Allocution de Monsieur Yves Christen, président du Conseil national, devant le Parlement de la République de Lituanie, le 9 septembre 2003


Monsieur le Président de la Seimas,
Mesdames et Messieurs les Députés à la Diète,
Chers collègues,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

De tout temps, la Suisse a éprouvé une grande sympathie pour les Pays baltes en général et pour la courageuse Lituanie en particulier. Nous avons tenu à renouer avec ces pays indépendants qui étaient comme nous membres de la Société des Nations entre 1920 et 1940. Nous avions reçu M. Ceslovas Jursenas, votre ancien président et actuel vice-président, il y a dix ans et voici trois ansnous avions accueilli une délégation présidée par M. Paulubinskas, alors vice-président du Seimas.

Pour moi, c'est un privilège tout particulier et un honneur de vous adresser la parole dans l'enceinte de la Diète lituanienne quelque treize ans après la proclamation de votre indépendance.

Comme l'a dit le président Landsbergis, la date du 11 mars 1990 a véritablement marqué le début de la fin de l'URSS. Depuis lors, vous vivez dans la liberté retrouvée. Vous avez accompli un remarquable effort d'adaptation à l'économie de marché, sanctionné par de belles performances économiques notamment en ce qui concerne votre taux de croissance qui est remarquable. La Lituanie s'est affirmée sur le plan international en fournissant une contribution appréciée tant dans les organisations gouvernementales quet parlementaires.

L'histoire de nos relations bilatérales nous apprend que c'est en 1536 que les premiers étudiants lituaniens se sont inscrits à l'Université de Bâle. Il y eut des contacts avec Genève pendant la Réformation.

Après les soulèvements du XIXe siècle contre la russification qui s'incarnait dans la devise "Un tsar, une église, une langue", les étudiants et les réfugiés ont pris le chemin de la Suisse. L'Université de Fribourg a été fréquentée par de nombreux étudiants lituaniens. Parmi ceux qui obtinrent leur titre académique en Suisse figurent l'archevêque Matatulatis, le poète Gusraitis et le philosophe Salkauskis.

Le leader socialiste et futur recteur de l'Université de Kaunas Grigaitis fit ses études à Zurich ainsi qu'un des signataires de la déclaration d'indépendance, Saulys.

Le linguiste Max Niedermann, professeur à l'Université de Neuchâtel s'est beaucoup intéressé à votre langue et a contribué dès 1926 à la publication du " Wörterbuch der litauischen Schriftsprache ".

Enfin, Gabrys fonda à Lausanne un bureau d'information et prononça des conférences pour l'autodétermination des peuples de l'Empire russe pendant la première guerre mondiale.

Les liens entre la Suisse et la Lituanie sont anciens et ne demandent qu'à être développés et nous souhaitons qu'ils le soient, c'est la raison de notre présence, celle aussi de Mme Dormann, de MM. Weyeneth et Scheurer, mes collègues du Conseil national. Il n'y a que 18 Suisses en Lituanie dont un consul général très dynamique et 204 Lituaniens en Suisse. Mais nos rapports ne sont pas fonction des statistiques mais du cœur. Notre coopération s'est traduite par des crédits d'environ 25 millions de francs dans les domaines de la banque, de la santé, de la cartographie et des mensurations cadastrales, de l'énergie et de l'environnement.

En treize ans d'indépendance retrouvée, la Lituanie a accompli de remarquables progrès tant sur le plan politique qu'au niveau économique. Après 50 ans de totalitarisme soviétique, la Lituanie a choisi de renouer avec le parlementarisme. Les élections législatives et présidentielles ont conduit à une alternance et même à une situation de cohabitation entre un président et une majorité parlementaire de sensibilités politiques différentes.

Les autorités de la capitale ont su donner une nouvelle jeunesse à Vilnius, Klapeida est en pleine expansion, Kaunas a mis en œuvre un Forum de développement économique performant. La presqu'île de Nerija invite les touristes à visiter la maison de Thomas Mann dans un site idyllique.

Les contacts méritaient donc d'être développés et nous nous réjouissons de cette visite qui nous permet d'exprimer à la Lituanie nos sentiments d'amitié et d'admiration pour un peuple vaillant. Ce n'est pas une formule creuse. Les progrès réalisés en treize ans d'indépendance à peine ont forcé notre admiration.

