Eloge de M. Claude Janiak, président du Conseil national et de M. Rolf Büttiker, président du Conseil des Etats, en l’honneur d’Anton Cottier et de Josi Meier, anciens présidents du Conseils des Etats, le 4 décembre 2006


Deux anciens présidents du Conseil des Etats sont décédés récemment.

Monsieur Anton Cottier, décédé le 3 novembre dans sa 63e année,  a donné le meilleur de lui-même à la chose publique en servant la Ville et le canton de Fribourg et la Confédération suisse.

Son engagement politique le fit gravir tous les échelons de la vie politique. Il siégea au Grand Conseil de 1976 à 1987, puis appartint au Conseil communal de 1982 à 1991. C’est en 1987 qu’il fut  élu au Conseil des Etats dont il fut un membre respecté pendant seize ans. La confiance de ses pairs le porta à la présidence de notre chambre haute en 2001/2002.
Lors de sa réception dans le canton de Fribourg, il avait tenu à convier ses collègues à passer par sa commune d’origine de Bellegarde avant de rejoindre le chef-lieu cantonal. Ceux qui ont participé à ce voyage se souviendront des abondantes chutes de neige qui ont accueilli le nouveau président du Conseil des Etats dans ses terres gruériennes.

2002 – son année présidentielle - fut  l’année marquant le centième anniversaire du Palais fédéral et l’adhésion de la Suisse à l’ONU. Il assista à New York à la séance solennelle de l’Assemblée générale au cours de laquelle notre pays fut admis en tant que 190e membre de l’organisation. Curieux de tout, il rendit des visites au Nigeria et en Roumanie ainsi que grande première dans trois pays d’Asie centrale (Ouzbékistan, Kirghizistan et Tadjikistan).

Comme cela fut relevé lors de ses obsèques, l’engagement chrétien de Toni Cottier n’était pas un aspect périphérique de sa vie. Son enracinement dans le parti démocrate-chrétien l’a conduit à assumer la mission délicate de président national de 1984 à 1987. Cette présidence le mit en contact avec le chancelier Kohl dont il partageait les convictions européennes.

Les parlementaires d’aujourd’hui se souviendront d’un homme qui était l’incarnation du Fribourgeois bilingue toujours prêt à tisser des liens entre la Suisse alémanique et la Suisse romande. Anton Cottier a joué un grand rôle au Parlement fédéral. Grâce à sa formation d’avocat et à l’étendue de ses compétences juridiques, il était à l’aise dans tous les débats et ses avis étaient écoutés. Son style chaleureux et sa force de conviction firent merveille dans les situations les plus délicates. Anton Cottier fut notamment président de la commission de la sécurité sociale et de la santé publique en 2003 et s’efforça de trouver des compromis lors de la révision de l’AVS.

Amateur de sport, il présida le HC Gottéron pendant sept ans et vibra aux exploits de ses dragons.

L’un des anciens membres les plus appréciés de la chambre haute s’en est allé beaucoup trop tôt.

Au nom du Conseil national (des Etats), nous présentons à sa famille nos condoléances émues.


Madame Josi Meier, décédée le 4 novembre, peu après son 80e anniversaire, fut l’une des grandes figures de la politique suisse.

Sa première grande mission fédérale fut l’appartenance à la commission Wahlen qui prépara la révision totale de la constitution. Elle rédigea les chapitres « Les droits politiques ; citoyens et habitants ; la protection des minorités » ainsi que ceux sur la défense nationale. Elle fut l’un des dix premières femmes à siéger au Conseil national en 1971 et la première à présider le Conseil des Etats vingt ans plus tard.

Licenciée en droit de l’Université de Genève et avocate de renom, elle parvint à se faire élire au Grand Conseil lucernois en 1971 puis quelques mois plus tard au Conseil national en détrônant un conseiller sortant. Le hasard du placement l’avait mis à côté de Kurt Furgler, alors président du groupe démocrate-chrétien. Elle lui demanda s’il ne lui fallait pas renoncer à ce siège en faveur du battu ce à quoi le futur conseiller fédéral lui répondit avec aplomb : « Il n’en est pas question, Josi ».

