Monsieur le Président de l'Assemblée Parlementaire,
Monsieur le Président du Conseil National,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs,
C'est pour moi un grand plaisir de vous voir si nombreux aujourd'hui à Berne: soyez les bienvenus en Suisse.
Je me réjouis de vous accueillir dans cette salle qui depuis plus d'un siècle réunit les parlementaires appartenant aux quatre communautés linguistiques suisses. Je suis heureuse de constater que ce lieu, qui exprime si bien la multiculturalité de notre pays, reçoit aujourd'hui en ses murs une conférence de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE qui regroupe les représentants de pays si différents.
Depuis ses débuts, l'OSCE a été pour la Suisse une plate-forme de coopération de première importance. Son approche multidimensionnelle de la sécurité, avec son engagement dans les domaines politico-stratégique, économique et des droits de l'homme, ainsi que son action privilégiant une coopération multilatérale se marient parfaitement avec les objectifs de la politique étrangère de la Suisse. Cette organisation représente ainsi pour mon pays un forum idéal pour faire valoir ses valeurs et ses intérêts. L'OSCE offre un cadre où nous pouvons coopérer plus efficacement avec les autres pays afin de promouvoir la coexistence pacifique des peuples, la démocratie, les principes de l'Etat de droit et le respect des droits de l'homme, ainsi qu'un développement économique soutenable et respectueux de l'environnement.
Ces enjeux importants se décident aussi au niveau parlementaire. L'OSCE l'a bien reconnu: depuis plus de 10 ans, les parlementaires des pays membres s'engagent à dialoguer et à coopérer dans le contexte des activités de l'Organisation. Depuis qu'en 1990, la "Charte de Paris pour une nouvelle Europe" a mis en exergue le rôle que vous pouvez jouer dans le processus d'Helsinki, votre poids ne cesse d'augmenter. En 1994, à Budapest, celle que l'on appelait encore "Conférence pour la Sécurité et la Coopération en Europe" a décidé d'intensifier les contacts et le dialogue avec l'Assemblée parlementaire. Cinq années plus tard, dans la Charte pour la Sécurité européenne adoptée au Sommet d'Istanbul, on a tenu à souligner que l'Assemblée parlementaire était devenue l'une des institutions les plus importantes de l'OSCE et qu'elle était dès lors encouragée à développer encore ses activités pour promouvoir la démocratie, la prospérité et la confiance entre pays membres. Un dialogue constructif et continu entre les gouvernements et les parlements pour le suivi des recommandations de l'Assemblée parlementaire est indispensable. Mon Département suit avec grand intérêt vos activités. J'ai d'ores et déjà entamé un dialogue régulier avec la délégation suisse à l'Assemblée parlementaire.
Nous le savons tous: l'OSCE n'est pas une organisation économique à proprement parler. Toutefois, elle a toujours été parfaitement consciente que les questions économiques constituent une pierre angulaire dans l'effort que nous menons pour renforcer la sécurité et la stabilité internationale. Or, il arrive souvent que la détresse économique et l'exclusion du marché du travail soient à l'origine de conflits sociaux qui menacent la démocratie. Déjà à Helsinki, en 1975, les Etats fondateurs de la CSCE étaient convaincus qu'une coopération dans le domaine économique ne pourrait être que bénéfique pour la paix et la sécurité dans la région. Lors de la Conférence de Bonn de 1990, les pays participants ont ensuite exprimé leur engagement face aux principes de l'économie de marché: c'est à ce moment-là, alors que plusieurs Etats entreprenaient le processus de transition économique, que la coopération économique dans le contexte de l'OSCE a acquis encore plus de portée. L'année passée, la Conférence ministérielle de Porto a réaffirmé la nécessité d'intensifier davantage la coopération économique dans la région et chargé le Conseil Permanent de définir une stratégie dans le domaine économique et environnemental. D'autres exemples éloquents de l'engagement de l'OSCE sont le prochain séminaire sur la mondialisation ou les travaux de réflexion en vue de trouver d'autres moyens pour renforcer la dimension économique et environnementale. L'OSCE ne se veut donc pas seulement observatrice de la réalité économique, mais au contraire active dans la formulation d'initiatives qui encouragent les Etats membres à faire en sorte que le tissu économique de la région soit encore plus propice à une croissance durable et soutenue, une croissance qui n'exclut personne et qui vise à éradiquer la misère, les inégalités et les discriminations sociales. Une croissance qui rendra notre région plus prospère et, par-là, plus stable. Je suis convaincue que la dimension économique et environnementale de l'OSCE joue un rôle indispensable pour compléter cette approche multidimensionnelle pour la sécurité de notre région.
Mais le lien entre économie et sécurité va dans les deux sens: s'il est vrai que la prospérité économique est une condition indispensable à la sécurité et à la stabilité de notre région, il est tout autant vrai que seul un environnement stable et sûr peut garantir un développement économique durable, attirer des investissements et offrir un terreau propice à l'initiative privée.
