Monsieur le Président,

Tout d'abord, je voudrais exprimer ma gratitude au Sénat, à son président, à ses membres, pour son accueil si cordial et pour l'excellent programme préparé pour la contre-visite à celle qu'une délégation française avait effectué chez nous en septembre 1990. La perspective de débattre avec plusieurs présidents de commission et avec d'autres collègues de questions d'intérêt commun, puis d'aller à Poitiers, dans votre département de la Vienne, enfin à Bordeaux où une délégation suisse nous avait précédé il y a 26 ans, nous réjouit tout particulièrement.

La visite que nous faisons au Sénat revêt une éminente signification. Elle nous permet de témoigner à la Chambre haute de la République française le respect que les deux assemblées du Parlement suisse éprouvent à l'égard d'une chambre dont André Siegfried a dit qu'elle était la plus belle du monde.

Ensuite, elle favorise un fructueux échange d'informations et d'expériences entre ceux qui de part et d'autre du Jura sont l'expression de la volonté du peuple.

Les parlementaires suisses auront au cours de leur visite l'occasion d'infirmer ce qu'Edouard Herriot disait du Sénat: "Une assemblée d'hommes à idées fixes heureusement tempérée par une abondante mortalité... L'âge moyen de nos deux assemblées, après leur renouvellement de l'an dernier, est le même à savoir 55 ans. Nous le regrettons pour les chansonniers mais nous ne devrions plus être l'objet de leurs sarcasmes.

Entre le Grand Conseil des communes des France et la Chambre des cantons suisses, il y a quelques analogies. Nos deux chambres ont la prétention justifiée d'être la conscience juridique de leur Parlement respectif et d'être un élément d'équilibre irremplaçable et évitant le risque d'une Chambre omnipotente.

Monsieur le président,

Comme l'a dit si bien le sénateur Marcel Prélot.

"Quand le Sénat est fort, la République est forte, et c'est la leçon de la IIIe République,

Quand le Sénat est faible, la République est fragile et c'est la leçon de la IVe République,

Quand il n'y a plus de Sénat, il n'y a bientôt plus de République et c'est la leçon de la Seconde République."

Parfois, l'idée saugrenue germe ici et là de supprimer ces chambres hautes ou de les transformer profondément. Fort heureusement, ces assauts se sont heurtés au sentiment commun aux Suisses et aux Français qui s'exprime par la volonté d'établir un équilibre réel des institutions par une diversification de l'expression de la souveraineté populaire.

Avec cinq autres Etats, la France a courageusement pris voici bientôt cinquante ans la tête du processus d'unification de l'Europe. Après le rejet de l'Espace économique européen à une faible majorité en décembre 1992 et dans l'impossibilité d'envisager une adhésion à court terme, mon pays est en négociations avec l'Union européenne afin de conclure un accord bilatéral portant sur les principaux domaines qui permettraient d'assurer entre les Quinze et nous-mêmes la liberté circulation des biens, des personnes, des capitaux et des services.

Quoiqu'il advienne des ces négociations, la langue française restera toujours un lien profond entre nos deux pays puisqu'un Suisse sur cinq parle le français, les quatre autres s'efforçant de le parler ou de le comprendre. Certains Suisses ont jugé naturel d'appartenir aux deux pays. Je pense à Rousseau, à Blaise Cendrars, à Le Corbusier, à Arthur Honegger et à Giacometti. Ils appartiennent tous à la culture des deux pays et ils servent la culture européenne.

A tous les points de vue, nos relations sont étroites et anciennes. Ce qui confère à nos rapports leur véritable dimension, c'est l'idée que nous nous faisons de la personne humaine et de sa dignité. Cette idée nous l'avons puisée comme vous Monsieur le Président Monory, aux sources mêmes de l'humanisme et du christianisme que vos convictions expriment si parfaitement.

Je lève mon verre en l'honneur du président du Sénat, à celui de ses membres et au développement harmonieux des relations franco-suisses.

Longue vie au Sénat de la République !

Vive la France !