«Le rôle des parlements francophones dans la consolidation de la démocratie»
Madame la Présidente,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,
L’Assemblée nationale hongroise a bien de la chance! Elle siège dans l’un des plus beaux Palais du Parlement du monde. J’admire la manière dont sa façade néogothique se mire dans les eaux du Danube, comme si elle voulait renforcer la symétrie de l’ensemble architectural.
Je suis d’autant plus sensible à cette réussite esthétique que nous allons rouvrir dans trois semaine notre Palais fédéral à Berne, après trois ans de travaux de rénovation et de transformation. Les architectes, les techniciens et tous les ouvriers ont magnifiquement rempli leur mission: ils ont réussi à souligner le caractère historique de la construction tout en répondant aux exigences d’un Parlement ultra-moderne.
Si notre Palais fédéral et ses organes bénéficient des derniers progrès en matière de communication multimédia, c’est dans un but bien précis: la vitalité et la pérennité de notre démocratie. Savez-vous que vous pouvez suivre les débats parlementaires en direct sur le site Internet du Parlement? Et cela en trois langues: l’allemand, le français et l’italien. Les internautes peuvent ainsi se forger leur propre opinion, avant même de lire les reportages des médias.
Assurer l’accès direct aux décisions législatives est essentiel dans le contexte de notre démocratie semi-directe. Toute Suissesse et tout Suisse qui se respecte a le droit et le devoir d’exploiter sa marge de manoeuvre politique. Les Confédérés sont en effet appelés à façonner activement leur quotidien, en particulier en usant du droit d’initiative et du droit de référendum.
Autre argument en faveur d’un Parlement High Tech, l’intégration des nouveaux habitants. A l’image de notre société mondialisée, la Suisse devient multiculturelle au rythme des vagues migratoires, selon les besoins de notre économie ou en fonction de notre législation sur l’asile. Ainsi, une bonne part de notre population parlait une nouvelle langue lors de son arrivée dans notre pays.
Cette nouvelle Suisse reste confrontée au même défi que celle des origines: elle doit assurer la cohésion, la concorde et l’harmonie du pays. Or, la langue française est un précieux outil d’intégration.
Le français est en effet la langue maternelle ou véhiculaire de nombreux migrants qui viennent d’horizons aussi divers que l’Europe du Sud et l’Est, l’Amérique du Sud ou encore l’Afrique.
Et puis, grâce à la traduction en français des interventions parlementaires et de la plupart des rapports ou documents des commissions préparatoires (sans parler des messages gouvernementaux), l’institution parlementaire helvétique rayonne bien au-delà des frontières nationales. Elle peut en principe toucher deux cent millions de personnes de langue française.
Nos parlementaires s’expriment dans leur langue maternelle aux Chambres fédérales comme au sein des commissions préparatoires. La majorité des députés comprennent le français et l’allemand mais très peu sont à l’aise en italien, sans parler du romanche qui n’est pas enseigné hors de son canton d’origine, les Grisons. Les représentants du Sud des Alpes sont donc forcés de parler la langue de l’autre, ce qui en fait de brillants polyglottes.
Il ne fait aucun doute que ce multilinguisme contribue à consolider la démocratie dans notre pays. Le respect de nos différences fonde notre système démocratique. Nos différences nous unissent plutôt que de nous séparer et notre parlement en tient compte quand il modifie la constitution fédérale ou qu’il élabore de nouvelles lois.
Le respect de la spécificité linguistique évite qu’une partie de notre Etat fédératif ne se sente écarté ou prétérité par les décisions prises au niveau fédéral.
Sur le modèle de la construction de notre système fédéraliste, je suis convaincu que les parlements francophones peuvent et doivent consolider le fonctionnement démocratique dans les divers Etats avec lesquels ils sont en relation. Ils jouent un rôle de levier et de transmission des valeurs démocratiques au sein de l’Union Européenne ou à travers d’autres institutions comme le Conseil de l’Europe ou l’OSCE.
Les Etats émergents et les pays autrefois pris dans les filets du système communiste soviétique ne peuvent qu’avancer dans le bon sens si les gens de bonne volonté reçoivent le soutien des parlements francophones ainsi que celui des législatifs d’autres langues.
Je souhaite que la réunion de Budapest de ce jour contribue à faire gagner du terrain à la démocratie en de nombreux pays et je vous remercie de votre attention.