J'apporte les félicitations du Parlement fédéral à notre très présidentiel Président de la Confédération pour 2003. Un Valaisan président, cela n'est pas arrivé souvent (2 fois avec Roger Bonvin en 1967 et 1973 car Joseph Escher, mort terrassé par une crise cardiaque en décembre 1954, ne fut jamais président). Mais un Octodurien président, cela ne s'était tout simplement jamais vu ! De tout cœur, bravo Pascal ! Une présidence impériale - selon l'avis d'un observateur avisé - va commencer le 1er janvier 2003, et la marche triomphale de ce soir dans Martigny en liesse en est le prélude.

Depuis cinq ans, Pascal Couchepin a empoigné tous les problèmes du département de l'économie - qui n'est plus publique - avec beaucoup de détermination. Les problèmes les plus complexes sont abordés et maîtrisés. L'énumération est impressionnante : formation professionnelle et loi sur les cartels où vous insufflez un esprit d'innovation, droit de bail et assurance-chômage où vous vous efforcez de concilier des intérêts contradictoires, politique agricole où vous apportez de nouvelles libertés propres à stimuler l'esprit d'entreprise chez les agriculteurs. Mais vous êtes également actif dans la dimension internationale de votre Département, à travers votre rôle dans la conclusion des accords bilatéraux avec l'Union européenne, votre action au sein de l'Organisation mondiale du commerce et des institutions financières de Bretton Woods. Quel vaste champ d'action et quel potentiel pour un réformateur de votre trempe ! De quoi donner le vertige aux animateurs et autres imitateurs qui s'essayent à vous caricaturer sur les ondes de la radio romande! Je soupçonne d'ailleurs Jan Lambiel de se triturer d'ores et déjà les méninges car, 2003 sous la présidence de Pascal Couchepin, la soupe va déborder, c'est certain !

Ce qui fait plaisir, et qui rassure en même temps, chez notre futur président, c'est qu'il marie avec succès action et réflexion. Pas de petite politique au jour le jour ou à la petite semaine, mais une action qui s'inscrit dans une perspective beaucoup plus large, celle de l'homme d'Etat qui a pris le temps de s'interroger sur les vrais enjeux de notre temps. Véritable credo en l'action politique, son récent ouvrage d'entretiens avec Jean Romain est édifiant et réconfortant. Cet ouvrage, Monsieur le Président, vous me l'aviez dédicacé en ces termes : " Ces propos qui je l'espère t'intéresseront ". Et bien oui, cher Président, vos propos m'intéressent ; j'en apporterai la preuve tout à l'heure.

Il y a quelques mois, Lucerne et le Valais ont dit oui à l'adhésion à l'ONU avec 51,5 % des voix. Comment ne pas voir, dans ces résultats décisifs pour notre adhésion, l'action des deux conseillers fédéraux radicaux Kaspar Villiger et Pascal Couchepin. On a fini par se rendre compte que les absents ont toujours tort. Un conseiller fédéral est appelé aujourd'hui à se rendre de plus en plus à l'étranger. Vous avez raison de dire que la Suisse doit toujours être présente pour s'expliquer. Cela vaut pour le multilatéral comme pour le bilatéral.

Les méthodes " à la Couchepin " sont naturellement quelque peu déconcertantes. On a l'impression que Pascal Couchepin dirige tous les départements en même temps ! On se demande aussi s'il fait toujours clairement la distinction entre la Feuille fédérale et le Sonntagsblick quand il lance ses idées et ses projets. Cela dérange ou cela irrite, mais cela fait aussi avancer les choses et c'est bien là l'essentiel. Il arrive là où on ne l'attend pas, avec des idées parfois provocantes mais avec le souci d'aborder les vrais problèmes avec un regard percutant, une croyance en une rationalité en politique et cette idée platonicienne de l'opinion vraie. Nous avons tout à gagner de tels débats.

La plume la plus acérée du monde journalistique romand vous a caricaturé sous les traits d'un " condottiere en tricouni ". Miéville s'est laissé abusé par l'apparence. Un condottiere est un mercenaire. Pascal est un conquérant républicain. Son panache blanc, auquel on se rallie, exprime ses convictions démocratiques.

Il est vrai que si vous le laisser faire, avec ses bottes de sept lieues, il vous recréerait l'empire romain. C'est à la fois César et le Marquis de Carabas. Mais ne faisons pas l'erreur de comparer quelqu'un à Cyrano en raison de son appendice.

Il faut bien chercher pour trouver une forme politique dont il se réclame. Dans le passé récent, c'est Mendès France qui l'inspire : " le salut exige que le régime républicain soit fondé sur les relations qui seules permettent la franchise réciproque la plus complète : " celle du gouvernement qui explique sa politique, jour après jour, qui ne biaise pas, qui ne dissimule pas et qui n'hésite pas à faire fond sur le bon sens, le courage et à la foi du pays ; celle du parlement qui exprime fidèlement la volonté populaire et la fait respecter et celle du pays tout entier qui doit choisir son destin en pleine connaissance de cause pour l'accomplir d'une volonté affermie ".

