécialement pendant ses six mois de présidence. La question des transports donne encore lieu à des difficultés. Vous me permettrez, en tant que syndicaliste et de président de la Fédération suisse des cheminots, d’espérer qu’une solution favorisant l’environnement sera retenue, une solution qui favorise l’usage du rail par les transporteurs pour le plus grand bienfait des populations des régions traversées.

Nos deux pays ont bien des points communs. Comme la Suisse, le Luxembourg est une terre de contact des civilisations française et allemande. Le « Lëtzebuergesch » comme le « Schwyzerdütsch » est la langue de gens qui entendent marquer leur identité. Nous rivalisons pour le nombre de banques, il y en a 222 au Luxembourg contre 3666 en Suisse, dont cinq qui donnent sur la place fédérale. Nous regardons les étranges lucarnes de R.T.L. autant que celles de la DRS. Dernier lien plus romantique, votre grand-duc héritier a trouvé en Suisse sa compagne pour la vie en la personne de Maria-Teresa Mestre alors qu’il fréquentait l’Université de Genève et le conte de fées dure depuis 17 ans !

Monsieur le Président,

Je lève mon verre en l’honneur de la délégation de la Chambre des Députés du Luxembourg, de son président M. Jean Spautz et je porte un toast à l’amitié entre nos deux pays.