Madame la Conseillère d’Etat, chef du Département de l’agriculture, de l’industrie et du commerce, 1
Monsieur le Président de la Communauté des Vins Vaudois, 2
Monsieur le Vice-Directeur de l’Office fédéral de l’agriculture, 3
Monsieur le Directeur de l’Office des vins vaudois, 4
Mes chers collègues parlementaires, 5
Aiglons et Aiglonnes,
Mesdames et Messieurs,

Le Parlement rend visite pour la 6e fois depuis 1985 au Pays de Vaud. Nous étions déjà venus à Aigle il y a dix ans. Epesses, Perroy, le Vully et Féchy avaient été nos précédentes destinations. C’est avec un immense plaisir que nous avons accepté votre sympathique invitation qui permet à l’Assemblée fédérale de renouer avec une tradition vaudoise qui date de 1910, celle du baptême de la récolte.

1997 méritait un déplacement en terre vaudoise puisque cette année viticole exceptionnelle marque tout à la fois l’élection de Mme Jacqueline Maurer qui reprend le sceptre de ministre de la viticulture des mains de notre cher collègue Jacques Martin, l’entrée de son lointain et illustre prédécesseur Jean-Pascal Delamuraz dans ce panthéon moderne qu’est le Petit Larousse et l’apparition du grand Ramuz sur le billet de 200 francs à l’occasion du 50e anniversaire de sa mort.

Nous sommes venus pour témoigner de notre amitié pour les viticulteurs et de notre intérêt pour leurs problèmes.

Aigle est pour toute la Suisse un endroit exceptionnel qui lui a donné une dimension nouvelle. C’est en effet grâce à la colonisation bernoise, que cette belle région du Chablais devint la première terre latine de la Confédération des VIII cantons. En 1476, Leurs Excellences, qui lorgnaient depuis longtemps un débouché sur la plaine du Rhône, conquirent les quatre mandements d’Aigle et y établirent un gouverneur. Leurs noms étaient prestigieux et fleuraient bon le patricien bernois: les de Diesbach, de Haller, de Bonstetten, d’Erlach, de Tscharner entre autres. Un Matthey quelque peu prolétarien s’est glissé parmi eux en 1725 ! En tout, 66 baillis se succédèrent ici au Château jusqu’en 1798, date de la révolution vaudoise.

Certains de mes compatriotes valaisans trouvent surprenant de me voir ici alors que la vendange bat son plein dans mon canton. Je leur ai expliqué que le président du Conseil des Etats, membre de la Confrérie du Guillon, n’était plus le président du Grand Conseil et que je trouvais naturel de conduire la délégation de notre parlement fédéral au Château d’Aigle, dans cette marée de ceps qui fait provision partout de soleil vivifiant. A l’heure de la fusion avec l’hôpital de Monthey, Aigle, c’est presque un peu le Valais - rassurez-vous je n’ai pas de prétentions territoriales -. Un colonel auquel je demandais ce qu’il comptait faire pour le maintien de l’emploi en Valais m’a répondu: « Je fais beaucoup, voyez le mesures pour l’Arsenal d’Aigle ». C’est la ville natale de Gabrielle Nanchen, première femme valaisanne aux Chambres mais c’est aussi Aigle qui a donné à la Suisse les colonels Veillon et de Loës, « de bons enfants nés au pays du vin » pour parler comme Emile Gardaz.

Quel site extraordinairement beau que ce Château d’Aigle. Il lui manque sa 5e tour mais il abrite le Musée vaudois de la vigne et du vin somptueusement rénové pour constituer un ensemble devenu la Citadelle de la vigne et du vin. Merci à l’Association pour la restauration du château. incarnée par le docteur Paul Anex, de nous permettre de la découvrir.

De Genève à Brigerbad, c’est un cordon précieux de vignobles vert-doré qui s’étire en une sinusoïde harmonieuse. Je veux donc penser à tous les vignerons rhodaniens qui grâce à leur solidarité, leur esprit de collaboration, leur courage, leurs connaissance professionnelles ont surmonté tant d’obstacles et produisent des vins de la qualité que nous leur connaissons. Dans son dernier numéro , un hebdomadaire relevait l’émergence d’une nouvelle génération de vignerons, qui acclimate les cépages inédits, explore les modes de vinification, pousse jusqu’à l’orfèvrerie le travail en cave. Le monde change et le monde viticole aussi. Nous nous réjouissons de ce contact avec les vignerons de nos 26 appellations contrôlées.