Si je remonte le temps jusqu'à la Révolution française, à la création de la République, période qu'il affectionne, je n'ai aucune hésitation à lui trouver des points communs avec un très grand personnage qui a marqué cette époque charnière. Un homme d'église qui n'en avait que la robe, comme Richelieu ou Mazarin. Vous ne trouvez pas ?

En le lisant, je me demande si ces deux personnages n'en font pas qu'un :

Si la justice oblige de punir, la politique oblige de punir sans exception.

On ne peut s'appuyer que sur ce qui résiste.

Les hommes sont comme les statues : il faut la voir sur place.

Les financiers ne font bien les affaires que quand les Etats les font mal.

Demain 6 décembre, on pourrait fêter ou déplorer les dix ans du rejet de l'EEE. Dans cette partie du pays où nous sommes ce soir, nous estimons que c'était une occasion qui n'a pas été saisie. Nous avons corrigé en partie les inconvénients de cette décision négative en concluant les premiers accords bilatéraux avec l'UE qui ont été largement approuvés par le peuple en mai 2001. C'est là votre grand apport à la politique fédérale des dernières années. Le dossier de la politique européenne de la Suisse a bougé pour la première fois depuis l'accord de libre-échange de 1972. Les mesures d'accompagnement pour lutter contre la sous-enchère salariale sont une réussite exemplaire. Mais est-ce suffisant ? Certainement pas. Même si l'adhésion à l'UE n'est pas un sujet politique immédiat, elle ne doit pas être perdue de vue. La Suisse est menacée de satellisation, l'Europe se construit sans nous. Giscard et d'autres écrivent une constitution européenne dans laquelle des idées suisses comme le fédéralisme ou la démocratie directe auraient pu prendre place si nous n'étions pas devenus une sorte de Porto-Rico de l'Europe, en en étant sans en être.

Même si nous ne sommes pas ici au Conseil national, permettez-moi tout de même cette interpellation urgente : Qu'avez-vous voulu dire, à la page 80 de votre livre que j'ai cité tout à l'heure, en affirmant que, sur une très longue période, l'Union européenne disparaîtra. Il me semble qu'au contraire l'Europe se renforce et n'a jamais reculé face aux innombrables difficultés. L'euro s'est imposé malgré le scepticisme de beaucoup. Il contribue puissamment à la stabilité monétaire. Comment prophétiser dans le même temps que la Suisse en sera un jour et que l'UE disparaîtra ! Merci d'éclairer ma lanterne, Monsieur le Président.

Les derniers mois nous ont donné l'occasion de réfléchir à nouveau aux problèmes des relations entre l'économie et la politique. La plupart des gens de ce pays font des affaires honnêtement et les moutons noirs sont minoritaires, mais quelques cas ont été suffisamment graves pour que vous tiriez, à juste titre, la sonnette d'alarme en disant : " Halte ! Je n'admets pas que des patrons rejettent toutes les conséquences du risque d'entreprise sur leurs ouvriers et leurs collaborateurs ". On peut être attaché à l'économie sociale de marché tout en soutenant qu'elle ne peut fonctionner sans les règles de l'honneur. Merci de l'avoir dit avec toute l'autorité que vous confère votre haute fonction, d'avoir affirmé que les bénéficiaires de parachutes dorés devraient rendre l'argent et de n'avoir pas exclu une législation en la matière. Les efforts de tous doivent viser une société ouverte au risque et qui nous garantisse le progrès social et économique. L'Etat a un rôle à jouer, notamment en accordant les crédits nécessaires à la recherche, un domaine où nous commençons à perdre pied. Le Conseil fédéral vient de prendre une décision hardie en augmentant ces crédits pour les années 2004-2007 et nous l'en félicitons.

J'ai mentionné l'honneur des chefs d'entreprise tout à l'heure. Pour le parlementaire, l'honneur est le principe suprême de l'intérêt général. Et si l'honneur des parlementaires est leur indépendance, est-il honorable pour le parlementaire non professionnel de défendre l'économie? Oui, pour autant que notre appartenance à tel ou tel conseil d'administration ou à telle association ne nous enlève pas notre libre arbitre.

Monsieur le Président, lorsque vous avez pris les commandes du DFE, il y avait 200'000 chômeurs. Ce chiffre a baissé. Il est remonté par la suite et on en compte 110'000 aujourd'hui. Comment redresser la barre ? Par l'innovation, qui nous assure de réelles chances pour l'avenir ! Je ne parle pas du grand magasin de Lausanne quand je dis : De l'innovation, encore de l'innovation, toujours de l'innovation… C'est la voie que vous avez choisie. Cette voie est juste, et nous la partageons avec vous.

Que 2003 soit un excellent millésime présidentiel, c'est ce que nous vous souhaitons, Monsieur le Président Couchepin, cher Pascal !