Monsieur le Vice-président,
Monsieur le Député,
Monsieur le Directeur,
Monsieur l’Ambassadeur,
Chers collègues,
C’est avec grand plaisir que j’accueille aujourd’hui à Berne M. Pierre Moscovici, vice-président du Parlement européen, M. Gerardo Galeote Quecedo, député européen et président de la Commission de la politique régionale, ainsi que M. Servaas Deroose, Directeur auprès de la Direction générale des Affaires économiques et financières de la Commissions européenne. Je me réjouis de voir se nouer des contacts entre des membres du Conseil national et des représentants de l’Union européenne, notamment des députés du Parlement européen.
C'est avec une joie profonde que nous vous accueillons aujourd'hui à Berne. Votre visite revêt une éminente signification. Elle intervient quelques semaines après l’acceptation par le peuple suisse des accords de Schengen/Dublin et de l’extension des accords bilatéraux aux 10 nouveaux membres de l’Union européenne.
Nous voulons rendre hommage à ceux qui ont créé l'Assemblée parlementaire des Communautés européennes devenue le Parlement européen. La première idée qui vint aux Européens lorsque à la sortie de la Seconde Guerre mondiale ils voulurent tourner le dos à leur passé et unir l'Europe fut de créer une assemblée européenne. En 1945, c'était la démocratie qui sortait victorieuse de dictateurs. Il fallait donc faire l'Europe démocratique, c'est-à-dire l'Europe parlementaire. C'est ce que vous avez eu la lucidité de faire à six d'abord dès 1952. Les autres peuples d'Europe vous sont reconnaissants d'avoir initié ce mouvement historique, cette œuvre de paix. Votre propre pays, la France, a pris une éminente part à ce processus et vous avez vous-même consacré toute votre énergie à l’idéal européen en siégeant à l’Assemblée de Strasbourg depuis ou en étant en charge des affaires européennes dans le gouvernement français.
Vous êtes de ceux et de celles qui ont réussi à dépasser des rivalités mortelles par la mise sur pied d'institutions communautaires et l'activation des forces vives de l'Europe. Les nations de l'Union européenne pour maintenir leurs valeurs de civilisation, pour affermir la paix sur le Vieux Continent, pour faire valoir efficacement leurs intérêts. Elles comprennent que l'Union européenne ne comptera, au 21e siècle, sur la scène mondiale que si elle dispose d'une monnaie, symbole de la puissance économique, d'une politique étrangère au service de leurs intérêts communs, d'une défense sans laquelle elles doivent s'en remettre à autrui pour leur sécurité.
Les révisions des traités de Maastricht, d’Amsterdam et de Nice ont abouti à une extension des pouvoirs du Parlement européen. Nous savons que vous ne concevez pas cet élargissement des compétences comme une fin en soi, mais parce que l’Union semble connaître une crise de légitimité si ses structures ne deviennent pas aussi démocratiques que celles de pays membres. Le rejet de la constitution européenne empêche un rôle encore accru du Parlement européen et des parlements nationaux dans la construction européenne.
Malgré ces péripéties et face au dynamisme de l’Union européenne, il était impensable que la Suisse se tienne à l'écart d'une entreprise qui est la réalité majeure de l'Europe d'aujourd'hui et qui exerce une force d'attraction considérable comme en ont témoigné les nombreuses candidatures en provenance de l’Europe centrale et orientale et même de plus loin.
Nous avons l’accord de libre-échange des produits industriels depuis 1972, nous avons maintenant les accords bilatéraux dans 7 domaines importants plus l’accord sur la coopération douanière et l’asile.
Pour notre pays, le rapprochement avec l'Europe est un défi considérable. Il s'agit de concilier les exigences de l'intégration européenne avec la tradition suisse de l'autonomie cantonale et communale ainsi que la démocratie directe.
En effet, la Suisse est trop européenne pour pouvoir renoncer à participer à l'édification de notre continent mais ses habitants sont trop enracinés dans un ordre étatique à la taille de l'homme pour jeter par-dessus bord notre fédéralisme et notre démocratie directe. Y a-t-il là une contradiction insurmontable ? Nous ne le pensons pas car une fois passées les années de l'approfondissement de l'œuvre entreprise les valeurs que j'ai évoquées me paraissent appelés à un grand avenir et permettre de combler ce que l'on qualifie parfois de déficit démocratique dans l’UE d'aujourd'hui. Nous avons un bénéfice démocratique à partager avec l’Europe ! Fédéralisme créatif et démocratie directe, quoi de plus moderne que la participation permanente et la plus large possible des citoyens aux choix essentiels pour leur destin
Vous l’ami Franc-Comtois, proche de la Suisse comprenez sans doute mieux que beaucoup d’autres Européens la situation particulière de mon pays. Sans doute, pour paraphraser la devise de la Franche-Comté, n’aurons nous jamais à répondre aux Européens qui nous diraient : « Helvète, rends-toi : Nenni ma foi ! ».
Je lève mon verre à votre santé, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, et à l'avenir des peuples de l’Union européenne que vous représentez !