Nous sommes arrivés au terme de la dernière session de la 46e législature.
Cette période entrera-t-elle dans l’histoire ? Nul ne saurait le prétendre dès aujourd’hui mais au cours des quatre années écoulées deux événements marquants sur le plan de nos relations extérieures se sont produits, d’une part la ratification des sept accords bilatéraux avec l’Union européenne et d’autre part, l’initiative sur l’adhésion aux Nations Unies. Ces années furent aussi celles de la mise en œuvre de la nouvelle Constitution fédérale du 18 avril 1999 avec pour le Parlement l’élaboration d’une nouvelle loi régissant son fonctionnement. Une seule des 30 initiatives populaires a trouvé grâce devant le citoyen, qui a été beaucoup sollicité puisque 45 votations ont eu lieu depuis le début 2000 jusqu’au scrutin mammouth du 18 mai dernier qui vit l’acceptation de l’armée XXI. Le mot d’ordre des autorités l’a souvent emporté avec trois exceptions : le rejet de l’article constitutionnel sur une redevance incitative sur l’énergie en faveur de l’environnement, le refus de la loi sur le marché de l’électricité et le non à la Fondation Suisse solidaire. Notre législature s’achève dans un climat économique morose et une situation sociale plus difficile. Cette session a mis en lumière au travers du programme des mesures d’allègement budgétaire - les difficultés financières de notre Etat fédéral confronté à un déficit inquiétant.
Notre Parlement a beaucoup travaillé et est venu à bout de l’essentiel de son programme mais le déroulement de nos délibérations est loin d’être optimal. Elaborer un programme pour la session ressemble à la quadrature du cercle. Ce qui a pu péniblement être mis au point par le Bureau est sujet à une motion d’ordre qui peut tout remettre en question. Je constate aussi une tendance à tirer tout le parti possible de notre règlement.
C’est pourquoi nous avons dû prendre la mesure que je souhaite exceptionnelle, de refuser les questions spontanées afin de pouvoir terminer notre programme d’allègement budgétaire et éviter le blocage de la machine parlementaire.
J’attribue bien entendu aux élections fédérales le climat tendu qui a régné dans ce Conseil et urbi et orbi - et non à un changement des mœurs politique où les extrémismes s’affronteraient sans égard envers les personnes.
Nous sommes à la veille d’élections pour lesquelles 33 de nos collègues ont décidé volontairement de ne pas solliciter le renouvellement de leur mandat. On note parmi eux et elles, un parlementaire « six étoiles » qui a siégé pendant six législatures donc 24 ans et dont les médias devront apprendre à se passer, un « cinq étoiles » , trois « quatre étoiles », huit « trois étoiles » mais aussi 18 collègues qui se retirent au bout d’une ou deux législatures. Je mesure l’émotion qui les saisit au moment où cette page importante de leur vie s’achève. Nos 33 collègues ont été au nombre des 3176 personnes qui ont eu l’honneur d’appartenir au Parlement de la Confédération suisse pays qui est l’autorité suprême de ce pays.
Qu’ils soient sincèrement remerciés de leur apport à nos travaux. Vous me permettrez de saluer en particulier mes prédécesseurs, les anciens présidents Claude Frey, Hanspeter Seiler et Peter Hess qui ont magnifiquement assumé et illustré la fonction de premier citoyen du pays, ainsi qu’un député uranais dont je tairai le nom par souci de neutralité absolue - qui siège avec nous depuis 23 ans sans qu’il sache si son destin fédéral est vraiment achevé et à un député genevois, M. Christian Grobet, qui est entré dans ce conseil pour la première fois en 1975, il y a 28 ans. Nos collègues qui s’en vont ont au moins échappé aux affres des classements ou autres ratings pseudo-scientifiques qui prétendent mesurer le poids ou le rayonnement des parlementaires.
Je souhaite aux 167 collègues qui se représentent d’être à nouveau dans cette salle le 1er décembre pour l’ouverture de notre 47e législature.
En 1999, le Parlement actuel n’avait été l’élu que d’une minorité puisque 43 % des citoyens avaient pris le chemin des urnes. Cette année, nous devrions faire mieux puisque le chemin des boîtes aux lettres semble plus facile que celui des bureaux de vote où je cite Victor Hugo - le citoyen entrait avec le front triste de l’électeur accablé et en sortait avec le regard d’un souverain.
N’oublions pas que, dans une élection chaque voix compte et que le destin du pays est en mains de chacun de nos concitoyens. Démocratie signifie souveraineté du peuple, donc suffrage universel. C’est une évidence aujourd’hui, mais qui s’est longtemps heurtée à la résistance des dominants refusant la loi du nombre et à celle des détracteurs qui ne comprenaient pas qu’un simple rectangle de papier, le bulletin de vote, pouvait changer la vie quotidienne des individus.