Au Parlement fédéral, elle se spécialisa dans trois domaines, le droit, les assurances sociales et les affaires étrangères. Elle fut la vice-présidente de la commission d’enquête parlement sur les événements survenus au DFJP. Josi Meier fut pour beaucoup de femmes parlementaires un modèle difficile à égaler.

On se souvient de son initiative parlementaire pour l’harmonisation des assurances sociales. Dans le domaine de nos relations extérieures, elle occupa toutes les fonctions : présidente de la commission de politique extérieure, présidente successivement des délégations auprès de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, de l’Union interparlementaire et de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE. Elle a aimé chaque instant de ces activités qui la mettait en relation avec des représentants de tous les pays du monde. On la vit de Pyongyang à Santiago du Chili, d’Ottawa à Canberra, défendre avec la même foi la cause de la liberté des peuples. L’Espagne envisagea de lui décerner l’Ordre d’Isabelle la Catholique mais elle dut décliner cette distinction en raison de l’article constitutionnel interdisant les décorations. Mais rien n’empêcha qu’elle accepte le doctorat honoris causa de l’Université de Fribourg.

Josi Meier savait payer de sa personne et ne se contentait pas de discourir. Elle fut présidente du comité des droits de l’homme de l’Union interparlementaire et à ce titre se rendit dans la cellule de la députée kurde Layla Zana pour lui apporter soutien et réconfort. A l’époque de la guerre froide, elle combattit avec énergie les totalitarismes de tous genres. Elle apostropha un délégué de l’URSS lors d’une réunion à Bonn en des termes si pertinents qu’elle en fut félicitée par le délégué du régime communiste hongrois croisé dans la rue alors que le jour tombait… Cette anecdote en dit long sur le soutien populaire accordé à ces régimes.  Elle tint à visiter la Tchécoslovaquie peut avant sa division en deux Etats et apprécier de près ce divorce pacifique. Lors d’une entrevue avec le premier ministre Li Peng, elle aborda la question des droits de l’homme en Chine et au Tibet dans des termes non équivoques.

L’élection d’Alfons d’Egli au Conseil fédéral lui permit de se porter candidate à sa succession au Conseil des Etats en 1983 où elle siégea jusqu’à 1995. Dans cette chambre, elle sut se faire une place enviable. Reçue par le peuple lucernois après son élection à la présidence de la chambre haute en 1991, elle prononça un discours émouvant devant les habitants réunis autour de la gare de Dagmarsellen, son village d’origine.

Sa prestation lors de la Session des femmes en 1991 est restée dans les
mémoires: "Je comprends maintenant ce que veulent dire les hommes qui affirment que la place des femmes est à la maison. Ils ont raison. Cette maison est celle où siègent les autorités communales, celle où siègent les autorités cantonales, celle où siègent les autorités fédérales", avait-elle déclaré. Si les femmes de Suisses souhaitent savoir qui d’entre elles ont œuvré pour leurs droits politiques et leurs droits à l’égalité, pour le droit matrimonial, elles doivent se souvenir de Mme Josi Meier qui joua un rôle infatigable.

Josi Meier était une véritable humaniste, extrêmement compétente dans les questions qu’elle traitait. Elle était pleine d’humour et  d’une rare finesse d’esprit.

Bien que gravement atteinte dans sa santé, elle avait réuni ses amis une dernière fois dans son domicile au bord de la Reuss en août dernier pour célébrer son 80e anniversaire, mais c’était hélas pour leur dire « adieu » définitivement. Elle a lutté jusqu’au dernier souffle tant elle aimait la vie et la richesse des contacts qu’elle procure.

A ses filleuls, nous adressons nos condoléances sincères.