La défense de la viticulture vaudoise a conduit sur les travées des Chambres fédérales un nombre élevé de collègues qui ont tous ont été conviviaux. Badoux à Aigle, celui du Clos des Murailles, la bouteille avec le lézard que vous buvez, chers collègues, dans les wagons-restaurants, Chaudet à Rivaz, Dubois à Chexbres, Massy à Epesses, Cossy à Saint-Saphorin, Perey à Vuffflens.

Le vignoble suisse - il faut le rappeler - a l’importance de celui du Beaujolais. 19 cantons sont peu ou prou viticoles. Le vignoble valaisan occupe le premier rang suivi du vignoble vaudois. permettez-moi ce petit cocorico. Les réserves sont abondantes, il y en a, paraît-il, pour 15 ou 18 mois. On critique souvent les prix de nos bouteilles. Mais se souvient-on que nos exploitations sont minuscules, situées sur des terrains parfois impossibles, peu mécanisées et nécessitant beaucoup de travail. Nous buvons dans ce pays 300 millions de litres par an mais seulement 40 % de vins suisses. N’oublions pas de donner notre préférence à nos vins indigènes et essayons de concourir à leur promotion à l’étranger. Ils le méritent.

La vigne est présente dans tous les temps de l’histoire. Elle est encore droite et joyeuse, à côté des ruines romaines et elle se souvient que les gens de Rome l’ont importée, voilà 2000 ans. Elle entoure nos beaux châteaux comme celui d’Aigle. De tout temps, le vignoble vaudois a été une terre d’amitié. On y a le sens de l’accueil et de l’hospitalité. Nous en avons la preuve aujourd’hui.

Si j’en crois, le « Guide du vignoble vaudois », les vins d’Aigle sont élégants et délicats, il sont du type fruité-floral, imprégnés par un terroir argilo-graveleux. Leurs arômes s’expriment en douceur et leur parfum avec raffinement. Ils évoquent à la fois les fruits à pépins, la pierre brûlée. Lorsqu’ils prennent de la maturité, une senteur de caramel domine fréquemment le bouquet.

« Le bon vin réjouit le coeur de l’homme », lit-on dans l’Ecclésiaste. Vous le voyez un démocrate-chrétien trouve facilement les bonnes références.

Mesdames et Messieurs,

Les problèmes financiers sont vieux comme le monde. La question No 1 de la politique actuelle est le grave déséquilibre des finances fédérales et communales. Comme disait l’humoriste, il faut davantage demander à l’impôt et moins au contribuable, cela est particulièrement vrai en période de disette financière.

Vauban le constatait en 1707: « La dîme royale délivrerait le peuple tout d'un coup de toutes les vexations et avanies des collecteurs, des receveurs des tailles et de leurs suppôts ». Comme il était progressiste, il avait prévu que cet impôt général aurait un taux variant du vingtième au dixième des ressources. Les collecteurs d’impôt s’insurgèrent contre ce projet. Louis XIV fit interdire son livre et le pauvre Vauban mourut quelques jours après. Je ne souhaite pas ce sort à nos ministres des finances dont la tâche est particulièrement ardue et l’imagination mise à forte contribution. Une dîme même royale n’y suffirait plus. Aujourd’hui, pour équilibrer les finances publiques, il faudrait au moins trois dîmes, une dîme communale, une dîme cantonale et une dîme fédérale.

A deux pas de la Maison de la Dîme, j’ai en cet instant le plaisir de baptiser avec Mme Jacqueline Maurer la récolte 1997 des vins vaudois qui s’annonce exceptionnelle du nom de Dîme et que, comme disait Baudelaire, « l’âme du vin chante maintenant dans les bouteilles ».

1. Mme Jacqueline Maurer

2. M. Claude Vaucher

3. M. Jacques Morel

4. M. René C. Bernard

5. MM. Bisig, Cottier, Loretan, Martin, Paupe, Rochat, Schallberger, Wicky CE, MM. Aregger Bonny, Carobbio, Eberhard, Fischer Theo, Hess Peter, Leuba, Nebiker, Schlüer, Simon, Steffen, Theiler CN