Le sujet que vous discuterez ces prochains jours s'inscrit parfaitement dans cette logique. Souvent dans l'ombre des grands groupes multinationaux, les PME jouent pourtant un rôle clé dans nos économies nationales: elles investissent du capital, elles contribuent substantiellement à l'innovation, elles créent des nouveaux marchés et des nouveaux produits et, surtout, elles emploient la plupart des personnes actives. De plus, la création d'entreprises, voie ouverte à tout le monde indépendamment de sa formation ou de son origine sociale, offre souvent des nouvelles chances professionnelles à des personnes qui vivent à la marge du marché du travail. Ainsi, création d'entreprises est souvent synonyme de croissance, d'innovation et de cohésion sociale! Toutefois, pour créer une entreprise, il ne suffit pas d'avoir une idée brillante et de disposer d'un certain capital. Pour attirer de nouveaux investissements, il faut d'abord disposer d'un cadre juridique adéquat, qui permette aux PME de bénéficier d'un environnement favorable et non discriminatoire. Même l'idée la plus innovatrice risque de se révéler impraticable dans un contexte présentant trop de risques pour un entrepreneur. Ce n'est donc qu'en créant un environnement stable et sûr pour les entrepreneurs que nous pourrons faire souffler un vent d'innovation et de croissance sur toute notre région.
Une stratégie économique pour la promotion des PME doit aborder plusieurs aspects, tous très différents les uns des autres, comme la forme juridique d'une entreprise, la protection de la propriété intellectuelle, la question des assurances sociales, la mise à disposition de ressources financières, la promotion des exportations et l'accès aux importations, ainsi que les aspects liés au droit du travail. De plus, je crois que trop d'obstacles bureaucratiques et de charges fiscales freinent encore la création d'entreprises. Un autre aspect que je trouve primordial concerne le rôle des femmes dans la vie économique: souvent marginalisées ou discriminées, il demeure indispensable de permettre aux femmes un accès plus facile au marché du travail. Ce n'est pas à moi d'aborder maintenant dans les détails toutes ces questions, d'autant plus que des intervenants très qualifiés vont bientôt prendre la parole pour vous parler de cela.
Je vous dirai simplement qu'en Suisse nous sommes bien conscients de l'importance de la promotion des PME. Si la Suisse est souvent associée à ses grands groupes multinationaux, les PME n'en jouent pas moins un rôle moteur dans notre tissu économique: il suffit de citer quelques chiffres pour s'en convaincre. Quatre-vingt-huit pour cent des établissements suisses sont des entreprises de petite, voire de très petite taille, et emploient moins de 10 personnes. Si l'on définit une petite et moyenne entreprise comme un établissement employant moins de 250 collaborateurs, on s'aperçoit alors qu'en Suisse l'écrasante majorité des entreprises (plus de 99%!) sont des PME et que celles-ci emploient environ 7 actifs sur 10.
C'est pour cela que le Gouvernement suisse s'est récemment doté d'instruments pour soutenir ces établissements vitaux pour le fonctionnement de notre économie. En 1998, le Secrétariat d'Etat à l'Economie a créé une Task force destinée à informer le public sur la politique de la Confédération en faveur des PME, à simplifier les procédures administratives en matière de créations d'entreprises et à servir de centre de compétence dans des domaines spécifiques. Mais le Gouvernement suisse n'est pas seulement actif sur le plan intérieur. Il s'efforce aussi d'améliorer l'accès des entreprises suisses aux marchés étrangers. Le Département des affaires étrangères, à travers ses représentations dans le monde, fournit différents services qui vont de l'organisation de la présence aux foires, aux activités de conseil, en passant par les contacts et l'accès à d'autres institutions à l'étranger. De plus, nous disposons d'un réseau de centres d'assistance à l'exportation (les Swiss Business Hubs) offrant des services élargis aux PME qui veulent gagner de nouvelles parts de marchés.
Mais, bien sûr, notre soutien aux PME passe aussi par la poursuite de nos principaux objectifs de politique étrangère: L'engagement de l'OSCE en faveur de la paix, des principes de l'Etat de droit et de la bonne gestion des affaires publiques cherche à créer un environnement stable qui soit propice au développement économique. Permettez-moi d'ajouter quelques mots sur ce dernier point. Le déficit de la bonne gouvernance et son corollaire, le développement de la corruption et du crime organisé, constituent une nouvelle menace pour la stabilité et la sécurité dans la zone OSCE. Ces deux derniers fléaux, en particulier, font obstacle à la création ou même au maintien d'un secteur privé sain. En effet, deux conditions doivent être réunies pour assurer la prospérité du secteur privé: d'une part, l'existence et le développement de petites et moyennes entreprises, et, d'autre part, la conduite d'une politique d'affaires fondée sur des principes éthiques par les grandes entreprises, notamment les multinationales (p. ex. gouvernement d'entreprise). La corruption et le crime organisé ne connaissent pas de frontières et sont tout aussi néfastes pour les jeunes économies des pays en transition que pour les économies libérales d'Europe de l'Ouest, aux structures déjà bien établies.
Mesdames et Messieurs, pendant ces trois journées, vous aurez l'occasion de discuter de tout cela, de partager vos expériences. Pour tout pays, la création et la promotion des petites et moyennes entreprises sont un défi majeur. Je suis convaincue qu'il est donc prioritaire de leur offrir des conditions cadre idéales, car seul un environnement sûr et stable peut favoriser les projets novateurs. Un sain développement des PME ne pourra qu'être bénéfique à l'économie et, par conséquent, à la stabilité et à la sécurité de toute la région.
Par la coopération et le dialogue, vous êtes appelés à travailler ici dans cette direction, dans le but de contribuer à la sécurité collective de notre région. Je suis sûre que la diversité des cultures et des expériences enrichira le débat et contribuera à la réussite de cette rencontre.
Je vous remercie de votre attention et vous souhaite un très beau séjour en Suisse.