L'histoire de la Lituanie ressemble sur bien des points à celle de la Suisse. Nous sommes l'un et l'autre de petits pays entourés de puissants voisins et nous tenons à affirmer notre indépendance. Vous avez subi les assauts des Polonais, des Suédois, des Allemands et surtout des Russes comme nous avons eu à nous garder des Autrichiens, des Allemands ou des Français, dans un autre contexte géographique il est vrai. La construction européenne et l'Alliance atlantique permettent aujourd'hui à nos peuples de vivre sans la menace du lendemain.

Nos deux pays sont confrontés à leurs relations avec l'Europe dont le centre géographique n'est pas à Bruxelles mais à Bernotai, un village à 25 km de Vilnius ! Vous allez entrer prochainement dans l'Union européenne. Nous vous souhaitons bonne chance dans votre choix européen que vous avez massivement ratifié avec 91 %  des votants - un pourcentage de rêve - lors du referendum historique du 11 mai. Un résultat aussi net n'aurait jamais été possible sans l'engagement des parlementaires qui n'ont eu comme souci que le bien du peuple lituanien. J'ai lu vos commentaires,
M. le Président, au soir du vote, vous avez même pensé aux rares eurosceptiques qui représentaient moins de 150 000 personnes contre 1,5 million de partisans de l'adhésion. Ils se laisseront convaincre par la justesse du choix de la majorité. Quel extraordinaire chemin parcouru entre le 11 mars 1990 et le 11 mai 2003 ! Ces dates mises en parallèle sonnent comme la résurrection de la Patrie lituanienne !

Le président de la République, M. Rolandas Paksas, a exprimé magnifiquement les sentiments de votre peuple en disant : Ce jour entrera dans l'histoire de la Lituanie comme l'un des plus importants qui ont déterminé notre avenir et celui de nos enfants que nous entendons construire en respectant l'être humain selon les principes de la liberté et de la démocratie. Il était juste qu'il salue le rôle éminent des hommes d'Etat lituaniens, vos précédents présidents, MM. Landsbergis, Brazauskas et Adamkus qui ont ouvert la voie de la Lituanie vers une Europe plus sûre et plus prospère.

Nous même avons adopté une démarche plus lente, tenant compte de notre histoire et de nos particularités constitutionnelles et nous avons conclu avec l'Union une première série sept accords dans des domaines essentiels comme la libre-circulation des personnes et les transports aériens. Nous négocions actuellement une deuxième série d'accords portant notamment sur les questions douanières qui devront être ratifiés par les Parlements de tous les 25 Etats membres. Donc, merci d'avance à la Diète de Lituanie pour son appui et pour celui qu'elle nous accordera, un jour, quand nous serons prêts à entrer nous aussi dans l'Union européenne. Ce que nous pouvons faire en attendant ensemble, c'est construire une tête de pont entre l'Europe institutionnelle et l'Europe de l'Est. Les petits, riches ou pauvres, doivent jouer dans la même catégorie s'ils veulent rester libres.

Je voudrais relever que la Lituanie s'est efforcée de trouver une solution juste pour l'importante minorité russophone qui vit sur son sol. Qu'elle en soit félicitée. Un aspect important de votre politique nous paraît être la coopération entre Etats baltes et nous vous félicitions pour la future ligne ferroviaire Rail Baltika qui permettra aux Suisses et aux Lituaniens de se rencontrer plus souvent !

Au terme de ce discours, je regarde votre beau drapeau avec le jaune qui représente le soleil, la lumière, la richesse et la dignité, le vert qui représente l'agriculture, la foi, la liberté, le bonheur et le rouge le sang versé pour la patrie. Je souhaite que le sang n'ait plus à être versé et que les quatorze combattants, tombés pour la liberté le 13 janvier 1991, soient les derniers d'une histoire tragique mais que la Lituanie connaisse les bienfaits des autres valeurs qui sont symbolisées par son drapeau.

J'en suis certain, la Lituanie connaîtra un avenir prometteur au sein de la grande famille européenne. A cet avenir que vous bâtissez courageusement, nous nous devons d'y apporter notre contribution. C'est le sentiment qui nous anime et que nous conserverons en retournant dans nos montagnes privilégiées

Vive l'amitié entre la Confédération suisse et la République de Lituanie !