Allocution de Mme Thérèse Meyer, présidente du Conseil national, lors de la Conférence de l’Union Interparlementaire à Genève, le 19 octobre 2005

Monsieur le Président du Conseil interparlementaire,
Mesdames et Messieurs les présidentes et présidents de Parlement,
Monsieur le Secrétaire général,
Excellences,
Chères et chers collègues parlementaires,
Mesdames et Messieurs,

Le secrétaire général m’a invité à prononcer quelques mots au moment où votre Assemblée termine ses travaux. Je le fais d’autant plus volontiers que notre parlement, l’Assemblée fédérale suisse,  a toujours témoigné de son attachement à une organisation dont il fait partie depuis maintenant 114 ans. Nous sommes heureux que l’UIP soit la première organisation à étrenner le nouveau centre international de conférences à Genève, capitale de la paix, à proximité immédiate du Palais des Nations.

Parfois, le profane se demande à quoi peut bien servir ce genre de réunions où tant discours se succèdent. Cette année a été marquée par une série de catastrophes naturelles qui ont affecté – hélas - tous les continents, du tsunami au tremblement de terre au Cachemire en passant par la Nouvelle-Orléans. Notre pays, dans une moindre mesure, a été touché, lui aussi, par les intempéries. Se souvient-t-on que notre Union s’est préoccupée de la meilleure manière d’y faire face lors de sa conférence de Madrid en avril 1995 1) ? On trouve dans ce texte toutes sortes de recommandations qui devraient guider les gouvernants dans des actions concrètes.

Une autre activité dont l’UIP peut être fière est tout ce qui a été accompli au sein du Comité des droits de l’homme des parlementaires qui a permis de sortir de prison tant de nos collègues détenus en raison de leurs opinions politiques. Cette ville au rayonnement internationale est celle d'Henri Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge, et celle des Conventions de Genève sur le droit humanitaire. Les droits de la personne humaine sont également un aspect central de notre action et l'UIP rejoint la Croix-Rouge lorsqu’elle agit pour la promotion et l'effectivité de ces droits dans le monde.

Tout récemment, j’ai eu le privilège de participer à la 2e Conférence des présidents des Parlements du monde à New York. Ce fut l’occasion de rencontrer nombre de collègues et d’adopter une déclaration soulignant ce que les peuples du monde attendent afin de renforcer les objectifs du millénaire. Nous avons été les aiguillons des chefs d’Etat et de gouvernements dont nous attendions plus. Ce fut aussi l’occasion de débattre bilatéralement avec certains collègues et je garde en mémoire ce qu’une présidente d’un Parlement d’Afrique me disait au sujet du renforcement de la nécessaire coopération entre parlements des pays du Nord et du Sud afin de briser la fracture technologique qui nous fait travailler dans des conditions complètement différentes. Il est vrai que le partage du monde entre l’extrême pauvreté des uns et l’abondance relative des autres est difficilement supportable. Il faut affecter à une politique d’aide au développement les moyens considérables et mettre en œuvre le grand plan pour l’Afrique dont l’urgence est aujourd’hui reconnue.
En plus du défi du développement, l’Afrique est confrontée au défi de la lutte contre le Sida. Les proportions que prend cette pandémie rendent intenable autant qu'insoutenable la politique de l'autruche. Si l'indifférence a longtemps été la règle, l'heure est venue à l'action. Il faut sortir les opinions publiques de leur apparente insouciance face aux 40 millions de personnes infectées par le VIH et aux 20 millions qui en sont mortes 2) , laissant tant d'orphelins et contribuant à péjorer une situation économique déjà très difficile. C'est l'avenir de tout un continent qui est ici en jeu.
Un des facteurs qui inquiètent l’opinion aujourd’hui est la mondialisation. Ce terme est né en 1949, à l’époque où Garry Davis  renonçait à son passeport américain pour devenir un citoyen du monde. Il a changé de sens et est devenu, grâce à l’économie de marché, une promesse d'échanges et de richesses accrues mais aussi une concurrence parfois débridée et une source de délocalisations inquiétantes avec pour corollaire la primauté d’une super puissance sur toutes les autres. Ce processus est sans doute irréversible. Mais devant tous les problèmes non résolus du monde, la question est : faut-il plus ou moins de mondialisation pour faire face au terrorisme, à la dissémination nucléaire, à la misère d’une trop grande partie du monde, au changement climatique. Il faut des institutions plus efficaces, c’est à dire qu’il faut renforcer celles qui existent : l’ONU au niveau des gouvernements et l’UIP au niveau des Parlements. Tant il est vrai que les Nations Unies sont la seule amorce de gouvernement mondial et que l’UIP est la préfiguration d’un Parlement mondial. Je suis sûr que rentrés dans nos pays respectifs nous oeuvrerons tous dans ce sens. Je vous en remercie. Mesdames et Messieurs, chers collègues, merci d’avoir siégé chez nous , en Suisse et courage, nous pouvons faire beaucoup.


1)
La communauté internationale face aux défis posés par les désastres résultant de conflits armés et de catastrophes naturelles ou causées par l'homme : nécessité d'une réponse cohérente et efficace par la mise en oeuvre de moyens et de mécanismes politiques et d'assistance humanitaire, adaptés à la situation

2)
On estime à 4,8 millions (fourchette : 4,2-6,3 millions) le nombre de personnes nouvellement infectées par le VIH en 2003, soit plus que pour chacune des années précédentes. Aujourd'hui, ce sont environ 37,8 millions de personnes (fourchette : 34,6-42,3 millions) qui vivent avec le VIH. Le virus a tué 2,9 millions d'êtres humains (fourchette : 2,6-3,3 millions) en 2003 et plus de 20 millions depuis l'identification des premiers cas de SIDA en 1981 (source onusida)

Ainsi que le rappelle André Fontaine, dans Le Monde, du 11 octobre 2005,  pp. 1 et16.