Mesdames, Messieurs,
Chère Madame,
Chers Enfants,
Chers Amis,
Depuis qu’il avait quitté le Conseil des Ėtats, Toni – c’est ainsi que je l’appelais – avait coutume de m’appeler non seulement à Noël et à Pâques, mais avant chaque session parlementaire. La dernière fois que je me suis entretenu avec lui, c’était un samedi soir, juste avant le départ du Parlement pour Flims. Ce fut une longue conversation, et je me rappelle sa voix douce, marquée par la maladie, où perçait cet improbable espoir de parvenir malgré tout à sortir victorieux du combat qu’il menait, mais aussi cette impression, jamais exprimée mais dont je sais qu’elle était partagée, que nous étions en train de nous dire adieu.
Nombreux sont ses anciens collègues du Conseil des Ėtats qui lui ont adressé leur salut depuis Flims. Car nous ne pensions pas seulement à lui : nous tenions aussi à lui faire savoir que nous ne l’avions pas oublié.
Je me rappelle encore son coup de téléphone pour m’annoncer le mal qui le frappait : c’était il y a deux ans, peu avant Noël, le Conseil des Ėtats siégeait, il m’avait informé de son état, en me priant toutefois de ne pas m’inquiéter, car sa femme et ses enfants étaient avec lui et il gardait bon espoir. Depuis, nos conversations avaient pris un tour moins politique, avaient gagné en profondeur et en intimité. Il m’avait confié avec quel amour sa famille, et notamment son épouse Danielle, prenait soin de lui, et combien sa foi chrétienne lui était une source de réconfort.
Si au cours des deux dernières années Toni et moi, nous sommes devenus si proches, je le dois aussi aux relations d’amitié qui se sont tissées entre nous pendant les dix ans que nous avons siégé ensemble au Conseil des Ėtats. Permettez-moi d’évoquer en quelques mots le Toni que nous avons connu à l’Assemblée fédérale, et qui aujourd’hui nous manque tant. Toni n’avait rien du fort en gueule, du bretteur qui n’aime rien tant que descendre dans l’arène. Au contraire, quiconque connaît ses convictions sait combien la polarisation croissante de la vie politique lui pesait. Un point de vue qu’il a d’ailleurs exposé sans détour le jour même où il a pris ses fonctions de président du Conseil des Ėtats :
« La paix sociale est notre but le plus précieux. Elle conditionne notre cohésion. J’en appelle ainsi à l’ensemble des mécanismes – juridiques, politiques, mentaux – qui assurent le maintien du dialogues entre les diverses catégories, mais aussi entre les communautés culturelles, idéologiques et religieuses. Il nous faut puiser dans l’incertitude de ce temps le courage et la confiance nécessaire pour affronter l’avenir ensemble. »
Was er in diesen Gedanken, die er beim Höhepunkt seiner fast dreissigjährigen politischen Tätigkeit zum Ausdruck brachte, ist ein Bekenntnis seiner tiefen Überzeugung, dass nur der Ausgleich der Interessen, der Glaube und der Wille zu einer gemeinsamen Zukunft letztlich dieses unser Land zusammenhält. Wie sagte er doch : « La paix sociale et la cohésion nationale, c’est un tout ». Toni Cottier liess es jedoch bei dieser Feststellung nicht bewenden, vielmehr stand sein reiches und intensives politisches Schaffen unter diesem Leitmotiv. Er liess seinen Überzeugungen auch im politischen Alltag Taten folgen, so etwa beim Bereitstellen prosperierender wirtschaftlicher Fundamente als auch bei der Sicherung unserer Sozialwerke. Basierend auf einem christlichen, einem liberalen und einem sozialen gesellschaftlichen Grundverständnis setzte er sich genauso für eine freie und der Gesellschaft verantworteten Wirtschaft wie auch für die sozial Schwachen ein. Dies kam sowohl in seiner Tätigkeit als Präsident der schweizerischen christlichdemokratischen Volkspartei als auch in seiner ständerätlichen Arbeit zum Ausdruck. Als Jurist und Anwalt in einem besonderen Masse dem Rechtsstaat verpflichtet, war uns Antoine Cottiers Meinung wichtig. Als weltoffener Mensch, der in seinem Präsidialjahr 2002 den lange von uns ersehnten schweizerischen UNO-Beitritt vor Ort erleben durfte, sah er unser Land als aktives solidarisches Mitglied der Völkergemeinschaft, und dies in einer besonders intensiven Form innerhalb Europas. Wie sagte er doch: „Es ist ein Mythos, zu glauben, die Schweiz könne alles aus eigener Kraft erreichen.“
Nichts wird dem Wirken unseres alt Ständerats- und Parteipräsidenten gerechter als das, was sein Kanton, Freiburg, in besonders hohem Masse auszeichnet. Freiburg als bildliche Brücke zwischen zwei Sprachen und Kulturen und Toni Cottier als einer, der Zeit seines politischen Wirkens ein Brückenbauer im besten Sinne des Wortes war. Er hat mir anlässlich seiner Präsidialfeier gesagt, mit der Fahrt über den Pass in seine Jugendgemeinde Jaun und dann hinunter nach Freiburg solle gezeigt werden, dass Freiburg aber auch er selber sich diesen beiden Kulturen zugeordnet fühle. Seine perfekte Zweisprachigkeit, seine Umgänglichkeit und sein frohes Wesen halfen uns oft, im übertragenen Sinne Brücken zwischen auseinander divergierenden Meinungen, verhärteten Fronten und kulturellen Sensibilitäten zu finden. Hätte unser Land nicht mehr solche integrierende Persönlichkeiten nötig?
Das Wirken eines Menschen ist immer auch Ausdruck seines innersten Wesens. Ich weiss von Gesprächen mit ihm, dass er das „C“ in seinem, unserem Parteinamen nicht nur auf der Flagge, sondern auch in seinem Herzen trug. Vielleicht war dieses christliche Menschenbild auch der Grund, dass Toni nicht die Zwietracht suchte sondern den friedlich erarbeiteten Konsens vorzog. Sein feiner Humor, sein frohes Lachen, ja gelegentlich sein spitzbübischer Schalk gehörten zu Toni.
Mesdames, Messieurs,
Chère Madame,
Chers Enfants,
Chers Amis,
Toni nous a quittés. Ainsi, et bien que n’ayant jamais voulu perdre espoir, ce que j’appréhendais tant lors de cette longue conversation que j’ai évoquée tout à l’heure est devenu réalité. Je l’entends encore me dire, d’une voix altérée par la maladie : « Je passerai te voir à Berne le 4 décembre, le jour de mon anniversaire ». La vie en aura décidé autrement. Toni, tu nous manqueras, même si tu emplis nos pensées et nos prières.
Chère Madame,
Chers Enfants,
Au nom de l’Assemblée fédérale tout entière comme en mon nom propre, je vous adresse aujourd’hui mes condoléances attristées et vous assure de ma profonde sympathie.