Monsieur le Président du Conseil national,
Mesdames et Messieurs les anciens présidents des Chambres,
Madame la Chancelière de la Confédération,
Mes chers collègues anciens membres du Conseil national et du Conseil des Etats,

C’est à la présidente du Conseil des États qu’échoit cette année le plaisir d’adresser le message des parlementaires en fonction à nos anciens collègues. C’est également un honneur de pouvoir vous souhaiter une très cordiale bienvenue. Nous aurions aimé nous rencontrer dans un autre climat international que celui que nous connaissons. Tant le président du Conseil national que moi-même avons tenté de faire part des sentiments du peuple suisse en témoignant de notre solidarité avec le peuple américain. Mais la vie continue, même si elle ne laisse pas d’être inquiétante !

Comme vous le savez, nous avons siégé en mars dernier à Lugano au Palais des Congrès. Notre salle de séances, au demeurant fort confortable par rapport à celle du Conseil national était située au premier étage alors que l’autre chambre se trouvait au rez-de-chaussée. Pour une fois nous avons eu réellement le sentiment d'être vraiment „la chambre haute“.

De retour à Berne, nous avons eu le plaisir de découvrir une salle complètement rénovée et resplendissante de beauté. La grande nouveauté est l’inscription de la date 1999 sur l’une des colonnes de la salle du Conseil des Etats en rappel de la constitution nouvelle qui fait suite à celles de 1848 et 1874. Il y a encore une colonne qui ne comporte pas d’inscription. Donc, il y a de la réserve pour un événement historique futur.

Je voudrais vous entretenir d’un aspect nouveau de nos relations internationales. En juin dernier, nous avons pris part à un colloque sur le thème « les Sénats et la représentation des collectivités locales » organisé à Paris par le président Christian Poncelet.

A cette occasion, nous avons constaté que notre Conseil des États était la seule deuxième chambre en Europe à jouir des mêmes compétences que la chambre dite basse. C’est le bicamérisme parfait dont a parlé le professeur Jean-François Aubert.  Le parlement suisse ne peut prendre des décisions qu’avec l’accord des deux chambres (Applaudissements de M. Jakob Schoenenberger). Les membres du Conseil des États votent sans instructions. Les Cantons ne peuvent donc pas obliger leurs députés à s’exprimer dans un sens ou dans l’autre. Notre situation est toute différente de celle d’un membre du Bundesrat allemand qui est ministre d’un Land.

Mon prédécesseur Carlo Schmid a tenté de répondre, lors d’un discours prononcé au Kursaal de Heiden, à la question : «le Conseil des Etats  est-il le frein de la Nation ? » Son propos a été trop subtil pour être résumé ici mais je ne trahis pas sa pensée lorsque je dis que le char de l’Etat doit être équipé d’un frein s’il ne veut pas s’emballer ! Parfois, il est vrai, nous jouons ce rôle de frein.

On m’a demandé à Paris de définir le rôle futur du Conseil des États ? Je pense que nous devons continuer à faire valoir les aspects locaux et régionaux dans la politique nationale et internationale et que notre devoir est d’expliquer les contraintes générales aux électeurs de nos cantons. Ceci est spécialement important en Suisse, pays qui connaît des droits populaires étendus.

En outre, le Conseil des États est considéré comme une Chambre de réflexion. Ainsi il continuera à veiller à la qualité de la législation et à la stabilité du droit. Comme Jefferson le disait avec humour : le thé est moins chaud quand on le verse dans une deuxième tasse avant de le boire !

(Hilarité)

Quant à l’avenir du Parlement dans son ensemble, force est de constater que nous sommes confrontés à l’accroissement du ouvoir de l’exécutif  (gouvernement et administration)  et à la perte de pouvoir due aux phénomènes de l’internationalisation et à la globalisation. Comme dans tous les pays du monde,  le Parlement suisse s’efforce de « délibérer avec dignité, d’élaborer de bonnes lois et de dégager des choix politiques » pour reprendre l’admirable formule de De Gaulle sur le travail législatif. Mais il le fait à sa façon, avec un système qui lui est propre ais qui, s’il veut subsister, doit être adapté aux temps nouveaux. Ce fut le travail d‘une commission parlementaire qui propose des réformes jugées nécessaires et qui seront discutées le 2 octobre prochain au Conseil national.

Cette année présidentielle est pour moi l’occasion de contacts bénéfiques et chaleureux. Celui de ce jour me fait tout particulièrement plaisir et je vous remercie de le partager avec moi.