Ce droit essentiel que nous possédons depuis 1848 pour les hommes et depuis 1971 pour les femmes, certains habitants de cette planète ne l’ont toujours pas conquis car il leur est refusé par des dictatures implacables. Il y a quelques semaines, une petite délégation parlementaire était en Lituanie et ses membres ont pu voir les souvenirs des combattants de la liberté acquise de haute lutte contre la domination soviétique et parfois au prix du sacrifice suprême. Ce droit de vote dont nous disposons, utilisons-le, chers compatriotes, car chacun peut peser d’un même poids sur le résultat du scrutin.
Pour ne prendre que quelques exemples récents, le parti du chancelier Schröder est resté le premier d’Allemagne pour une avance de 6027 voix sur l’opposition, M. Bush n’a remporté la présidence des Etats-Unis que pour avoir officiellement devancé M. Gore de 537 voix en Floride ; en Suisse, lors de nos dernières élections, un siège au Conseil national ne s’est joué que pour 49 suffrages, soit sept listes, dans le canton de Soleure et un autre au Conseil des Etats pour 50 voix seulement dans le canton de Vaud. Résultat plus serré encore, notre collègue Jürg Stahl a vu la municipalité de Winterthour lui échapper pour une seule et unique voix.
A vos crayons et à vos enveloppes, mes chers concitoyens, faites le bon choix pour votre pays, la Suisse est entre vos mains le 19 octobre !
Un heureux hasard a fait d’un ressortissant vaudois votre président pour l’an 2003. C’est ainsi que j’ai eu l’honneur de prononcer une allocution au Palais du Luxembourg à Paris lors de la commémoration de l’Acte de médiation octroyé à notre pays par Bonaparte, puis j’ai eu le plaisir de participer à des manifestations très sympathiques qui ont eu lieu dans chacun des six cantons de 1803, ainsi qu’à Fribourg qui a donné à la Suisse son premier landammann, Louis d’Affry. Ce furent chaque fois de belles occasions de raffermir l’unité confédérale.
J’en viens aux remerciements. D’abord à Liliane Maury-Pasquier qui m’a précédé dans ce fauteuil, ensuite à mes collègues du triumvirat qui constitue la présidence du Parlement, les vice-présidents Max Binder et Jean-Philippe Maitre, à mon collègue le président du Conseil des Etats, M. Gian-Reto Plattner, toutes personnes avec lesquelles mes rapports ont été sans nuages, ensuite avec ceux qui font marcher notre parlement, dans la salle, Mme Wallimann-Bornatico, secrétaire générale, attentive à toutes les manies des membres du Conseil et très au fait de tous les rouages de la machine parlementaire. Monsieur Anliker et Thomann, gardiens vigilants de la procédure, nos huissiers et techniciens, toujours dévoués et dans la coulisse proches aux deux secrétaires généraux adjoints, M. Hans Peter Gerschwiler, qui a l'ingrate charge de s'occuper des problèmes de sécurité, des locaux et d'indemnités et qui s'acquitte de ces tâches avec satisfaction.
Monsieur John Clerc, enfin, docteur ès sciences parlementaires, toujours à la recherche de solutions praticables et logiques et plus efficaces qu'un règlement quelque fois appliqué étroitement, ainsi que dans une coulisse un peu plus lointaine, à tous les agents de nos Services du Parlement qui peuvent être fiers de l’œuvre accomplie en faveur de l’institution parlementaire, aux représentants de la presse photographique, écrite, parlée, télévisée et cinématographique, qui ont donné en dehors de cet hémicycle un écho constant et parfois inattendu - Mais im Bundeshaus fut une extraordinaire propagande pour le Parlement - sur nos délibérations et nos décisions et ont livré, grâce à un travail considérable, aux citoyens et aux citoyennes matière à réflexion pour leur choix lors des votations et des élections fédérales.
Enfin mes chers collègues, j’adresse des remerciements à chacun d’entre vous pour votre engagement dans les travaux des commissions, des délégations, des groupes et lors des séances plénières, j’hésite à vous remercier pour votre discipline au plénum, mais en tout cas je salue l’immense travail accompli en commun pour le bien du pays et auquel tous et toutes ont pris part.
La fin de cette ultime séance est arrivée et avant de nous séparer, je vous invite à une agape, pour parler davantage comme un pasteur que comme un vigneron vaudois. Elle sera servie dans la salle des pas-perdus.
La 46e législature a vécu.
Vive le Conseil national !
Vive la Suisse, notre belle patrie !
Et que les vainqueurs se retrouvent ici le 1er décembre, forts de la confiance du peuple !